Résumé

Dominique Moïsi décide de changer nos perceptions habituelles sur la géopolitique et de découper le monde en trois émotions basées sur la notion de confiance. Il s’agit de l’humiliation (la confiance trahie), l’espoir (l’expression de la confiance), et la peur (l’absence de confiance). Selon le géopoliticien, ce sont ces émotions qui remplacent désormais l’idéologie pour devenir les moteurs de notre histoire contemporaine.

La culture de l’espoir est majoritaire en Asie. En effet, selon l’auteur, l’espoir s’est déplacé de l’Ouest vers l’Est, pour preuve : ces pays émergents font tous désormais partie de la course à la hauteur comme en témoigne la skyline de Pudong. L’Asie a désormais décidé de s’émanciper économiquement et à s’affirmer sur l’échiquier mondial, bien que la confiance de la Chine se base plus sur le passé et celle de l’Inde sur le futur.

La culture de l’humiliation concerne les pays arabo-musulmans, qui ressentent un sentiment de déclin et se sentent humiliés politiquement et culturellement par l’Occident (et plus particulièrement Israël). La mondialisation a par ailleurs renforcé ce sentiment de frustration et les pays arabo-musulmans ne parviennent pas à en profiter à l’exception des pays du golfe.

La culture de la peur touche globalement l’Occident. C’est en réalité une réponse à la culture de l’humiliation et la culture de l’espoir : l’Occident vieillissant est tiraillé entre son passé et son futur, et connaît désormais une crise identitaire. La mondialisation n’appartient plus à l’Occident et face à la peur, il est divisé. En effet, lorsque la Guerre Froide a touché à sa fin, Alexandre Yakovlev, collaborateur de Gorbatchev, avait prévenu en ces mots les occidentaux : « Nous allons faire quelque chose de terrible ; nous allons disparaitre en tant que menace. Le ciment de votre alliance ne sera plus là pour vous maintenir réunis. »

À l’issue de son ouvrage, Moïsi expose deux scenarii :

  • Si la peur l’emporte, les attentats se multiplieront, donnant lieu à une obsession de la sécurité, à un climat d’anxiété et un manque de leadership. Il y aura donc une montée de la xénophobie, une prolifération de l’arme nucléaire qui viendra semer la panique dans tous les continents.
  • Au contraire, si l’espoir l’emporte, un traité de paix global au Moyen-Orient pourrait voir le jour, ainsi qu’un réagencement du conseil de sécurité de l’ONU plus représentatif de notre monde multipolaire. L’espoir est donc le sauveur de l’humanité pour Moïsi.
Comment s’en servir en géopolitique :
  • La géopolitique des émotions permet d’enrichir votre étude de la géopolitique. Il s’agit de l’aborder sous un angle tout à fait différent et de donner des explications plus originales, et parfois aussi plus compréhensibles, car basées sur des sentiments que nous connaissons. Le livre se lit aisément dès la première année et permet d’aborder sereinement le programme de deuxième année. De plus, cela vous donne une autre cartographie que celle de Huntington, vivement critiquée et parfois qualifiée d’obsolète.
  • Il est très intéressant de conclure les sujets continentaux par cet ouvrage. Personnellement, c’est ce qui m’a aidée à conclure ma copie de l’ESCP en 20161 sur un ton plus neutre, et plus positif en faisant appel à la notion d’humiliation positive évoquée par Moïsi, qui précise que le Moyen-Orient peut faire de l’humiliation un véritable moteur afin de se dépasser.

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  1. Sujet : « Influence et ingérence extérieures au proche et moyen orient »