Résumé de l’article

Si la marche vers les énergies renouvelables semble être en train de s’accélérer, réussir la transition énergétique nécessitera cependant de surmonter certains obstacles.

Les énergies renouvelables ont le vent en poupe

Gain de capacité et baisse des coûts

Le basculement vers un modèle énergétique mondial plus propre semble s’opérer actuellement. Les énergies renouvelables sont précisément au cœur de ce changement. Aujourd’hui, l’énergie produite par les panneaux solaires et les éoliennes ne représente encore que 7% de la production mondiale d’électricité. Mais leur capacité s’accroit à un rythme soutenu pendant que la baisse du coût de leurs technologies les rend compétitifs vis-à-vis des énergies d’origine fossile. Le graphique ci-dessous montre l’augmentation nette de capacité par source d’énergie sur deux périodes (surplus constaté pour 2010-2016 et prévu pour 2017-2040). Les gains de capacité les plus significatifs qui sont anticipés par l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) sont pour les énergies renouvelables – en particulier pour le solaire –, contrastant avec ceux du charbon, prévus en forte baisse.

La Chine, les Etats-Unis et l’Inde (et l’Union européenne) en éclaireurs

Le solaire, qui représentait en 2016 près de deux tiers des progrès en capacité dans le monde, est et est amené à devenir la figure de proue des énergies renouvelables. La Chine, les Etats-Unis et l’Inde (suivie de près par l’Union Européenne) sont les 3 principaux pays fers de lance de l’expansion du marché des panneaux solaires.

La Chine joue le rôle le plus important dans ce mouvement vers les énergies renouvelables, poussée par des enjeux nationaux de pollution. Grâce notamment à une politique publique de subventions et des entreprises pionnières, elle est parvenue à se hisser au rang de leader sur les marchés de l’hydroélectricité, de la bioénergie (1) destinée à l’électricité, des voitures électriques, de l’éolien ainsi que celui du solaire. Concernant cette dernière source d’énergie, le pays a d’ores et déjà dépassé les objectifs qu’il s’était fixé pour 2020, année qui marque la fin du 13e plan quinquennal. Du côté des Etats-Unis, on a recours aux mêmes recettes. Diverses politiques incitatives à l’échelon fédéral – exemption d’impôts, feed-in tariffs (2) (tarifs de rachat) – stimulent l’investissement et le marché national du solaire. Notons les initiatives du gouvernement fédéral qui visent à accroitre l’innovation, comme celle prise en 2006 par l’US Department of Energy (DOE) sous le mandat du Président George W. Bush : the Solar America Initiative (SAI). Elle consistait à rendre le prix de l’énergie solaire compétitif à l’horizon 2015 en développant des partenariats entre les acteurs des secteurs privé et public, les universités, les laboratoires de recherche, les municipalités et des organisations non-gouvernementales. A titre d’exemple, l’entreprise Boeing s’est alliée avec Southern California Edison (une firme), the California Institute of Technology (une université) et the National Renewable Energy Laboratory (NREL) (un centre de recherches). En se concentrant sur l’aspect Recherche & Développement (R&D), l’objectif était de gagner en efficience et compétitivité. Enfin, la régulation à l’échelle des Etats est un moteur de cette marche vers les énergies renouvelables. Aux Etats-Unis, existent ce que l’on appelle des Renewable Portfolio Standards. Ils obligent les fournisseurs à vendre une part d’électricité à origine renouvelable. En Californie, Etat pionnier et ambitieux, le seuil était établi à 20% pour 2010, puis est monté à 33% pour 2020.

La course folle à la ferme solaire la plus puissante au monde

Pour mieux appréhender la fulgurance de cette transition énergétique, on peut remarquer la vitesse à laquelle s’effectue la course à la ferme de panneaux solaires la plus puissante du monde. En 2015, la ferme qui générait le plus d’énergie était localisée en Californie : il s’agissait de Solar Star dont la capacité est de 579 mégawatts (MW). Puis en 2016, c’est au tour de la ferme du barrage de Longyanxia , située dans la province du Qinghai, en Chine, d’occuper cette position avec une capacité de 850 MW (cette ferme de panneaux photovoltaïques s’intègre par ailleurs à une centrale hydroélectrique). Mais en 2017, cette place lui est ravie par le Kurnool Ultra Mega Solar Park que l’on peut trouver dans l’Andhra Pradesh, en Inde, avec une capacité de 1 000 MW. Des projets encore plus fous devraient voir le jour dans un avenir proche…

(1) - La bioénergie désigne les formes d’énergie contenues et libérées par la biomasse. (2) - Les Feed-in tariffs (FIT) sont un instrument de politique publique cherchant à stimuler l’investissement et par conséquent la production d’énergies renouvelables. En proposant des contrats de longue durée et un prix garanti, les FIT ont l’avantage de protéger l’investisseur de risques qu’induisent la production d’énergies renouvelables. Ils sont apparus pour la première fois dans les années 1970 aux Etats-Unis, sous l’administration Carter, avec le National Energy Act. Ils sont désormais utilisés en Chine et dans de nombreux pays d’Europe comme l’Allemagne, l’Espagne ou la France. Avec la mutation du marché des énergies renouvelables, leur emploi est appelé à être modulé.

Les défis liés à ces nouvelles énergies

L’intégration des énergies renouvelables dans le mix énergétique soulèvent de nombreuses questions.

L’intermittence des énergies renouvelables – rappelons que le solaire et l’éolien dépendent des conditions météorologiques – requiert de maintenir la production d’électricité avec des sources d’énergies fossiles et des centrales nucléaires afin que l’offre et la demande coïncident. En plus de maintenir une production polluante, ce phénomène a pour effet de contraindre les gouvernements à octroyer des subventions supplémentaires (elles les octroient à des groupes dont les centrales ne seraient pas rentables au-delà d’un seuil de production).

A l’intermittence des énergies renouvelables s’ajoute la baisse des prix qu’elles génèrent. Paradoxalement, celle-ci pourrait s’avérer problématique. Rolando Fuentes, membre du groupe de réflexion saoudien Kapsarc, tire la sonnette d’alarme. Il affirme qu’un cercle vicieux s’est installé. Les subventions contribuent au développement des énergies renouvelables qui font diminuer les prix de l’énergie, ce qui augmente le besoin en financement. Or, une situation où les prix tendraient vers 0 dissuaderait les investisseurs privés. Il reviendrait alors aux Etats de combler le manque, à travers des subventions, ce qui rendrait à la fois coûteuse et inopérante la politique publique. Le think-tank Kapsarc parle ainsi du « paradoxe de la politique de l’énergie renouvelable » pour désigner ce phénomène.

Enfin, stockage et intégration au réseau de distribution d’électricité sont d’autres points où l’amélioration technique pourra être substantielle.

Le « + » de l’article :

La « finance verte » : le monde de la finance « au chevet du climat » ?

Lorsque le Président français Emmanuel Macron présente le One Planet Summit de décembre 2017 dont il est à l’origine, il affirme poursuivre l’objectif de « mettre la finance au chevet du climat ». Depuis 2015 et l’accord de Paris, a émergé l’expression de « finance verte ». Celle-ci comprend l’ensemble des opérations financières favorisant la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique. Les obligations vertes ou Green bonds constituent l’instrument principal de ce marché financier en pleine croissance. Emises par des collectivités locales ou une entreprise, elles financent des projets qui vont dans le sens des intentions de la COP21. Grâce aux Green bonds, le 1er producteur d’énergies propres français indépendant, Akuo Energy, a réussi à lever 60 millions d’euros en décembre 2017. Malgré un cadre réglementaire qui reste flou et des risques de détournement pour du « greenwashing » (« écoblanchiment »), la finance verte pourrait participer à une certaine responsabilisation de la finance à l’égard d’enjeux sociaux et environnementaux.

À retenir



Pour aller plus loin