Avertissement : Essayer de faire le sujet (Analyse des termes, cadre chronologique et historique, problématique, plan détaillé, introduction rédigée et éléments de conclusion) avant de regarder la correction proposée

Résumé de l'article

Cet article a pour vocation de donner un cadre méthodologique appliqué au traitement d’un sujet d’Histoire-géographie et géopolitique du monde contemporain (pour les ECS). Il est ponctué de Rappels « Rapport de Jury » (afin de rappeler les enjeux de l’exercice), d’ « astuces » (pour les définition, la problématisation, le plan, l’organisation des brouillons et même la rédaction) et de « conseils de correcteurs ». Le document est divisé en 5 à 6 parties qui mettent en valeur les étapes de la réflexion, et des rappels du stade de la réflexion sont signalés au fil du sujet.

Sommaire

  • Analyse des termes du sujet
  • Problématique/Idées de conclusion/plan
  • Plan détaillé
  • Introduction rédigée
  • Légende de carte
  • Le + de l'article - l’essentiel autour des recommandations du jury

Analyse des termes du sujet

Rappel « Rapport de Jury » (ESCP 2008)

terme-jury-frontieres-ouvertes.jpg

Frontière : Discontinuité géopolitique à fonction de marquage réel, imaginaire ou symbolique. (Définition de Michel Foucher).

Stade de la réflexion : Si une frontière peut être ouverte ou fermée, elle marque avant tout une différence, une « discontinuité » entre deux États, deux régions, deux territoires..

Frontière ouverte : Frontière ouverte aux échanges commerciaux, aux flux économiques et migratoires, aux coopérations transfrontalières, à d’autres cultures...

Stade de la réflexion : Depuis 1945, l’essor du libre-échange (principalement au sein du monde occidental) a impliqué une ouverture croissante des frontières (du moins économiquement) par la baisse des tarifs douaniers. Cette ouverture s’est organisée sous l’égide d’organisations internationales ou continentales (GATT, OMC, CEE puis UE..). La principale caractéristique des frontières depuis 1945 serait donc d’être globalement ouvertes. C’est notre « point de départ » de la réflexion.

Frontière fermée : Frontière imperméable aux échanges économiques, aux flux migratoires, aux partenariats politiques… Elle peut refléter une situation de tension entre deux États ou deux territoires, une réaction (souvent politique) envers des flux (économiques ou migratoires). Elle peut être dans ce cadre « murée » et surveillée (comme en Cisjordanie ou entre les deux Corées).

Stade de la réflexion : Il semble dès lors que malgré le processus d’ouverture, certaines frontières soient réfractaires à la logique du libre-échange et de la libre circulation des personnes. Il semble même également que certaines frontières connaissent un processus de fermeture (comme à l’intérieur de l’Union Européenne, parangon de la liberté de circulation, avec le retour des contrôles aux frontières à l’issue des attentats terroristes en France). On se rend compte que le travail de problématisation est quasiment déjà établi…

Cadre spatial : échelle mondiale.

Cadre temporel : Depuis 1944-1945 et la création du GATT, dont découle la baisse progressive des tarifs douaniers, au moins au sein du monde occidental.

Problématique/Idées de conclusion/Plan

Problématique

Rappel « Rapport de Jury » (ESCP 2013)

malgre-la-simplicite-frontieres-ouvertes.jpg

L’exigence d’une problématique relativement « simple » est surtout clairement énoncée est donc capitale pour traiter le sujet. Voyons voir comment l’on peut s’en sortir ici.

« astuce » préalable : On peut prendre une feuille de brouillon et la couper en 3 parties inégales. Une petite partie en haut pour y mettre la problématique, une grande partie au milieu pour y mettre les 3 grands axes du plan exposés très clairement et une partie en bas de page pour mettre les idées de conclusion.

« conseil des correcteurs » : Après la définition des termes du sujet, il convient de bâtir un plan qui répond à une problématique. Cette réponse est rappelée dans la conclusion. Plusieurs possibilités s’offrent donc à nous ici :

  • Si la problématique est immédiatement « donnée » (majorité des sujets) on l’écrit et on essaye d’y répondre directement dans la partie conclusion pour trouver le plan.
  • Si la problématique est difficile à formuler, on écrit les premières idées générales qui nous viennent à l’esprit après la définition des termes, à l’instar du point de départ que nous avons mis en évidence à la fin de l’analyse : « Les frontières semblent avoir principalement connu un processus d’ouverture depuis 1945 ». Ces idées pourront constituer une réponse possible ou une partie de réponse au sujet, c’est-à-dire une « grande partie ». Il sera dès lors plus facile de trouver une problématique par la suite.

Ici, la problématique est facilement formulable après le travail de définition, en remettant en question ce point de départ. Par exemple :

« Les frontières ont-elles principalement connu un processus d’ouverture ou de fermeture depuis 1945 ? »


« conseil des correcteurs » : L’énoncé de la problématique doit être clair, précis et concis et ne pas intégrer de nouvelles notions. Il a pour but de cadrer la démonstration.

Idées de conclusion

On répond alors à cette problématique. Cette réponse va constituer nos éléments de conclusion, puisque celle-ci doit systématiquement comporter une réponse concise à la problématique :

Nos éléments de conclusion seraient alors : « S’il semble tout d’abord que les frontières aient globalement connu une dynamique d’ouverture depuis 1945 (reprise du point de départ), certaines frontières resteraient toutefois imperméable à cette dynamique, et connaitraient même un processus de fermeture, qui prendrait sa source dans les déséquilibres et les inégalités qu’implique la mondialisation : il y aurait une typologie entre des territoires qui ont une propension à ouvrir leurs frontières et d’autres à les refermer, et ce à de multiples échelles »

Vous avez ici répondu à votre problématique.

« astuce » : votre réflexion se devant d’être nuancée, il est de bon ton d’utiliser des structures qui témoignent d’une certaine humilité et qui ne soient pas catégoriques. Le conditionnel est donc de mise, mais vous pouvez aussi des verbes tels que « semble », « paraît », « ne saurait être nécessairement » …)

Plan

Rappel « Rapport de Jury » (ESCP 2011)

chaque-sujet-frontieres-ouvertes.jpg


« conseil des correcteurs » : Le plan a pour but d’exposer la construction de la démonstration sur le sujet. Il est révélateur d’une réflexion aboutie.

On s’appuie alors sur la réponse à la problématique pour construire notre plan, qui est un « éclatement » de notre réponse, matérialisée dans une phrase entière dans l’introduction.

  1. « Il semble tout d’abord que les frontières aient majoritairement connu une dynamique d’ouverture depuis 1945… » Idée instinctive et simple, qui va dans le sens du sujet et du « point de départ ».
  2. « ...toutefois, certaines frontières resteraient imperméables à cette dynamique, et connaitraient même un processus de fermeture .. » on prend ici « le contrepied » de la partie I, c’est à dire que l’on remet partiellement en question les réponses apportées dans un premier temps.
  3. « … dynamique qui prend sa source dans les déséquilibres et les inégalités qu’implique la mondialisation : il y aurait une typologie entre des territoires qui ont une propension à ouvrir leurs frontières et d’autres à les refermer, et ce à de multiples échelles ».

À ce stade votre feuille de brouillon suit cette structure : vous avez une problématique, une réponse à cette dernière (qui constitue les grandes lignes de la conclusion) et un plan.

Plan détaillé

« conseil des correcteurs » : Chaque partie doit comporter deux à trois sous parties, dans l’idéal de longueurs égales. On peut par exemple faire A) économie/social B) Géopolitique (et éventuellement C) Aspects culturels). Il est aussi assez heureux de donner un cadre historique à la démonstration dans le I) A). Le but est ensuite de donner un exemple par sous partie (au plus deux, afin de ne pas « dissoudre » le propos lors de la rédaction)

  1. Il semblerait tout d’abord que les frontières aient majoritairement connu une dynamique d’ouverture depuis 1945 …
    1. La mise en place d’un système économique-monde qui se donne pour ambition d’abaisser les frontières économiques et commerciales (cadre historique)
      Exemple : Création du GATT en 1944, mise en place de plusieurs « rounds » de baisse des tarifs douaniers
    2. Des institutions et des constructions politiques caractérisées par une ouverture des frontières
      Exemple : Régionalisation accrue, mise en place de l’UE, fin des frontières au sein de l’espace Schenghen (faire des renvois vers carte).
      Référence intellectuelle : The world is flat (Thomas Friedman)
    3. Une ouverture des frontières culturelles
      Exemple : Mac Luhan, Global village = ouverture des frontières culturelles par l’expansion de la télévision.
  2. ..Toutefois, certaines frontières resteraient imperméables à cette dynamique, et connaitraient même un processus de fermeture..
    1. Des frontières politiques, idéologiques et géopolitiques étant restées imperméables au mouvement d’ouverture des frontières
      Exemple : Séparation du monde communiste et du monde occidental par le rideau de fer
    2. Une fermeture des frontières économiques et migratoires, et une imperméabilité de certaines frontières économiques
      Exemple : La régionalisation du commerce mondial comme « détournement » du commerce mondial (moins de rapports intercontinentaux, plus de rapports intracontinentaux) – donc émergence de nouvelles frontières.
      Le protectionnisme et la fin des flux migratoires suite aux crises (fin de l’immigration du travail en France en 1974).
    3. Des frontières culturelles à double tranchant
      Exemple : la défense de l’exception culturelle française (dans le cadre des négociations du TTIP : une ouverture limitée).
  3. …. qui prend sa source dans les déséquilibres et les inégalités qu’implique la mondialisation : il y aurait une typologie entre des territoires qui ont une propension à ouvrir leurs frontières et d’autres à les refermer, et ce à de multiples échelles.
    1. De nouvelles fermetures à des échelles urbaines et territoriales. Exemple : Les gated communities, sélection socio-spatiale dans les villes : un cloisonnement social accru par quartiers comme à Los Angeles.
      Ainsi, la sélection spatiale qu’implique la mondialisation joue sur la fermeture ou l’ouverture de nouvelles frontières.
    2. Des frontières réticulaires ouvertes au sein des territoires, espaces privilégiés de la mondialisation
      Exemple : les grands hubs mondiaux comme les ports ou les aéroports (frontière qui se déplace au centre du territoire), porte d’entrée aujourd’hui privilégiée bien que très contrôlée.

Introduction rédigée

Dans Fronts et Frontières, Michel Foucher analyse les frontières dans leur diversité, qu’elles soient tantôt coupures ou coutures entre les États et les territoires : Frontières ouvertes, frontières fermées.

Depuis 1945 et l’avènement du libre-échange (création du GATT), le monde a connu une ouverture progressive de ses frontières économiques (notamment par la baisse des tarifs douaniers), politique (volonté de créer une souveraineté à l’échelle régionale comme en Europe de l’Ouest) ainsi que culturelle (ouverture aux flux migratoires). La frontière comme « discontinuité géopolitique à fonction de marquage réel, symbolique ou imaginaire » aurait donc pour principale caractéristique une ouverture accrue depuis 1945. Cependant, la réapparition des irrédentismes, des politiques protectionnistes ou des contrôles aux frontières caractérise également un processus de fermeture des frontières, ou tout du moins une certaine imperméabilité au processus d’ouverture globale qu’on connut les frontières depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Dès lors, les frontières ont elles principalement connu un processus d’ouverture ou de fermeture depuis 1945 ?

Si il semble d’un prime abord que les frontières aient été caractérisés par une ouverture croissante (I), certaines frontières connaitraient toutefois une certaine imperméabilité à ce processus, jusqu’à une relative fermeture (II), qui prend sa source dans les déséquilibres et les inégalités qu’implique la mondialisation : il y aurait ainsi une typologie entre des territoires qui ont une propension à ouvrir leurs frontières et d’autres à les refermer, et ce à de multiples échelles (III).

Légende de carte

legende-de-carte-frontieres-ouvertes.jpg

Le + de l’article - l’essentiel autour des recommandations du jury

  • Les sujets sans « ? » impliquent un « décalage des enjeux », entre qualités d’exposition et de réflexion. Ici, une réflexion solide sera le premier critère valorisé alors que sur les sujets formulés en question les qualités d’expositions et de réflexion sont évaluées de manière égales.
  • Problématisation sur un sujet sans « ? » : définir les termes comme à l’accoutumée et s’interroger sur les oppositions entre eux (on définit toujours les termes entre eux).
  • Exprimer clairement et simplement la problématique reste capital malgré la profondeur du sujet (commun au sujet sans « ? »).
  • Penser à établir une typologie en Partie III, tout en rattachant celle-ci à la problématique et en l’imbriquant logiquement dans les deux parties qui la précède.