Résumé de l’article

L’Afrique subsaharienne est à l’aune d’une croissance démographique qui va mettre sous pression son agriculture. Or, celle-ci rencontre d’ores et déjà des difficultés. Faisons ici un état des lieux en dégageant quelques enjeux et défis principaux qui attendent le monde rural subsaharien.

Les enjeux principaux : emploi et sécurité alimentaire

L’agriculture, un pourvoyeur majeur d’emplois en Afrique

En dépit de son urbanisation galopante, l’Afrique reste un continent essentiellement rural : environ 60% de la population vit dans les campagnes. De fait, l’agriculture tient une place centrale dans l’activité économique des Etats subsahariens (57% de la population active est rattachée à ce secteur). En l’absence d’un développement industriel rapide (certes pourvoyeur d’emplois, mais à plus long terme), seule une agriculture familiale dynamique semble être en mesure, à court terme, de créer un nombre important d’emplois – d’autant plus que la croissance démographique s’effectuera en majorité en milieu rural.

Nourrir l’Afrique

Cette croissance démographique massive (d’1 milliard de Subsahariens en 2015, on atteindra, selon les estimations actuelles, le nombre de 2 milliards en 2050) pose aussi la question de la sécurité alimentaire de l’Afrique en des termes quantitatifs. L’Afrique subsaharienne demeure le continent qui souffre le plus de la malnutrition et de l’insuffisance alimentaire. L’accroissement de la population précédemment évoquée, ainsi que le dérèglement climatique mettent l’agriculture africaine sous pression. Les rendements céréaliers sont si insuffisants (contrairement aux ensembles géographiques, comme l’Asie du Sud et de l’Est, l’Afrique subsaharienne n’a pas su les augmenter significativement) que les pays africains sont contraints d’importer des céréales, comme le riz et le blé. Or, les dysfonctionnements qu’ont montré les marchés céréaliers ces dernières années ont érodé la confiance des Etats. Des pays comme le Viêtnam, le Myanmar, la Thaïlande ou le Cambodge – bien que parfois excédentaires en céréales – orientent leurs politiques agricoles sur l’autosuffisance. Cette crise de confiance conduit, en outre, d’autres pays tels que la Chine, la Corée du Sud ou certains Etats du Golfe à recourir au land-grabbing en Afrique subsaharienne, qui peut constituer une menace pour l’agriculture vivrière locale (notamment pour la fertilité des sols).

L’Afrique subsaharienne devra affronter des défis de taille

Afin d’assurer un emploi à une grande partie de la population ainsi que la sécurité alimentaire à tous, l’agriculture africaine doit surmonter un certain nombre d’obstacles qui l’entravent dans son développement.

La question des infrastructures de transport et de l’enclavement

Une des causes du manque de vitalité de l’agriculture subsaharienne est le manque criant d’interaccessibilité entre les bassins de production et les lieux de consommation. La faible densité de routes rurales pénalise la commercialisation des surplus et bloque une éventuelle intensification de l’agriculture. Les campagnes africaines pâtissent ainsi de ce que l’on nomme communément l’enclavement.

Revisiter le modèle agricole subsaharien ?

Vient ensuite la question complexe du modèle agricole. Si les Etats d’Afrique subsaharienne importent des céréales, c’est parce que le modèle de substitution aux importations a été délaissé par les gouvernements locaux. Ce choix s’explique surtout par un rapport de force politique qui s’est installé entre urbains et ruraux. Les pouvoirs publics se méfient d’une révolte citadine, susceptible de mener à leur chute rapide, tandis que les populations rurales représentent à leurs yeux une moindre menace. D’un côté, les denrées alimentaires disponibles sur les marchés mondiaux sont financièrement accessibles. De l’autre, engager une réforme profonde de l’agriculture parait politiquement périlleux (Premièrement, réformer l’agriculture est un projet difficile à mener à bien et incertain. Deuxièmement, quand bien même l’intensification aboutirait, elle mènerait à une hausse des prix qui déplairait à une majeure partie de la population). Pourtant, cette politique agricole et commerciale dictée par un rapport de force interne porte également de grands risques. Si les citadins sont capables de renverser un régime, les laissés-pour-compte en zone rurale tendent à intégrer des mouvements, comme Boko Haram, qui, in fine, fragilisent l’Etat et la société (Rappelons que Boko Haram a tiré profit, entre autres, de la misère qui régnait dans les campagnes du Nord-Nigéria). Toutefois, la révolution verte en Afrique subsaharienne ne parait pas impossible. Le développement de la production cotonnière au Sahel, entre les années 1960 et les années 2000, est la preuve qu’une modernisation généralisée de l’agriculture est envisageable. En l’espace de quelques années, la région qui s’étend du Sud-Est du Sénégal au Sud du Tchad traversant le Mali, le Burkina et le Nord de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Togo est devenue le 2nd exportateur mondial de coton derrière les Etats-Unis. Les revenus du coton et le système d’agriculture contractuelle ont enclenché une modernisation agricole générale car ils ont permis de recourir plus facilement aux intrants et de financer la culture attelée ainsi qu’une mécanisation légère. On a assisté à l’entretien des routes rurales, à une augmentation de la production céréalière locale ainsi qu’à l’expansion d’un artisanat de service (fabrication et maintenance du matériel agricole) et le lancement de programmes d’alphabétisation (notamment dans l’optique de commercialiser le coton). Le coton a donc joué un véritable rôle de catalyseur de développement au Sahel, la pauvreté s’en trouvant réduite. Certains experts proposent également des modèles agricoles alternatifs afin de réinventer l’agriculture africaine. C’est le cas de Pierre Barris et de Vincent Ribier, deux économistes. Leur modèle d’agriculture écologiquement intensive a pour double avantage de ne pas faire dépendre la rentabilité économique du prix du pétrole et de conserver la fertilité des sols (à travers la fixation de l’azote et du carbone). Plusieurs conditions sont néanmoins requises pour que cette proposition devienne opérante, telles que l’aménagement des infrastructures de transport en campagne, un dialogue étroit entre paysans locaux, experts et institutions, ainsi qu’une volonté politique forte.

Le « + » de l’article

Une nouvelle géographie de l’agriculture en Afrique : quand l’agriculture suit l’urbanisation

L’urbanisation constitue aujourd’hui une mutation importante de l’Afrique subsaharienne, dessinant les contours d’une nouvelle géographie des espaces productifs agricoles africains. Alors que, dans les villes, les grands marchés perdent du poids, les circuits courts gagnent du terrain dans les zones périurbaines par l’intermédiaire des marchés de quartier. Emerge donc, de façon remarquable, une agriculture urbaine, comme par exemple dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), Kinshasa. Les activités de maraîchage y offrent une réponse à la fois à une demande locale et à une crise de l’emploi urbain (une étude menée à Kinshasa a montré que 95% des maraîchers exercent leur activité « par nécessité et opportunisme », dans un contexte de chômage et de salaires insuffisants). Les risques sanitaires liées à cette agriculture poussent cependant à la précaution (notamment chez les bailleurs de fonds). Situées près de grandes voies de communication urbaines, les cultures sont exposées à la pollution et à la contamination au plomb émanant du trafic automobile.

À retenir

A retenir géopolitique Afrique Subsaharienne

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