Pays fondateur de l’Union Européenne, l’Italie est un pays qui a plusieurs avantages pour les copies de géopolitiques. Il permet tout d’abord de jouer la carte de l’originalité car c’est un pays peu cité. Ensuite, l’Italie est un pays fortement dualiste tant par sa géographie (partie rattachée au continent, partie péninsulaire), son économie (Un Nord riche, un Sud à la traine), mais également, comme nous allons l’aborder, par le tandem émigration/immigration.


Un peu d’Histoire


Bien que l’expression géographique « Italie » soit ancienne, le pays, lui, ne date que de la seconde moitié du XIX° siècle, avec le Risorgimento, achevé en 1870. Déjà à l’époque, il existait une différence notoire entre le développement du Sud et du Nord, qui reste encore aujourd’hui marquée. Cette différence de développement a conduit non seulement à des tensions entre les terroni (ceux qui travaillent la terre, les paysans au sud) et les polentoni (les mangeurs de Polenta, au Nord), mais également à une vaste vague de migration interne appelée la Grande Migrazione, généralement située entre 1880 et 1930.
Terre de migration, l’Italie l’est également à l’international. L’on se souvient dans Histoire de la France du XX° siècle Tome 1 de Berstein et Milza de l’importance de la communauté italienne en France dans les années 20-30 (et les torts qu’ils subissaient). L’INSEE estime aujourd’hui à 6% la population d’ascendance italienne en France. Mais les Italiens se sont également établis outre-Atlantique aux États-Unis (5,5% de la population américaine) avec des personnages célèbres tels que Robert de Niro ou Fiorello Laguardia, en Argentine, au Brésil…


Un Nouveau Pays D’immigration


Nous l’avons vu, l’Italie est depuis longtemps un pays d’émigration. Cependant, son rôle de pays « accueillant » n’est que très récent. Il date du début des années 90 et nous pouvons déceler plusieurs raisons à ce changement de rôle. Premièrement, il y avait l’attractivité économique. En effet, loin d’être le pays à la croissance amorphe (le pays est entré en récession de 0.2% en 2018), au chômage handicapant (13%) et à la dette colossale (131% du PIB), dans les années 1980, l’Italie était alors en plein second boom économique (après celui des années 1950). La croissance moyenne du PIB sur la décennie était de 2,8% contre 2.5% pour la France, et 2.4% pour l’Allemagne. Ces très bons scores lui permirent même de devenir la 5eme puissance économique mondiale en 1986, devant le Royaume-Uni de M. Thatcher. L’Italie, demandeuse de bras, était donc une destination attractive.

Ensuite, la seconde raison est conjoncturelle. En effet, les années 90 est la décennie de la fin du communisme. L’Est de l’Europe, géographiquement proche de l’Italie, se retrouve ébranlé et instable. La Yougoslavie, éclatée en 1992, fourni un contingent non négligeable de Croates, Slovènes auxquels s’adjoignent des Albanais, mais surtout des Roumains (1er contingent d’étrangers en Italie) et participent à la création d’une hétérogénéité culturelle à laquelle les Italiens n’étaient pas habitués. À cette même époque naît La Ligue du Nord, en 1991, « incubatrice du racisme » selon Stefano Rodota. C’est alors le début d’une cohabitation difficile entre Italiens et immigrants qui ne s’améliorera pas avec les crises successives.


Un Autre Type d’Émigration


Depuis plus d’une décennie, et comme bon nombre de pays, l’Italie doit faire face à la fuite des cerveaux, qui a triplé en dix ans. Ce type d’émigration est particulièrement douloureux puisqu’il vide le pays de personnes formées et renommées ainsi que de sa jeunesse. 55% partent pour l’Europe, majoritairement pour le Royaume-Uni, et 39% pour l’Amérique du Nord. Cette tendance se confirme et se poursuit puisqu’en 2016, la fuite des cerveaux a connu une augmentation de 15% par rapport à 2015. Les régions qui se vident sont majoritairement les régions méridionales, donc les plus pauvres, surtout les régions de Naples, de Palerme et les îles. Le principal motif est l’attrait financier (un chercheur gagnera en moyenne 30% de plus en Grande Bretagne qu’en Italie), ainsi que le peu de confiance en l’avenir (indice de fécondité à 1.34 quand le seuil de renouvellement de la population est de 2.1, déclin de la population depuis 2013, second pays le plus vieux au monde avec un âge médian de 45 ans contre 40,5 ans pour la France).

Cette situation préoccupante montre l’importance et la valeur d’une population formée mais également les disparités territoriales au sein de l’UE qui conditionnent les destinations favorites des migrants européens. Ces dernières ont du mal à être résorbées par les programmes d’aides (FEDER, Fonds de cohésion…) et constituent un défi permanent.


L’immigration aujourd’hui, facteur de tensions géopolitiques au sein de l’Europe


L’opération franco-britannique en 2011 contre la Libye, qui a eu pour conséquences la chute du dictateur Kadhafi et le naufrage du pays dans la guerre civile et l’insécurité, avait fortement déplu à l’Italie Berlusconienne et avait de surcroît créé des tensions diplomatiques. Cela s’explique par des liens historiques.

Ancienne colonie italienne, la Lybie était restée en très bons termes diplomatiques et économiques avec l’ex-métropole. En effet, en 2008, les deux chefs d’État avaient signé un accord pour limiter l’immigration : il autorisait l’Italie à refouler les migrants partis de Libye. Cette dernière ayant sombré dans la guerre civile, l’accord est devenu caduque et l’île de Lampedusa, au large de la Tunisie, s’est retrouvée aux avant-postes d’une catastrophe humanitaire.
L’Europe n’a réagi que très tardivement puisque c’est l’Italie qui a dû mettre en place des solutions de sauvetage (Mare Nostrum en 2013 pour 9 millions d’euro par mois, supportés par l’Italie seule) et d’accueil (on pense à la région de Vintimille, à la frontière avec la France). Depuis 2013, c’est près de 700 000 migrants que les côtes italiennes ont vu défiler, faisant du pays une porte d’entrée vers un Europe lui ayant résolument tourné le dos (retour des contrôles aux frontières françaises et autrichiennes, timide opération Triton lancée par Frontex).
C’est donc dans un contexte géopolitique tendu que le gouvernement Conte, sous l’impulsion du ministre de l’intérieur Salvini, a drastiquement réduit les entrées (-80% en 2018), allant même jusqu’à refuser l’Aquarius, un bateau transportant des migrants. Nous apercevons donc comment l’immigration peut créer des tensions à l’intérieur du pays (montée de l’extrême droite, peur pour l’avenir, attitude à adopter face aux migrants) mais aussi au sein de l’U.E. (« abandon » de l’Italie, mais aussi de la Grèce, absence de redistribution des migrants…), ce qui a joué en défaveur de l’eurobaromètre chez les Italiens, un peuple d’ordinaire très europhile.