Méthode d’HGG appliquée avec sujet corrigé

Avertissement

Essayer de faire le sujet (Analyse des termes, cadre chronologique et historique, problématique, plan détaillé, introduction rédigée et éléments de conclusion) avant de regarder la correction proposée

Résumé de l’article

Cet article a pour vocation de donner un cadre méthodologique appliqué au traitement d’un sujet d’Histoire-géographie et géopolitique du monde contemporain (pour les ECS). Il est ponctué de Rappels « Rapport de Jury » (afin de rappeler les enjeux de l’exercice), d’ « astuces » (pour les définition, la problématisation, le plan, l’organisation des brouillons et même la rédac-tion) et de « conseils de correcteurs ». Le document est divisé en 5 à 6 parties qui mettent en valeur les étapes de la réflexion, des rappels du stade de la réflexion sont signalés au fil du sujet.

Sommaire

Analyse des termes du sujet

Rappel « Rapport de Jury » (ESCP 2013)

Le sujet ne présentait pas plus de difficultés que les années précédentes. Il suffisait même de le suivre dans son libellé pour être guidé dans sa réflexion et avoir un plan logique. Mais désinvolte à l'égard des termes, de nombreux candidats se sont précipités sur une description superficielle.

Conseil des correcteurs

On doit donc donner ici une définition stricte et précise des mots du sujet. Il convient ensuite de donner un sens aux termes dans un cadre historique et géographique, ainsi que de les définir les uns par rapport aux autres. Cette étape est capitale pour assurer une bonne compréhension du sujet, et de commencer à cadrer le chemin que va prendre notre réflexion.

Énergie : force qui permet l’action, qui permet de modifier un état, et de produire un travail entraînant du mouvement. (1)

(Les principales énergies sont les énergies fossiles, l’énergie nucléaire, les énergies renouvelables... : Énergies qui correspondent à des périodes industrielles -première et seconde révolutions indus-trielles - , à des facteurs géopolitiques et géoéconomiques – chocs pétroliers, à des enjeux straté-giques pour les États…)(2)

Astuce : On donne tout d’abord une définition stricte des termes (1) pour bien cadrer la ré-flexion avant de donner quelques aspects concrets au terme en question (2).

Minerais : Ensemble des ressources minérales utilisées par l’industrie et qui doivent être trans-formées pour être utilisées (Bauxite, manganèse, cobalt)

(Minerais utilisés pour divers types d’industrie, pour la sidérurgie, pour les hautes technologies aujourd’hui – enjeu des terres rares pour la Chine).

Ressources : ensemble des moyens matériels et de produits nécessaires au développement d’un territoire donné.

TensionS : État dans lequel deux acteurs rentrent en opposition. (S = De multiple types de ten-sions : économiques, géopolitiques, militaires…)

(Une intensité diverse des tensions sur les énergies et les minerais – dues aux fluctuations du mar-ché, par exemple. Une géographie des tensions ? De nouvelles formes de tensions (écologiques) ?)

Stade de la réflexion : Le terme de « tensions » souligne l’enjeu stratégique des énergies et des minerais. C’est le présupposé du sujet et le point de départ de notre réflexion : Les ressources en énergies et en minerais impliqueraient immanquablement des tensions entre les États, les entre-prises, les ONG, les sociétés civiles (il ne faut pas oublier la dimension multiscalaire du sujet). Ce point de départ est également validé par le fait qu’il n’y a pas de point d’interrogation à la fin du libellé.

Astuce : On peut bien souvent prendre le présupposé du sujet comme « point de départ de la réflexion », c’est-à-dire comme première affirmation, première impression à sa lecture. Cette affirmation est reprise dans la problématique (formulée sous forme de problème donc)

Cadre spatial : échelle mondiale

Cadre temporel : De la seconde révolution industrielle (début XXème siècle) à nos jours. C’est lors des deux RI qu’énergies et minerais, en particulier le charbon et le pétrole, ont pris une im-portance primordiale dans l’économie mondiale. Elles deviennent dès lors l’objet de convoitises et d’accaparement.
Pour des raisons pragmatiques, nous ferons commencer notre raisonnement en 1945 (Accords du Quincy) dans l’introduction. Cela ne nous empêchera pas de faire quelques rappels histo-riques dans le I.a) comme vous le savez.

Astuce: On se pose la question suivante pour justifier notre affirmation : depuis quand les énergies et les minerais sont-ils des ressources sous tensions ?

Problématique/Idées de conclusion/Plan

Astuce préalable : On peut prendre une feuille de brouillon et la couper en 3 parties inégales. Une petite partie en haut pour y mettre la problématique, une grande partie au milieu pour y mettre les 3 grands axes du plan exposés très clairement et une petite partie en bas de page pour mettre les idées de conclusion.

Conseil des correcteurs

Après la définition des termes du sujet, il convient de bâtir un plan qui répond à une problématique. Cette réponse est rappelée dans la conclusion. Plusieurs possibilités s’offrent donc à nous ici :
a) Si la problématique est immédiatement « donnée » (majorité des sujets) on l’écrit et on es-saye d’y répondre directement dans la partie conclusion pour trouver le plan.
b) Si la problématique est difficile à formuler, on écrit les premières idées générales qui nous viennent à l’esprit après la définition des termes, à l’instar du point de départ que nous avons mis en évidence à la fin de l’analyse : « ex : D’un prime abord, les ressources en énergies et minerais semblent systématiquement traversées par de multiples formes de tensions ». Ces idées pourront constituer une réponse possible ou une partie de réponse au sujet, c’est-à-dire une « grande partie (I par exemple) ». Il sera dès lors plus facile de trouver une probléma-tique par la suite.

Stade de la réflexion : Ici on repart de notre point de départ de la réflexion pour le « problémati-ser ». Le sujet semble montrer que les ressources en énergies et minerais ont une certaine propen-sion à générer de multiples formes de tensions. Mettons cette affirmation en question, c’est-à-dire demandons-nous si…

« Les ressources en minerais et en énergies sont-elles systématiquement traversées par de multiples formes de tensions ? »

Idées de conclusion

On répond alors à cette problématique. Cette réponse va constituer nos éléments de con-clusion, puisque celle-ci doit systématiquement comporter une réponse concise à la problématique :

Nos éléments de conclusion seraient alors : « Si les ressources en énergies et matières premières semblent prédisposées à être traversées par de multiples formes de tensions, les acteurs inter-nationaux ont cependant eu la volonté d’une gestion équilibrée de ces ressources afin d’en apaiser les tensions. En réalité, l’implication croissante des acteurs internationaux dans l’extraction, le transport, et l’utilisation des ressources en énergies et matières premières a renouvelé les tensions, car elles aboutissent à un rapport de domination entre États, entreprises et territoires. »

On voit qu’avec un entraînement régulier, la conclusion est déjà pratiquement rédigée… et que l’on a déjà des idées concrètes pour le plan.

Plan

Rappel « Rapport de Jury » (ESCP 2011)

Chaque sujet se construit autour d'un plan qui lui est propre. Par paresse intellectuelle ou logique assurantielle, beaucoup de candidats plaquent sans discernement des morceaux de plans étudiés durant l'année ou appris par coeur lors de leur bachotage.

Le plan est donc le témoin de notre effort de réflexion en même temps qu’il est une réponse nuancée et progressive à notre problématique (voir l’annonce du plan dans l’introduction rédigée pour s’en convaincre).

Si la réponse à la problématique dans les idées de conclusion a été correctement menée, trouver un plan est plus aisé car vous savez où vous allez (en l’occurrence vous montrez que si les ressources en énergies et minerais semblent avoir une propension à générer des tensions, il y a eu toutefois des tentatives de gommer ces tensions par des accords internationaux et l’implication des acteurs internationaux, mais que ces tentatives ont, à l’opposé, concouru à une intensification des tensions en instaurant un rapport de domination entre ces acteurs).

Le plan serait donc :

  1. (on va dans le sens du point de départ de la réflexion) Tout d’abord, les énergies et minerais semblent prédisposés à être traversés par de multiples formes de tensions…
  2. (On prend ici un premier contrepied à cette affirmation, les acteurs internationaux n’ont-ils pas essayé d’agir pour apaiser les tensions ?) ...Toutefois, les acteurs internationaux ont tenté d’introduire une gestion apaisée des ressources en énergies et minerais…

Stade de la réflexion : Nous avions pensé aux accords du Quincy (1945) – cf borne chronologique - pour penser notre partie II et l’engagements des acteurs internationaux. Mais cette volonté d’avoir une gestion apaisée des ressources en énergies et minerais a-t-elle pour autant impliqué une baisse des tensions sur les énergies et matières premières ? Il semble, au contraire, qu’il y ait un rapport déséquilibré entre les acteurs internationaux (influence et domination des pays occidentaux, tenta-tives d’affirmation des pays producteurs par l’OPEP..), dont découle un renouvellement des ten-sions…

Astuce: Trouver des exemples concrets peut bien souvent vous aider à échafauder une partie manquante. Il suffit de trouver une idée transversale et cohérente à ces exemples. Cette idée devient alors l’intitulé de votre grande partie.

  1. … gestion qui relève, en réalité, d’un rapport de domination entre ces acteurs, et donc un renouvellement des tensions sur les ressources en énergies et minerais.

Astuce: L’un des objectifs de l’exercice est de montrer une réflexion nuancée. Soyez donc prudent dans l’annonce de vos grandes parties (sans pour autant ne pas vous affirmer, ce qui mettrait à mal un autre objectif de l’exercice : une réflexion aboutie). Pour ce faire, utilisez des formules impersonnelles comme « il semble que ».

Plan détaillé

Conseil des correcteurs

Chaque partie doit comporter deux à trois sous parties, dans l’idéal de longueurs égales. On peut par exemple faire A) économie/social B) Géopolitique (et éventuellement C) Aspects culturels). Il est aussi assez heureux de donner un cadre historique à la démonstration dans le I) A). Le but est ensuite de donner un exemple par sous partie (au plus deux, afin de ne pas « dissoudre » le propos lors de la rédaction)

  1. Si les énergies et minerais sont des ressources qui semblent prédisposées à être traver-sées par de multiples formes de tensions…
    1. Historiquement, Les énergies et minerais sont des ressources clés pour le développement, à l’origine de tensions économiques
      (Si notre première sous-partie sera à dominante économique, il est toujours bon de faire quelques rappels sur le cadre historique du sujet en I.A)
      Exemples : Ces ressources sont un enjeu stratégique pour le développement depuis les première et seconde révolutions industrielles. Le marché des énergies et minerais a connu de nombreuses tensions, notamment à l’occasion des chocs pétroliers.
    2. Ensuite, par leur dimension stratégique, ces ressources sont à l’origine de nombreuses tensions géopolitiques.
      Exemples : Les tensions entre le Cameroun et le Nigéria pour la péninsule de Bakassi, la sé-cession du Biafra (1967), le déclenchement de la première guerre du golfe (invasion du Ko-weït par l’Irak).
    3. Enfin, il apparaît également de nombreuses tensions écologiques, en particulier au sein des sociétés
      Exemple : les répercussions de l’utilisation des énergies fossiles sur la santé publique en Chine (Centrales à Charbon). La contestation du choix politique fait par Angela Merkel en 2015 (sortie de l’Allemagne du nucléaire pour revenir – en partie – vers l’utilisation de centrales thermiques).
  2. Toutefois, une gestion apaisée des ressources en énergies et minerais semble possible à l’initiative des acteurs internationaux…
    1. Une volonté d’introduire une gestion économique apaisée…
      Exemples : Les accords du Quincy, qui assurent aux Etats-Unis la quasi-exclusivité du pétrole saoudien en échange d’une protection militaire et diplomatique (1945), exemple du Botswana qui a introduit une gestion économique apaisée autour de ses réserves en diamants, cuivre et Nickel (climat si apaisé que le géant des minerais « De Beers » va jusqu’à implanter son siège social à Gaborone)
    2. corrélée à une baisse des tensions géopolitiques autour des ressources en minerais et en énergies...
      Exemple : Une résolution des conflits frontaliers en lien avec des enjeux énergétiques devant l’ONU : baisse des tensions à Bakassi suite à une médiation internationale.
    3. ... et à des solutions pour un « apaisement écologique » autour des ressources en minerais et en énergies…
      Exemple : Accords de Paris sur le climat (2015) qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
      Idées de transition : Les pays émergents ont, à de nombreuses reprises, critiqué les pays occi-dentaux sur l’utilisation des ressources en énergies et minerais et regrettent une forme de « far-deau écologique » qui devrait également peser sur leurs performances économiques. Cette ges-tion apaisée voulue par les pays occidentaux serait finalement révélatrice d’un rapport de domi-nation, facteur de renouvellement des tensions sur les énergies et minerais.
  3. ... cette gestion apaisée relève en réalité d’un rapport de domination, facteur de renou-vellement des tensions autour des énergies et minerais.
    Astuce : Il peut être opportun de faire une « typologie » en troisième partie. C’est à dire distinguer suivant des critères qualitatifs plusieurs aspects d’un même thème. Par exemple, il y a ici des acteurs dominants, ce sera notre partie A, et des acteurs dominés, ce sera notre partie B. Nous avons fait une typologie entre les acteurs = nous avons dressé les différents « types » d’acteurs des ressources en énergies et minerais.
    1. Des acteurs dominants renouvelés, des tensions qui s’intensifient.
      Exemple: Les États et les entreprises dominantes sont renouvelés : les États occidentaux laissent progressivement place au États émergents, les grandes entreprises chinoises (CNOOC par exemple) remplacent les « majors » (notamment sur les marchés africains, puisque la Chine et CNOOC profi-tent de l’exclusivité du pétrole soudanais par exemple). Certaines politiques énergétiques agressives suscitent de nouvelles formes de tensions (on peut parler de la pression chinoise sur les terres rares). Il y a donc de nouveaux acteurs dominants, entrant en concurrence avec leurs ainés. Ceci débouche sur des tensions économiques et géopolitiques.
    2. Des acteurs et des territoires toujours dominés
      Exemple : Des territoires toujours sous la mainmise d’acteurs extérieurs, ce qui intensifie les ten-sions (Présence d’Areva au Niger, on peut également reparler ici de la présence de CNOOC au Sou-dan + la dépendance de la Guinée Conakry aux activités du groupe Anglo-Austral BHP Billiton..) Ceci débouche sur des tensions économiques, sociales, écologiques et géopolitiques.

Introduction rédigée

Selon Daniel Yergin, spécialiste des relations internationales et des ressources naturelles, « le pétrole c’est 10% d’économie et 90% de politique ». Les énergies et les minerais semblent dès lors être au cœur de tensions, en cela qu’elles sont des ressources stratégiques.

En effet, aux deux révolutions industrielles correspondent des énergies fossiles précises. Le charbon pour la première, le pétrole et l’électricité pour la seconde. Les énergies (pétrole, charbon, gaz naturel, nucléaire.) et minerais, c’est-à-dire l’ensemble des ressources minérales trans-formées par l’industrie, sont alors des éléments clés du développement et de la puissance économique : ce sont des ressources stratégiques à l’origine de nombreuses tensions entre les États, les entreprises, les ONG et les territoires. Cependant, le cadre international économique et politique des ressources énergétiques et minérales, qui découle des accords du Quincy (1945), semble avoir abouti à une gestion relativement apaisée des ressources en énergies et minerais, du moins jusqu’en 1973, date du premier choc pétrolier.

Dès lors, les ressources en minerais et en énergies sont-elles systématiquement traversées par de multiples formes de tensions ?

Si les énergies et minerais semblent prédisposés à être traversés par de multiples formes de tensions (I), les acteurs des relations internationales ont tenté d’introduire une gestion apaisée des ressources en énergies et minerais (II), gestion qui en réalité n’a fait que déboucher sur un rapport de domination entre ces acteurs, générant de nouvelles tensions sur les ressources en énergies et minerais (III).

Carte et légende

Carte

energies-minerais-carte.jpg

Légende

energies-minerais-legende.jpg

Le + de l’article : récapitulatif de la méthode utilisée, et l’essentiel autour des recommandations du jury

Focus sur l’étape de problématisation avec les rapports de Jury :

Rappel « Rapport de Jury » (ESCP 2011)

Plusieurs problématiques étaient possibles, à condition d'être justifiées.

RAPPORT DE JURY (ESCP 2008)

Outre l'absence de véritable réflexion autour de l'idée de "clivage", le jury s'est également étonné du peu de cas fait aux termes "Nord" et "Sud" qui ne sont guère définis par les candidats, comme si, là encore, ils allaient d'eux-mêmes, alors qu'ils sont moins explicites que les termes de "pays développés" et de "pays en développement". Nombre de candidats sont partis bille en tête, sans réfléchir aux tenants et aux aboutissants du sujet, transformant volontiers le libellé en ce qu'il n'était pas.

Bref, la problématisation commence dès la définition des termes du sujet et de la dé-termination du cadre chronologique et spatial. Cette première étape vous donne un « point de départ de la réflexion » que vous pouvez « problématiser », c’est-à-dire re-mettre en question en le formulant … sous forme de problématique.

Résumé global

Si vous ne deviez retenir qu’une seule chose : le sujet, rien que le sujet, et tout le sujet. TOUS les mots sont importants (oui, même le « les », « entre » ou le « dans » fait la différence sur un sujet). On part de l’analyse de ces mots pour construire petit à petit la problématique puis le plan, en veillant à ce que chaque partie reprenne les mots du su-jet, et comporte au moins un exemple. C’est la méthode de base, celle qui, si vous la respectez, vous permettra d’assurer au moins la moyenne à vos DS et lors du concours. Pour passer de 10 à 20, il faudra attendre que nous vous délivrions nos autres secrets.