Résumé de l’article

Les élections américaines de mi-mandat du mardi 6 novembre 2018 dernier renforcent l'idée d'un pays fragmenté à tous les niveaux et à toutes les échelles. Alors que les Républicains et Donald Trump ont su conserver la majorité au Sénat, les Démocrates se saisissent de la Chambre des Représentants ainsi que de nombreux postes de gouverneurs d'Etats.

Quel est le bilan comptable de cette élection ? 

Depuis l'élection de Donald Trump en 2016, le Parti Républicain contrôlait la Présidence, l'intégralité du Congrès (qui réunit le Sénat et la Chambre des Représentants), la Cour Suprême ainsi que 33 postes de Gouverneurs d'États sur 50. Bien qu'ils n'aient pas encore regagnés le contrôle sur le pouvoir exécutif ou judiciaire, les Démocrates font maintenant jeu égal dans la troisième branche du pouvoir: la législative. Enfin, si Stacey Abrams et Andrew Gillum devenaient sur le fil les Gouverneurs respectifs de la Géorgie et de la Floride, 28 États seraient désormais dirigés par un Démocrate. Ces 2 candidats progressistes symbolisent également la victoire des minorités sur les politiques haineuses de Trump et de son parti. Désormais, Jared Polis (Démocrate du Colorado) est le premier Gouverneur ouvertement gay et près d'une centaine de femmes appartiennent à la Chambre des Représentants. Pour la première fois de l'Histoire des États Unis, nous retrouvons parmi elles des élues Démocrates musulmanes, et ce alors même que Trump a tout fait pour mettre en place un "Muslim ban". 

Les États-Désunis ? 

Si nous pouvons nous réjouir que cette élection de mi-mandat ait pu voir un fort taux de participation, ces passions reflètent d'autant plus la division des États-Unis. Deux Amériques s'affrontent à toutes les échelles.

Au niveau national, de la Virginie au Maine et du New Jersey au Minnesota, c'est tout le quart nord-est du pays qui est majoritairement aux mains des Démocrates. Il en est de même pour la côte Ouest des États-Unis. De San Diego à Seattle, en passant par la Silicon Valley, les minorités sont majorités. En guise d'exemple, les recensements indiquent que depuis 2010 la Californie compte plus de Latinos que de Blancs. Ces deux zones sont les deux plus gros poumons économiques des États-Unis.

De surcroît, au sein même des États, de fortes fragmentations persistent. Dans l'Illinois, bastion du Parti Démocrate depuis plusieurs décennies, plus de trois quarts des Comtés ont voté Républicains en 2018. Face à une ville de Chicago où le revenu par habitant est de 20 100 $ et où 68% de la population est Afro-Américaine ou Latino, Vergennes, au sud-est de l'Illinois, a un revenu par habitant de 7900 $ (quand celui de la Chine est à 8800 $) et une population blanche à 96%. Les conséquences politiques de ces divisions économiques et sociales sont sans appels: lorsque la ville de Barack Obama a voté à 70% pour les Démocrates lors de cette dernière élection de mi-mandat, Vergennes est à 90% Républicain.

E pluribus unum ?

"E pluribus unum". De plusieurs, un. Cette devise qui apparaît sur le Grand sceau des États-Unis depuis l'indépendance du pays en 1776 nous invite pourtant à nous demander si toutes ces divisions ne sont pas superficielles. Effectivement, de façon paradoxale, les deux derniers cycles d'élections sont ici pour le rappeler. Le rejet des élites, du statut quo et de l'oligarchie ne faisaient pas exclusivement parti du discours de Donald Trump. Face à un système qui favorise les grands donateurs financiers des campagnes électorales, la colère et l'envie de changer les règles du jeu rassemblent tous les américains plus que jamais, y compris les électeurs de Bernie Sanders, réélu Sénateur du Vermont ou ceux d'Alexandria Ocasio-Cortez, plus jeune Représentante jamais élue au Congrès. Alors que le système de Santé américain fait plus de 45 000 morts par an (d'après une étude menée par l'Université de Harvard), les Américains veulent redonner une place au secteur publique. Selon un sondage effectué par Reuters-Ipsos à la sortie des bureaux de votes, 70% des électeurs dont 84% de Démocrates et 52% de Républicains soutiennent une couverture maladie universelle.
Diviser pour mieux régner fonctionne. Mais jusqu'à quand ?