Résumé de l'article

Cet article a pour vocation de donner un cadre méthodologique appliqué au traitement d’un sujet d’Histoire-géographie et géopolitique du monde contemporain (pour les ECS). Il est ponctué de Rappels « Rapport de Jury » (afin de rappeler les enjeux de l’exercice), d’ « astuces » (pour les définition, la problématisation, le plan, l’organisation des brouillons et même la rédaction) et de « conseils de correcteurs ». Le document est divisé en 5 à 6 parties qui mettent en valeur les étapes de la réflexion, des rappels du stade de la réflexion sont signalés au fil du sujet.

Sommaire

Analyse des termes du sujet

Rappel « Rapport de Jury » (ESCP 2008)

Outre l'absence de véritable réflexion autour de l'idée du "clivage", le jury s'est également étonné du peu de cas faits aux termes "Nord" et "Sud" qui ne sont guère définis par les candidats, comme si, là encore, ils allaient d'eux-mêmes, alors qu'ils sont moins explicites que les termes de "pays développés" et de "pays en développement. Nombre de candidats sont partis bille en tête, sans réfléchir aux tenants et aux aboutissants du sujet, transformant volontiers le libellé en ce qu'il n'était pas.


L’« Asie » (le continent asiatique) : Continent délimité par l’océan Pacifique à l’Est, l’Océan Indien au Sud et l’Oural à l’Ouest (On exclut l’Asie mineure et le Proche et Moyen-Orient. Le terme « Asie » renvoie à la multiplicité des acteurs du continent, comme les États, les entreprises, les organisations régionales et internationales.

À noter : L’Asie ne possède donc pas de façade maritime à l’Ouest. Il y’a également une hiérarchie de puissances en Asie, en cela que c’est un continent dont de nombreux États ont émergé depuis les années 1960 (beaucoup de ces États sont d’ailleurs « tournés » vers la mer. On garde cette idée pour éventuellement dresser une typologie en III).


« Être tourné vers » : Au sens propre, regarder vers quelque part, avoir des liens économiques, politiques et culturels avec un espace, avoir des ambitions géopolitiques sur cet espace, être attiré par cet espace.

Stade de la réflexion : De manière plus précise, être tourné vers la mer, ce serait à la fois provoquer une ouverture (économique, commerciale, politique, culturelle) vers cet espace et dépendre de lui. Il y’aurait une volonté de se tourner vers la mer (comme en témoigne l’ouverture économique de la Chine, largement due au commerce maritime comme le montre son activité portuaire), à travers des ambitions économiques ou géopolitiques. Le tenant du tropisme maritime asiatique serait donc double : révélateur d’une ambition et reflet d’une nécessité (prépondérance du commerce maritime dans la mondialisation contemporaine).

« La mer » : ensemble des espaces maritimes, Océans, mers, littoraux, zones côtières, routes maritimes, passages stratégiques…

La mer est un support privilégié de la mise en lien des espaces dans la mondialisation par des flux et des infrastructures (commerce maritime, interface, « Vorland-hinterland »). C’est également un objet de convoitises (ressources), et à cet égard une zone d’affrontement de puissances…


Cadre Spatial : Ensemble du continent asiatique tel que défini plus haut


Cadre temporel : L’Asie semble s’être résolument « tournée vers la mer » depuis les années 1960 et la fin de la décolonisation avec l’émergence de puissances économiques toutes « littorales » (les « dragons » : Hong-Kong, Taïwan, Singapour, Corée du Sud).

Stade de la réflexion : À la lumière de la prédominance des ports asiatiques dans le classement mondial et des ambitions navales de la Chine et du Japon, l’Asie semble s’être résolument tournée vers la mer, ce qui ne manque pas d’avoir provoqué des tensions et des inégalités dans l’émergence économique des territoires asiatiques. Nous avons donc ici déjà quelques idées pour la problématique et le plan.

Problématique/Idées de conclusion/Plan

Problématique

« Astuce » préalable: On peut prendre une feuille de brouillon et la couper en 3 parties inégales. Une petite partie en haut pour y mettre la problématique, une grande partie au milieu pour y mettre les 3 grands axes du plan exposés très clairement et une partie en bas de page pour mettre les idées de conclusion.


« Conseil des correcteurs » : Après la définition des termes du sujet, il convient de bâtir un plan qui répond à une problématique. Cette réponse est rappelée dans la conclusion. Plusieurs possibilités s’offrent donc à nous ici :

a) Si la problématique est immédiatement « donnée » (majorité des sujets) on l’écrit et on essaye d’y répondre directement dans la partie conclusion pour trouver le plan (il est toujours plus facile de savoir où l’on veut aboutir – réponse à la problématique dans la conclusion – avant de savoir par où l’on va passer pour arriver à cette conclusion).

b) Si la problématique est difficile à formuler, on écrit les premières idées générales qui nous viennent à l’esprit après la définition des termes, à l’instar du point de départ que nous avons mis en évidence à la fin de l’analyse : « L’ensemble du continent asiatique semble tourné vers la mer ».  Ces idées pourront constituer une réponse possible ou une partie de réponse au sujet, c’est-à-dire une « grande partie ». Il sera dès lors plus facile de trouver une problématique par la suite.


Ici, la problématique est facilement formulable après le travail de définition, en remettant en question ce point de départ. Par exemple :

« Dès lors, l’ensemble du continent asiatique est-il tourné vers la mer ? »

Idées de conclusion

En reprenant nos idées exposées dans les « stades de la réflexion », on répond alors à cette problématique. Cette réponse va constituer nos éléments de conclusion, puisque celle-ci doit systématiquement comporter une réponse concise à la problématique :

« S’il semble de prime abord que le continent asiatique est globalement tourné vers la mer (nécessité de se tourner vers les espaces maritimes au vu de leur importance primordiale dans la mondialisation contemporaine), ce tropisme maritime serait également à l’origine de rivalités, de convoitises et donc de tensions au sein du continent. Ces tensions seraient alors révélatrices d’une diversité de territoires et d’acteurs inégalement tournés vers la mer : certains entretiennent des liens privilégiés avec les espaces maritimes et accèdent à l’émergence, d’autres se détournent de la mer et éprouveraient ainsi des difficultés dans la mondialisation. »

« Astuce » : votre réflexion se devant d’être nuancée, il est de bon ton d’utiliser des structures qui témoignent d’une certaine humilité et qui ne soient pas catégoriques. Le conditionnel est donc de mise, mais vous pouvez aussi des verbes tels que « semble », « paraît », « ne saurait être nécessairement » …)

Plan

Rappel « Rapport de Jury » (ESCP 2011)

Chaque sujet se construit autour d'un plan qui lui est propre. Par paresse intellectuelle ou logique assurantielle, beaucoup de candidats plaquent sans discernement des morceaux de plans étudiés durant l'année ou appris par coeur lors de leur bachotage.


Le plan est donc le témoin de notre effort de réflexion en même temps qu’il est une réponse nuancée et progressive à notre problématique (voire l’annonce du plan dans l’introduction rédigée pour s’en convaincre).

Si la réponse à la problématique dans les idées de conclusion a été correctement menée, trouver un plan est plus aisé car vous savez où vous allez.

On s’appuie alors sur la réponse à la problématique pour construire notre plan, qui est un « éclatement » de cette réponse :

I. « Il semble tout d’abord que l’Asie soit un continent globalement tourné vers la mer ..» Idée instinctive et simple, qui va dans le sens du sujet et du « point de départ ».

II. « ...toutefois, ce tropisme maritime serait à l’origine de convoitises, de rivalités et de tensions entre les acteurs asiatiques... »

III. « …ce qui ferait de l’Asie un continent inégalement tourné vers la mer : certains territoires étant peu maritimisés et en difficulté, d’autres beaucoup plus tournés vers les espaces maritimes et « émergents » dans la mondialisation ».

À ce stade votre feuille de brouillon suit cette structure : vous avez une problématique, une réponse à cette dernière (qui constitue les grandes lignes de la conclusion) et un plan.

Plan détaillé

« Conseil des correcteurs » : Chaque partie doit comporter deux à trois sous parties, dans l’idéal de longueurs égales. On peut par exemple faire A) économie/social B) Géopolitique (et éventuellement C) Aspects culturels). Il est aussi assez heureux de donner un cadre historique à la démonstration dans le I) A). Le but est ensuite de donner un exemple par sous partie (au plus deux, afin de ne pas « dissoudre » le propos lors de la rédaction)

I)  Il semble tout d’abord que l’Asie soit un continent globalement tourné vers la mer ..

A) L’Asie semble économiquement tournée vers la mer

i) Mer et insertion du continent asiatique dans le commerce mondial

Exemple : « Xia Hai » signifie « plonger dans la mer » en chinois, mais signifie aussi « réussir dans les affaires ». À mettre en lien avec les ZES et les villes portuaires sur lesquels reposent l’ouverture économique de la Chine à partir de 1978 sous Deng Xiaoping.

ii) Mer et ressources

Exemple : Enjeux de la pêche et des baleiniers japonais + des hydrocarbures (îles Senkaku).

« Astuce » : Lorsque vous n’avez que deux sous parties, il peut être assez utile de structurer au maximum comme ci-dessus (chose que l’on ne vous reprochera jamais).

B) Des ambitions géopolitiques de l’Asie pour se tourner vers la mer

Exemple : La marine de haute mer chinoise, initiée par l’amiral Liu Huaqing en 1975. C’est suite à cette ambition que la Chine acquiert le porte-avions Liaoning en 2012. (Nous aurions également pu parler des ambitions navales retrouvées du Japon, et naissantes en Inde…)


II) .. Toutefois, ce tropisme maritime serait à l’origine de convoitises, de rivalités et de tensions entre les acteurs asiatiques... 

A) Des concurrences et rivalités économiques pour les espaces maritimes
Exemple : Concurrence entre les ports asiatiques, les armateurs et chantiers navals (STX est coréen, Cosco est chinois) à l’échelle du continent

B) Des concurrences et rivalités géopolitiques pour les espaces maritimes
Exemple : Tensions entre la Chine et l’Inde (stratégie du Collier de perles). Guerre entre la Chine et le Vietnam pour les Paracels en 1979.


III) …. ce qui ferait de l’Asie un continent inégalement tourné vers la mer : certains territoires étant peu maritimisés et en difficulté, d’autres beaucoup plus tournés vers les espaces maritimes et « émergents » dans la mondialisation.

A) Des États inégalement tournés vers la mer. Statut révélateur de leur émergence et de leur réussite économique.

Exemple : Insertion accrue de la Chine, de l’Inde, du Japon, de la Corée, de Taïwan (ports, littoraux...). Difficultés de certains pays d’Asie pour se tourner vers la mer (Géographique comme le Laos, en raison du manque d’infrastructures comme le Bangladesh ou le Sri Lanka).

B)Des territoires au sein des États inégalement tournés vers la mer. Statut révélateur de leur émergence et de leur réussite économique.

Exemple : Les ports, les littoraux, les arrières pays productifs et bien reliés, les villes portuaires sont dominantes et en réussite car tournés vers la mer. Les territoires déconnectés, mal reliés, à l’instar de certaines zones agricoles sont en difficulté et sont détournés de la mer (la Chine initie la « Go West policy » pour y remédier).

Introduction rédigée

Aux XIVème et XVème siècles, la Chine est une grande puissance navale qui domine le continent asiatique (voyages de l’amiral Zheng Hê). L’empereur avait cependant mis fin à cette aventure maritime au profit de la stabilité intérieure : l’Asie, un continent tourné vers la mer ? Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la décolonisation, le continent asiatique, c’est-à-dire l’espace délimité par l’Océan Pacifique à l’Est, l’Océan Indien au Sud et l’Oural à l’Ouest, semble s’être résolument tourné vers la mer. Ce tropisme du continent asiatique pour la mer, c’est-à-dire l’ensemble des espaces maritimes (mers, océans, littoraux, côtes, routes maritimes) relève des enjeux et des accès aux ressources maritimes qui débouchent parfois sur des affrontements géopolitiques (à l’instar de l’archipel de Paracels, par exemple). Le tropisme maritime de l’Asie serait donc également à l’origine de rivalités pour l’accès à la mer, certains territoires ayant un accès privilégié aux espaces maritimes, d’autres éprouvants des difficultés à se tourner vers la mer. Dès lors, l’ensemble du continent asiatique est-il tourné vers la mer ? Si l’ensemble du continent asiatique semble tourné, aussi bien économiquement que géopolitiquement vers la mer (I), cet horizon maritime commun serait cependant à l’origine de convoitises, et donc de rivalités et de tensions au sein du continent asiatique (II), ce qui ferait de l’Asie un continent inégalement tourné vers la mer : certains territoires étant peu maritimisés, d’autres beaucoup plus sensibles au tropisme maritime du continent (III).

Carte et légende

Carte
Légende

À retenir - l’essentiel autour des recommandations du jury

  • Penser à établir une typologie en Partie III, tout en rattachant celle-ci à la problématique et en l’imbriquant logiquement dans les deux parties qui la précède.
  • Bien donner une définition stricte des termes, puis les définir entre eux.
  • Légende de carte : Possibilité d’adopter le plan classique (et reproductible dans un grand nombre de sujets) : I. Analyse des atouts de l’Asie pour se tourner vers la mer (grande façade maritime, proximité de détroits..) II. Analyse des moyens mis en œuvre pour faire valoir ses atouts et combler les lacunes III. Diversités des situations à observer suite à la mise en œuvre des moyens et de l’observation des atouts : typologie de territoires entre ceux qui réussissent et échouent..
  • Nuancer sa réponse à la problématique.