Économie - ESH

Comprendre la finance comportementale

Avez-vous déjà entendu parler de la finance comportementale ? Savez-vous ce que c’est ? Si la réponse est non, pas de panique : vous saurez ce que c’est grâce à cet article ! Si la réponse est oui, j’ai une bonne nouvelle pour vous : vous pourrez apprendre de nouvelles choses sur cette thématique grâce à cet article 😉

  • Ce que c’est:

Avant de vous expliquer ce qu’est la finance comportementale, un petit rappel sur l’efficience des marchés financiers est nécessaire (si vous avez également besoin d’un rappel sur la méthodologie en ESH, c’est par ici)

La théorie des marchés financiers efficients a été énoncée par Eugène Fama dans Efficient Capital Markets : a Review of Theory and Empirical Works en 1970. Cette théorie nous dit que les actifs s’échangent toujours à leur juste valeur c’est-à-dire qu’ils ne vont jamais être sous-évalués ou surévalués car ils intègrent l’ensemble des informations nécessaires à cette juste valorisation (informations sur la conjoncture économique et politique, sur les entreprises…). Ainsi, un investisseur, peu importe la stratégie d’investissement qu’il adopte, ne pourra jamais faire mieux que le marché (il faut entendre par là réaliser un profit « anormal » pour un niveau de risque défini). Fama distingue à ce propos 3 niveaux d’efficience :

  • L’efficience faible : Dans le cas d’une efficience faible des marchés financiers, les variations passées du cours de l’actif sont incluses dans son cours actuel ou futur. En d’autres termes, tout ce qui s’est passé auparavant concernant cet actif est retranscrit dans son cours actuel ou futur.
  • L’efficience semi-forte : Le prix de l’actif reflète toujours l’information passée mais un ajustement rapide du prix s’effectue en cas d’apparition de nouvelles informations.
  • L’efficience forte : Le prix de l’actif reflète l’ensemble de l’information disponible même l’information privée à laquelle n’a pas accès le public.

Une phrase résumant bien ce qu’est un marché financier pourrait être celle d’Eugène Fama lui-même : Un marché dans lequel les prix reflètent totalement et constamment toute l’information disponible est appelé marché « efficient ».

L’idée sous-jacente de cette théorie est que les investisseurs sont parfaitement rationnels c’est-à-dire qu’ils agissent toujours en accord avec les informations à leur disposition, qu’ils ont toujours l’ensemble des informations nécessaires pour prendre leurs décisions et que leur prise de risque n’est jamais très importante.

Revenons maintenant à la finance comportementale.

La finance comportementale s’intéresse à la manière dont l’aspect psychologique influence les décisions prises par les investisseurs. On comprend donc que la finance comportementale s’oppose à la théorie des marchés financiers efficients puisqu’elle suppose une « rationalité limitée » des individus.

À titre de précision, la rationalité limitée est à l’origine un concept développé par Herbert Simon en 1957 dans Models of man : social and rational : mathematical essays on rational human behavior in a social setting. L’idée est de dire que lorsqu’un individu prend une décision, il se réfère à l’information dont il dispose et à ses capacités cognitives. Il est donc rationnel par rapport à un contexte, à ses capacités d’analyse et à sa stratégie. Dans le cas d’une décision plus complexe à prendre, ce même individu va simplifier le problème et le transposer dans un langage qu’il lui est plus intelligible. Il essaiera ainsi de le résoudre en s’appuyant sur l’information dont il dispose et de son expérience (l’expérience peut être par exemple d’avoir vécu une situation similaire dans le passé). Par conséquent, l’individu agit de manière rationnelle mais cette dernière est limitée par un contexte et par l’information disponible.

Le but recherché par la finance comportementale est de comprendre les différents facteurs influençant les décisions des investisseurs et comment éviter certains comportements « irrationnels » que ces derniers adoptent.

  •   Les biais comportementaux

4 types de biais comportementaux peuvent être distingués selon l’économiste Hirsheilfer (il en existe en réalité d’autres comme le biais d’ancrage ou encore le biais rétrospectif)

  • Biais émotionnels : Les biais émotionnels sont les émotions qui vont biaiser notre prise de décision. Par exemple, on va voir que la conjoncture économique est plutôt favorable et on va alors se dire que l’on ne craint pas grand-chose et que l’on peut investir en prenant beaucoup plus de risques
  • Biais sociaux : Les biais sociaux sont le fait que notre comportement va être influencé par notre environnement. Ce sera par exemple le cas avec des rumeurs, des comportements mimétiques
  • Erreurs de jugement : Les erreurs de jugement sont le fait de prendre une décision sur la base d’un excès de confiance en soi. On se dit que l’on sait investir mieux que les autres et l’on va alors prendre beaucoup plus de risques
  • Simplifications heuristiques : Face à la complexité d’une situation, nous allons faire des simplifications de la réalité afin de pouvoir prendre une décision d’investissement. Si vous voulez faire un calcul de tête et que vous devez multiplier un nombre par 4,7, une simplification heuristique serait par exemple de multiplier ce nombre par 5

 

Comment pouvons-nous dès lors éviter ces différents biais ?

  • Avoir conscience de l’existence de ces biais : Avoir conscience de l’existence de ces biais est la première chose à faire. Comme on sait qu’ils existent, nous ferons plus attention. Mais cela n’est en aucun cas suffisant.
  • Il faudra également apprendre de ses erreurs mais aussi prendre une décision en se basant sur des preuves probantes et non sur la stratégie d’investissement du « collègue ».
  • Recourir au trading à haute fréquence : L’existence des biais décrits ci-dessus est liée à la nature humaine de l’individu. Contourner cette nature humaine permettrait donc de résoudre le problème des biais comportementaux. Pour ce faire, nous voyons depuis un certain nombre d’années déjà le développement du trading à haute fréquence. Ce dernier correspond à l’exécution à très grande vitesse (113 secondes pour réaliser une opération financière) d’ordres sur les marchés via l’utilisation d’algorithmes. L’objectif du trading à haute fréquence est de pouvoir réaliser un grand nombre de petites opérations en même temps ce qui permet d’avoir des gains substantiels. Son importance est tel qu’il occuper une place de plus en plus importante sur les marchés. Ainsi, en 2018 selon l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), le trading à haute fréquence représentait 30 à 35% des transactions réalisées en Europe et entre 50 et 60% des transactions réalisées aux USA.

 

La finance comportementale au cœur des Prix Nobel d’économie

 

Daniel Kahneman, Prix Nobel d’économie en 2002

En 2002, Daniel Kahneman a reçu le Prix Nobel d’économie pour ses travaux avec Tversky sur la théorie des perspectives. L’idée est de partir de l’homo economicus cet individu qui est parfaitement rationnel dans ses choix et de dire que les règles suivis par les individus ne sont pas rationnelles mais qu’on peut tout de même les identifier. Les économistes vont alors modéliser ces « règles irrationnelles ». 

Richard Thaler, Prix Nobel d’économie en 2017

Les travaux de Thaler ont porté sur la manière dont les mécanismes psychologiques et sociaux affectent les décisions des consommateurs ou investisseurs. 3 points majeurs à retenir :

  • Le concept de « comptabilité mentale » : Il s’agit en fait de dire que les individus ont tendance lorsqu’ils prennent une décision en matière financière à segmenter l’impact de chaque décision individuelle au lieu d’avoir une vision globale
  • Théorie du « nudge » (« coup de coude ») : L’idée est de dire que des suggestions indirectes vont influencer nos manières de prendre des décisions. Ces suggestions indirectes peuvent être aussi puissantes que des suggestions directes !
  • Thaler a également montré combien l’aversion aux risques peut expliquer l’aversion à la dépossession (le fait d’accorder plus d’importance à un bien lorsqu’un individu en est le propriétaire). Ainsi, un investisseur va se dire que si son actif est en train de chuter, la situation est temporaire et qu’il repartira à la hausse. Il va donc conserver son actif.

Si vous voulez aller encore plus loin dans votre apprentissage en ESH, je vous conseille vivement d’utiliser des ouvrages comme celui-là et comme c’est déjà les vacances pour certains, n’oubliez pas de travailler efficacement car c’est ce qui fera la différence.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à les poser en commentaires !

 

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