Analyser un sujet et construire un plan efficace

La dissertation d’ESH est trop souvent mystifiée. Elle est hélas victime de tous les préjugés qui pèsent sur l’exercice dissertatif : elle ne serait qu’une épreuve d’érudition, notée plus ou moins arbitrairement, et où il serait facile de faire illusion ou de "sauver les meubles". La réalité présentée par les rapports des différents jurys est tout autre. Il s’agit d’un exercice bien plus technique que littéraire. La dissertation répond à un certain nombre de codes formels qu’il s’agit de connaître et de maîtriser. La structuration de la copie entre pour une part non négligeable dans la notation, et la maîtrise de la méthodologie est un élément des plus discriminants, permettant souvent de distinguer les copies notées au-dessus et en dessous de la moyenne.

Cette série de 4 articles méthodologiques a pour but de vous familiariser avec la dissertation en ESH et de vous permettre de réagir méthodiquement face à n’importe quel sujet. Le premier article traite de l’analyse préliminaire du sujet, de la construction du plan et de la gestion des brouillons (1), le second étudie la construction d’une « introduction parfaite » (2), le troisième analyse les qualités rédactionnelles à déployer et la façon de structurer le développement de votre dissertation (3) et le dernier article expose 7 astuces pour améliorer facilement ses copies d’ESH (4).

1. Les différents types de sujet

Les sujets d’ESH peuvent être formulés sous différentes formes :

  • Sous forme d’une question explicite, par exemple : « La protection sociale nuit-elle à la compétitivité des nations ? » (ESCP, 2000) ;
  • Sous forme d’une ou plusieurs notions, par exemple : « Institutions et Développement » (HEC, 2015) ;
  • Sous forme d’une citation, « "L’Europe sera monétaire ou ne sera pas", qu’en pensez-vous ? » (ESSEC, 2012) ;
  • Sous forme d’une phrase non verbale, par exemple : « La France face aux mondialisations » (ESSEC, 2013).

Quelle que soit la formulation du sujet, celui-ci invite le candidat à mobiliser des connaissances issues de l’ensemble du programme et non pas seulement du thème auquel semble se référer le plus directement le sujet.

Ainsi, sur un sujet tel celui de l’ESSEC en 2007, « L’évolution de l’organisation du travail et ses liens avec la croissance économique », il faut non seulement mobiliser des connaissances de première année sur les transformations des structures sociales et économiques, mais également des connaissances sur le programme de deuxième année, et en particulier sur les effets de la mondialisation sur la structure des emplois et la compétitivité des nations.

2. Premiers contacts avec le sujet

Avant toute chose, il faut prendre le temps d’analyser l’intitulé du sujet en lui-même. En premier lieu, il s’agit donc se poser les bonnes questions :

  • De quoi parle-ton ? De quoi ne parle-t-on pas ? Il faut immédiatement se donner une définition des termes du sujet, et replacer ce sujet dans le programme (quel est le thème principal ? les thèmes annexes ?). Il faut aussi délimiter rapidement le champ du hors-sujet afin d’être sûr de ne jamais mettre un pied dedans.
  • Comment peut-on reformuler le sujet ? En l’épurant, il s’agit de trouver immédiate- ment la place du sujet dans les grands débats de la pensée économique. Par exemple, le sujet de l’ESCP 2017 (« Le bon fonctionnement d’un marché justifie-t-il l’intervention de l’État? ») pouvait s’épurer en « État et Marché », ce qui permettait de ressortir des connaissances plus que classiques sur le débat entre libéralisme, interventionnisme et régulation.
  • Qu’est-ce que je connais a priori sur ce thème ? Il est important d’effectuer un premier brainstorming, et de jeter sur le brouillon les éléments auxquels nous fait penser le sujet : auteurs, mécanismes et théories, histoire, actualité.
  • Quels sont les liens et mécanismes qui unissent les différentes notions du sujet ? Dans quel sens vont les relations ? En particulier, lorsque le sujet est formulé sous la forme de deux notions comme ce fut le cas à HEC en 2015 (« Institutions et Développement »), il faut de suite se demander s’il ne faudra traiter que le lien causal des institutions vers le développement ou si le lien entre développement et institutions est également pertinent à analyser (ce qui était le cas !).
  • Pourquoi est-ce que ce sujet est tombé ? Autrement dit, de quoi veut-on que je parle ? Il s’agit ici de comprendre que beaucoup de sujets ont un lien avec l’actualité économique et sociale. Le sujet d’HEC 2017 sur l’entrepreneur (« L’entreprise peut-elle se passer de l’entrepreneur ») ne peut se comprendre que vis-à-vis de la médiatisation croissante des entrepreneurs du numérique (J. Bezos, Zuckerberg, Musk...), celui de l’ESSEC de la même année sur l’Europe (« "Gagnant en extension, l’Europe perd en intensité". Que pensez-vous de cette affirmation de François Perroux (1974) ? ») se comprend dans le cadre du Brexit et d’une crise de la gouvernance européenne. Comprendre l’intérêt du sujet permettra de trouver l’accroche à plus adéquate et d’éviter d’omettre une partie essentielle du sujet.

3. Élaborer une problématique

La première étape pour commencer à construire un plan est de formuler une problématique. Celle-ci doit soulever le problème derrière le sujet, et doit donc correspondre à une réelle question (« Faut-il ...? » « Peut-on ...? » « Existe-t-il ...? » « ... est-il? ») et non pas en l’énonciation d’une pseudo-interrogation stérile (du style « Dans quelle mesure... ») qui énervera systématiquement votre correcteur.

Les meilleures problématiques sont celles qui résultent de la mise en lumière d’un paradoxe (que l’on peut exprimer explicitement avant d’énoncer la problématique qui en découle). Il est très facile de faire ressortir des paradoxes en économie : souvent la réalité observée ne correspond pas aux prédictions des modèles théoriques. On a alors une contradiction apparente. Souvent, il suffit en réalité de comprendre les hypothèses sous-jacentes aux modèles théoriques pour lever le paradoxe (et on a là un plan type très efficace : I/ Face 1 du paradoxe, II/ Face 2 du paradoxe, III/ Comprendre que l’opposition est levée en fonction des hypothèses prises et donc se demander comment atteindre certains objectifs).

N.B. : Lorsque le sujet est formulé sous forme interrogative, il peut être tentant de seule- ment reformuler la question, voire de la recopier telle qu’elle en problématique. Si les correcteurs sont de plus en plus laxistes quant à la pénalisation de ce genre de pratique une réelle problématique sera toujours plus valorisée par le correcteur.

4. Construire un plan

Une fois la problématique clairement posée, il faut construire un plan, simple et efficace. Il faut bien noter que chaque sujet peut être traité avec différents plans, mais il existe des « modèles de plan » qui sont bien utiles pour ne pas perdre trop de temps sur cette étape.

N.B. : Même si vous ressortez toujours un « plan type », il faut faire l’effort de l’adapter à chaque sujet, en introduisant dans l’énoncé du titre des parties les termes du sujet.

Les plans les plus usuels en ESH sont :

  • Le plan dialectique (thèse, antithèse, synthèse). Ce type de plan correspond bien aux sujets formulés sous forme d’une question à laquelle on pourrait répondre par oui ou par non. Adapté aux questions économiques, il revient souvent à faire I/ Théories orthodoxes II/ Théories hétérodoxes et observations non concordantes avec le I, III/ Comment modifier la structure de mon économie. La troisième partie peut aussi se focaliser sur les mutations récentes de l’univers économique pour montrer que le problème débattu dans les deux premières parties change désormais de nature (économie du numérique, financiarisation, régionalisation...).
  • Le plan historique. Officiellement ce type de plan est de moins en moins judicieux étant donné la réforme du programme de la voie ECE ayant transformé l’épreuve d’Analyse Historique et Économique des Sociétés Contemporaines en ESH. Il peut cependant être pratique pour traiter tous les sujets relatifs à une évolution historique longue comme le sujet de l’ESSEC 2007 : « L’évolution de l’organisation du travail et ses liens avec la croissance économique ». Il faut cependant faire attention avec ce type de plan à ne pas tomber uniquement dans un récit historique. Pensez toujours que vous êtes censés démontrer et non raconter !
  • Le plan interactif. Il s’agit de montrer les interactions entre les deux notions du su- jet : A ⇒ B, A ⇐ B, et A ⇔ B. Évidemment, ce type de plan est particulièrement adapté aux sujets explicitement articulés autour de deux notions comme le sujet ESSEC 2015 (« Croissance et inégalités »). Les deux premières parties sont en général évidentes, elles permettent de montrer la circularité des relations. La troisième partie est plus délicate. Elle peut par exemple s’axer sur l’analyse des conditions institutionnelles dans lesquels les relations entre les notions sont valables, ou sur les politiques à mettre en œuvre afin de s’assurer que la relation entre les notions aille dans le sens le plus souhaitable pour la société.

Si d’autres plans sont toujours possibles, ces trois-là permettent de couvrir l’extrême majorité des sujets déjà tombés et susceptibles de tomber.

Pour les sous-parties, il faut aller du plus simple au plus complexe, ou du plus ancien au plus récent. Chaque sous-partie correspond à un moyen de soutenir la thèse de la partie dans laquelle elle est incluse. Elle comprend deux ou trois arguments qui reposent sur la même logique ou sur le même thème.

N.B. : Un plan cohérent se reconnait par trois caractéristiques :

  • Chaque partie peut s’énoncer sous la forme d’une phrase thétique, i.e. chaque partie porte une thèse clairement identifiée ;
  • Chaque partie apporte clairement une réponse à la problématique posée. Autrement dit, on pourrait clôturer la dissertation à la fin de chaque partie ;
  • L’ordre des parties est justifié et nécessaire. Les meilleurs plans sont ceux où il est impossible ou du moins illogique d’intervertir les parties.

5. Gestion du temps et des brouillons

L’épreuve écrite d’ESH dure 4h. Si chacun est libre de gérer son temps comme il le souhaite, en fonction de sa rapidité de rédaction et de ses contraintes propres, on peut conseiller le découpage temporel suivant :

  • 1h00 de réflexion, d’organisation du brouillon et de rédaction de l’introduction au propre ;
  • 0h45 de rédaction par partie, soit 2h15 de rédaction pour trois parties ;
  • 0h15 pour la conclusion ;
  • Restent 30 minutes de marge et pour relire attentivement votre copie.

Pensez à numéroter vos brouillons et à n’écrire que sur leur verso (pour éviter de se perdre). Dès le début de l’épreuve, réécrivez le sujet au milieu d’une feuille de brouillon pour être sûr de ne rien rater et de bien l’analyser. Dans un deuxième temps, jetez sur une autre feuille de brouillon toutes les données « précieuse » que vous pourrez utiliser sur ce sujet : dates, citations, données chiffrées, auteurs. Le but est d’être sûr de ne rien oublier en cours de rédaction ; avec le stress il est courant de ne plus se rappeler au bout de 2h d’un chiffre qu’on connaissait avec certitude en début d’épreuve.

Étant donnée son importance, vous pouvez rédiger l’introduction au brouillon avant de la rédiger au propre. Pour les trois parties à rédiger, il est préférable de se limiter à un brouillon par partie qui ne mentionne que le titre des sous-parties, les idées phares de chaque paragraphe, et les théories ou mécanismes que vous allez mobiliser. Il est également préférable de rédiger partiellement la conclusion au brouillon et au début de l’épreuve. Le but est d’éviter d’avoir à la bâcler en fin d’épreuve si vous n’y avez pas réfléchi avant.