II) Les partis importants mais moins influents

a) Les Verts (Die Grünen)

Parti écologiste assez connu en France, die Grünen (de leur vrai nom : Bündnis90/Die Grünen) ont eu une histoire assez tumultueuse. Ses origines reposent sur de nombreux mouvements citoyens combinant de fervents opposants à l’énergie nucléaire, et des groupes davantage pacifistes. Si la formation était à la base en rupture avec les autres groupes établis, lui-même divisé entre fondamentalistes et pragmatiques sur la possibilité de créer des alliances et des coalitions avec d’autres partis, die Grünen sont peu à peu devenus un groupement reconnu dans le paysage politique allemand. Par exemple, ils rentrent en 1994 au Bundestag, et forment une coalition avec le SPD en 1998.
Ainsi, c’est la position pragmatique qui est principalement suivie par la formation politique, puisqu’elle participe à des gouvernements, et tente par des réformes de protéger les ressources naturelles, jugées fondamentales pour tous.
Désormais présidé par R. Habeck et A.Baerbock, le groupe politique essaie de se recentrer sur son message écologique. En 2013, il obtenait 8,4% des voix, puis 8,9% des voix en 2017, d’où une légère hausse.

b) Le parti de gauche radicale (die Linke)

Héritier du PDS, lui même héritier de l’ancien parti communiste d’État de la RDA (le SED), die Linke résulte de la fusion entre le PDS (dont le nom venait d’être changé en 2005, pour le « parti de gauche ») et le WASG (soit le parti Alternative électorale travail et justice social). Son apparition, en 2007, lui a permis d’attirer les électeurs du SPD, déçus par les réformes Hartz IV et la précarisation, ce qui lui a fait remporter près de 8,6% des voix en 2013, et 9,2% en 2017.
Die Linke s’oppose ainsi au capitalisme débridé, à l’impérialisme américain et souhaite par exemple une limitation des salaires pour les plus riches.

c) le FDP (Der Freie Demokratische Partei)

Fondé en 1948, ce parti se distingue par ses revendications très libérales, prônant un quasi-retour de l’État à ses fonctions régaliennes. C’est un groupe extrêmement classique et ancré dans la vie politique allemande, puisqu’on le surnomme souvent le parti faiseur de roi (Königsmacher). Pourquoi un tel surnom ? Car il est souvent central dans l’élaboration des coalitions, et surtout pour des formations comme la CDU/CSU. Les structures politiques ont en effet des idées parfois similaires. Et donc, pour espérer obtenir une majorité au Bundestag, le FDP est souvent consulté, puisqu’il obtient généralement 4 à 12%. En sommant les voix du groupe ayant récolté le plus de votes, avec celles-ci, on obtient généralement une majorité, ce qui permettra de faire passer les lois que l’on souhaite.
Notons également, que le FDP n’est pas que libéral sur les questions économiques mais aussi sur des problématiques sociales, d’où des convergences avec le SPD sur certaines thématiques. C’est pourquoi certains surnomment la formation « le parti girouette ».
Or, ce rôle de faiseur de rois est désormais contesté par le FDP lui-même. En effet, en 2013, il manque la barre des 5% (4,8% des voix) et n’entre pas au parlement. Les membres de ce groupement citeront notamment les précédentes coalitions avec la CDU comme source de ce revers électoral. Et en effet, quand il n’a pas créé de coalitions entre 2013 et 2017 au niveau national avec la CDU, on a assisté à une remontée fulgurante dans les urnes, avec 10,75% des voix environ.
Désormais, le FDP refuse de revivre le choc électoral de 2013 et a été très frileux concernant une quelconque alliance en 2017 avec la CDU dans le cadre des propositions de coalition, d’autant que le score obtenu par la CDU et le FDP ne parvenait de toute façon pas à assurer la majorité. La CDU a dû se tourner vers de nouveaux partis dont les Verts, qui n’avaient pas grand chose en commun avec le Freie Demokratische Partei. D’où le refus à la fois du FDP et des verts de former une coalition avec la CDU.

d) L’AfD (Alternative für Deutschland)

Seulement né en 2013, mais récoltant plus de 12,5% des voix aux élections de 2017, ce parti est donc récemment rentré au Bundestag, passant la fameuse et indispensable barre des 5% des voix. Cette arrivée a entrainé de vives protestations, certains comparant celle-ci à l’entrée des nazis au parlement durant les années 1920-1930, puisque l’AFD est un groupe plutôt d’extrême-droite. Ses revendications sont notamment une meilleure politique migratoire favorisant les personnes qualifiées, une position résolument anti-islam, eurosceptique.
Il faut avant tout comprendre que l’AfD est soutenu par des électeurs souvent déçus des autres groupes politiques, comme die Linke, du FPD, voire de la CSU/CDU.
Toutefois, le parti semble relativement instable, comme le démontrent des tensions internes, entre membres « modérés » et d’autres plus extrêmes ou encore le départ de Frauke Petry à la suite des résultats de 2017. Suite à cette démission, la formation a désigné comme chef de file Jörg Meuthen.

e) Les Piraten

Le parti Pirate allemand (die Piratenpartei Deutschland) est un très bon exemple d’une démocratie allemande qui s’interroge sans cesse sur les dynamiques qui traversent la société. Reprenant le modèle du parti suédois « Pitatpartiet », la formation, fondée en 2006, affiche une volonté de garantir les droits des citoyens, et surtout à l’ère du numérique. C’est pourquoi il s’oppose largement à toute régulation d’Internet par l’État.
Par ces thèmes très contemporains, le groupement a souvent attiré les jeunes électeurs, depuis 2013, ses scores diminuent (De 2,2% à seulement 0,4% en 2017).

f) Le cas du NPD et de l’interdiction des partis en Allemagne.

Parti désormais minoritaire, ce groupe est pourtant tristement célèbre, puisqu’il se définit comme d’orientation néo-nazie, dans un pays encore lourdement marqué par ces questions.
Le NPD est un dilemme cornélien pour la démocratie allemande. Faut-il bannir un tel parti, contraire aux valeurs de la Grundgesetz allemande (Selon l’article 21 de la loi fondamentale : « Les partis qui, d’après leurs buts ou d’après le comportement de leurs adhérents, tendent à porter atteinte à l’ordre constitutionnel libéral et démocratique, ou à le renverser, ou à mettre en péril l’existence de la République fédérale d’Allemagne, sont inconstitutionnels ».)
Or, puisqu’il est très minoritaire, peut-on dire qu’il s’oppose réellement à la démocratie allemande? A contrario, ne faut-il pas préserver la liberté d’opinion, assurée par l’article 4 et 5 de la Grundgesetz?
Pourtant, d’après une décision de la cour constitutionnelle allemande rendue en 2003, le parti a finalement été autorisé. Avant cet arrêt, seuls deux partis avaient été interdits depuis la mise en place de la loi fondamentale à savoir : le Parti Impérial socialiste (aux idées proches du NSDAP) en 1952 ou le Parti Communiste d’Allemagne (Le KPD dès 1956).
De nos jours, le NPD fait parfois parler de lui, avec des activités illégales, voire des actions violentes à l’égard de certaines populations d’une part, mais aussi, d’autre part, en obtenant des résultats plutôt étonnants. La formation joue donc un rôle assez opaque, entre violence et tentative de normalisation auprès de la population (notamment parmi les jeunes d’extrême droite, la petite bourgeoisie conservatrice ou encore les marginaux). Aujourd’hui dotée d’environ 5000 membres, elle a dû essuyer une grave crise financière depuis le début des années 2010.

Les mots indispensables :

  • Die Bürgerbewegung (en) : le mouvement citoyen
  • « Fundis » (Die Fundamentalisten) : Les fondamentalistes (au sein des verts)
  • « Realos » (Die Realisten) : les réalistes (au sein des verts).
  • Der Rücktritt(e) : la démission
  • Der Pendlerpartei : le parti girouette (der Pendler: le banlieusard/le navetteur)
  • Die Ablehnung(en) von + Datif : Le rejet de …
  • Der wiederauflebende Rechtsextremismus : La résurgence de l’extrémisme de droite.
  • Die Fünf-Prozent-Hürde überschreiten : franchir la barre des 5%
  • etwas um/benemmen : rebaptiser
  • Auf Bundesebene : au niveau national
  • Allmächlich : petit à petit, progressivement

Pour aller plus loin :

  • Sur l’histoire du parti Die Grünen :spiegel.tv
  • Sur les manifestations contre l’arrivée de l’AfD au Bundestag : Spiegel.de
  • Pour comparer les idées des différents partis durant l’élection de 2017 : spiegel.de
  • Un article résumant les comportements du NPD dans le Mecklenburg-Vorpommern : zeit.de