Introduction

A l’occasion des commémorations de la Première Guerre Mondiale, le Président de la République Emmanuel Macron a souhaité réaliser une « itinérance mémorielle » à travers plusieurs lieux marquants de ce conflit qui a façonné le 20e siècle. Lors de sa visite à Charleville-Mézières, le Président est interpelé par un journaliste à propos de l’hommage rendu aux huit maréchaux (plus haute distinction militaire française) prévu le 10 novembre aux Invalides dont le maréchal Pétain. Sur ce dernier, le Président a déclaré qu’il était « légitime » que le Maréchal Pétain soit associé aux hommages rendus aux chefs militaires samedi 10 novembre dans la cour des Invalides. Pour quelle raison cette déclaration est-elle considérée comme une faute politique ? Quels liens entre histoire et mémoire cet épisode met-il en lumière ?

Pétain, de figure de héros de guerre à traître à la Nation

Parmi les chefs militaires de la Grande Guerre (Joffre, Foch, Lyautey, Maunoury, Franchet d'Espèrey, Fayolle, Galliéni), Pétain n’a pas sa place dans les commémorations. Il est incontestable que les choix stratégiques et l’héroïsme de Philippe Pétain ont largement contribué à la victoire française. De plus, une majeure partie de son action s’est déroulée à Verdun, symbole de la Grande Guerre. Cependant, le Maréchal Pétain a contribué activement à la Collaboration sous le Régime de Vichy et s’est rendu responsable de l’extermination de nombreux Juifs en France. C’est pour cela que la déclaration du Président n’a pas manqué de choquer les historiens et participants aux commémorations. Sur ce point, le Président semble manquer de recul, sans distinguer histoire et mémoire. D’ailleurs, Pétain a finalement été retiré de la liste des chefs militaires honorés.

Histoire et mémoire

Pour le comprendre, il est crucial de distinguer histoire et mémoire. Confondre la démarche scientifique de l’historien et le travail de mémoire qui est social et politique mène à ce genre d’erreurs. La pensée philosophique associe régulièrement histoire et mémoire, toutes deux reliées aux événements passés. Cependant, la différence principale réside dans le fait que l’histoire implique une prise de distance vis-à-vis de l’événement impliquant une approche critique. La mémoire quant à elle, se conçoit à l’intérieur de l’événement lui-même. Tandis que la première a pour objectif de transmettre la vérité, la seconde ambitionne la fidélité.

Si la mémoire peut rapidement atteindre les limites de la subjectivité, l’histoire au contraire oppose la rigueur de ses méthodes. L’histoire institue la mémoire, dans le sens où elle lui confère un ancrage et limite son champ. Cependant, la prise en compte croissante des mémoires dans la démarche historiographique revêt un intérêt, celui de la quête de témoignages. Grâce à cette collecte, le discours historique se fait plus complet car il s’intéresse aux victimes et plus uniquement aux vainqueurs.

Du parcours commémoratif

L’ensemble des commémorations engagées pour le centenaire de la Première Guerre mondiale interroge sur ce que doit être une bonne commémoration. Avant de répondre à la question, il importe de savoir ce que l’on commémore : la paix, la souffrance, les grands chefs ? L’objectif de ces manifestations doit être le consensus : il s’agit de fédérer autour de valeurs indiscutées, unir les citoyens à travers des récits. Éviter la polémique et ne pas diviser fait également partie des objectifs à remplir. Effectivement, cela peut aller parfois à l’encontre de la recherche de la « vérité historique », car comme toute science humaine, l’histoire est sujette à débat, controverses et objection.

En conclusion

Si mémoire et histoire sont à différencier dans leur démarche et leurs objectifs, dénoncer la volonté d’intégrer le maréchal Pétain aux commémorations n’a pas de raison morale mais plutôt épistémologique.

En résumé :

Au cours du parcours commémoratif autour de la Grande Guerre initié par le Président de la République, ce dernier a déclaré souhaiter associer le maréchal Pétain à l’hommage prévu le 10 novembre aux chefs militaires. Suite à la polémique suscitée par cette déclaration, cet hommage n’a finalement pas eu lieu. En effet, cela reviendrait à confondre l’histoire, démarche analytique, critique et distanciée et la mémoire, par laquelle se transmettent des valeurs indiscutées envers les citoyens. Si histoire et mémoire luttent toutes les deux contre l’oubli, elles agissent à travers une démarche différente, qu’il convient de ne pas mêler.

Bibliographie et webographie :