Coaching

Coup de gueule : récit d’un passage douloureux d’ECS à ECE

C’est mon coup de gueule de l’année. Margaux vient d’intégrer l’ESSEC grâce aux notes exceptionnelles que vous verrez plus loin dans l’article. Mais elle aurait pu se retrouver à Audencia si elle n’avait pas pris une décision importante l’an dernier. Laquelle ? Simplement passer de voie scientifique (ECS) à voie économique (ECE). Je dis « simplement » car sur le papier, cela paraît simple de décider de changer de voie. Mais il n’en est rien. Notre très chère Education Nationale et le directeur de la prépa Chateaubriand (Rennes) en avaient décidé autrement…

Mais pour bien comprendre l’objet du scandale, il me faut vous raconter toute l’histoire. En commençant par ma première rencontre avec Margaux. Lorsqu’elle est venue me voir l’été dernier, elle était en première année ECS à Chateaubriand et avait pour ambition de faire sa seconde année en ECS. Il m’a fallu quelques minutes pour comprendre qu’elle s’était trompée de voie : sa façon de parler, l’analyse de ses copies dans les différentes matières, son style… J’avais en face de moi un profil ultra-complet qui peinait en mathématiques. Après quelques jours de tests en maths qui confirmaient mon diagnostic initial, j’ai donc été sincère et voici l’échange que l’on a eu :

« – Margaux, il y a deux solutions. Soit tu restes en ECS et on devra se voir énormément pendant les vacances scolaires, soit tu choisis de passer en ECE et là, on n’aura pas besoin de se voir beaucoup. Et si je suis sincère avec toi, je préfère la seconde solution… Pourquoi ? Simplement parce qu’à t’écouter et à t’observer, je sens que pour t’épanouir en prépa, tu as besoin de travailler les matières que tu aimes. Et en ECS, si tu veux une bonne école, il va falloir que tu fasses un nombre incalculable d’heures de maths et que tu mettes en sourdine tes matières de prédilection. Sans réelle garantie de décollage…

– Oui, mais dans ma prépa, il est impossible de passer d’ECS à ECE.

– Fais-moi plaisir, rappelle ton directeur et expose-lui la situation. Demande-lui de t’accorder une autorisation exceptionnelle. Fais-moi confiance. Je ne pense pas me tromper dans mon analyse. J’ai eu le même cas de figure en 2008 : Emilie Waguet est passée d’ECS à ECE à Ipesup et elle avait le même profil que toi. Elle a fini à HEC avec des notes époustouflantes partout. »

Margaux était perturbée par mon avis mais elle a tout de même contacté son directeur pour tenter d’intégrer la classe ECE de Chateaubriand. Lors de notre séance de maths qui a suivi, elle me raconta l’échange musclé avec son directeur :

« – Olivier, je ne peux pas passer en ECE. Mon directeur s’y oppose formellement. Il pense que passer en ECE serait absolument injuste car je serai beaucoup trop favorisée en maths par rapport aux autres étudiants ECE…

– Mais c’est un raisonnement idiot ! Le but est de trouver la voie qui correspond le plus à ton potentiel !!! Les grandes écoles s’en fichent de savoir si tu es passée d’ECS à ECE. Elles veulent juste recruter des talents, d’où qu’ils viennent. Et puis le véritable problème est qu’en France, quand on est bons partout, on finit en Terminale S. Alors que dans ton cas, il aurait été plus judicieux de passer en Terminale ES. Seulement voilà, quand on est en première, il est difficile de prévoir ces choses-là…

– Tu as sans doute raison mais il a été formel. Oublions-donc cette piste.

– Ecoute Margaux, j’ai une autre solution à te proposer. Puisque ce n’est pas possible dans le public, je peux te présenter la directrice de la prépa privée Ipecom, Mme Reithmann, avec qui je m’entends très bien et qui se fera un plaisir de te donner son avis voire de t’accueillir en seconde année ECE. Veux-tu que l’on prenne rendez-vous pour la semaine prochaine ?

– Prenons rendez-vous et j’en parle à mes parents ce week-end.

– Parfait ! »

Voici le message que la mère de Margaux m’a transmis quelques jours plus tard :

 » Margaux m’informe que vous avez demandé un rendez-vous à Ipecom en vue d’une éventuelle inscription dans cet établissement ; je suis opposée à cette proposition pour de multiples raisons. Margaux est assez dispersée et inquiète (…) ; elle a eu un début d’année difficile et s’est demandée pendant plusieurs mois ce qu’elle faisait en classe préparatoire, elle voulait changer d’orientation et a envisagé plusieurs possibilités (s’orienter en filière BL, recommencer une orientation post-bac ou bifurquer en prépa économique) ; bref toutes ces incertitudes, outre ses difficultés en mathématiques ont contribué pour une bonne part à ses résultats moyens ; d’autre part nos moyens financiers ne nous permettent pas de l’inscrire dans ce genre d’établissement (frais de scolarité et hébergement à Paris) ; nous sommes également très attachés à l’enseignement public et je pense que Margaux avec un bon soutien en maths (et elle espère vraiment que vous lui apporterez car ses 2 stages à Paris dans des établissements privés n’ont pas été vraiment positifs) doit réussir ; elle m’a dit avoir été déçue de sa journée car, selon elle, elle n’a pas suffisamment travaillé aujourd’hui et a été stressée par votre proposition de changement de filière, idée abandonnée depuis le projet d’un soutien intense avec un coach en mathématiques.

L’essentiel pour elle est d’acquérir de bonnes méthodes de travail, de faire des exercices et de travailler intensément, comme vous le proposiez ; je suppose que votre expérience vous permet de déterminer ce dont elle a besoin. Je vous demande de vous adresser directement à nous pour tout ce qui ne concerne pas les mathématiques afin d’éviter de déstabiliser Margaux qui est jeune (elle aura 18 ans le mois prochain) (…).

J’ai une façon de procéder qui peut vous sembler très directe mais je fonctionne ainsi, je pense que les rapports humains s’en trouvent ainsi plus légers et clairs.  »

Voici ma réponse dans la foulée :

« Bonsoir Mme,

Le récit que vous me faites diverge quelque peu de ce que m’a dit Margaux : elle m’a dit que vous aviez envisagé avec elle le passage de voie S à voie Eco. L’un des mails que vous m’avez envoyés allait d’ailleurs dans ce sens. Comme le changement de voie passe nécessairement par le passage en lycée privée, je pensais donc que l’aspect financier n’était pas un problème. Ou bien peut-être ne saviez-vous pas, lorsque vous m’avez demandé conseil sur ce point, que cela impliquait passage dans le privé ?

Vous me demandez un conseil, je suis là pour ça et vous répète ce que j’ai dit à Margaux : passer en voie éco est sans doute une bonne idée car je peux lui garantir une excellente note en maths. Chose que j’espère mais que je ne peux garantir en voie S : notamment aux parisiennes…

Profitant de son séjour parisien, j’ai donc proposé à Margaux de rencontrer la directrice d’Ipecom pour avoir son avis. Avis qui ne veut pas dire inscription… Margaux semblait contente et non pas « stressée par ma proposition de changement de filière » pour reprendre vos termes…

Je lui ai également dit que si elle avait l’accord de Saint Jean de Douai pour passer en voie éco, il ne fallait pas hésiter, quitte à ne pas suivre mon coaching car, dans ce cas, elle n’aura pas ou peu besoin de mes cours.
Votre mail balaie manifestement toutes ces options donc tirons un trait définitif dessus et restons en voie S… »

Quelques jours plus tard, un nouveau message de la mère, très étonnant :

 » Margaux est décidée à passer envoie économique car elle dit ne pas pouvoir y arriver en maths ; je ne comprends pas, elle était enchantée de son stage avec vous et elle déclare que si elle reste en scientifique elle ne réussira jamais les parisiennes. Qu’en pensez-vous ? Est-ce effectivement mieux pour elle de passer en voie éco ? Je regrette alors de n’avoir pas accepté votre proposition de rencontre avec la directrice d’Ipecom ; est-ce trop tard en sachant que Margaux prend l’avion jeudi et sera à Paris mercredi après-midi ? Je suis dans le flou absolu.

Margaux dit que l’an prochain si elle reste à Rennes elle travaillera l’économie laissera tomber les maths et s’inscrira aux concours en éco (Ndlr : c’était en fait une idée que je lui avais suggéré !). Dans ce cas pourrez-vous l’aider dans l’année car je pense qu’il lui faudra un soutien efficace ? »

Ma réponse, plus ferme cette fois :

« Mon avis n’a pas bougé : Margaux n’a pas envie de faire 4h de maths par jour pendant un an. Les maths en voie S sont encore plus dures en deuxième année. Donc l’idée de passer en voie éco est une bonne idée. Je lui ai passé des bonnes copies d’éco pour qu’elle juge par elle-même du travail qui l’attend dans cette matière. Elle a 18 ans donc est libre de faire son choix en fonction de tous les paramètres que je n’ai pas manqué de lui rappeler. Son choix doit évidemment être conforme à la faisabilité financière de la manoeuvre ! »

Quelques jours plus tard encore, nouvelle réponse de la mère :

« Un peu tardivement je vous remercie de votre aide et de vos conseils ; vous savez sans doute que Margaux a été acceptée en 2ème année par Mme Reithmann ce qui pour moi est assez inattendu ; je pensais qu’elle serait obligée de reprendre en 1ère année…Ouf ! elle est enchantée et a trouvé que la directrice avait un œil d’experte… Elle a commenté les devoirs de Margaux de façon très pertinente ; je suis ravie que Margaux ait toutes ses chances pour réussir aux « grands » concours. »

Et comme je l’avais prévu, la seconde année s’est bien passée (avec des hauts et des bas comme toujours) et voici le détail des notes incroyables de Margaux aux concours :

Ecrit
Contraction de texte HEC 19
Synthèse de textes ESCP Europe 15
Langue vivante I CCIP Allemand 10,5
Langue vivante II CCIP Anglais 12,4
Diss. culture générale HEC 15
Diss. culture générale EMLyon 17
Diss. culture générale EDHEC/ESSEC 16
Mathématiques E HEC 12,6
Mathématiques E ESSEC 15
Mathématiques E EMLyon 15,2
Mathématiques 2 E ESSEC 14,4
Mathématiques E EDHEC 18,2
Analyse éco. et hist. HEC 8
Analyse éco. et hist. ESSEC 13
Analyse éco. et hist. ESCP Europe 18

Je vous passe le détail des emails élogieux de la mère pendant l’année ! Pour l’anecdote, Margaux a croisé aux oraux de l’EM Lyon les meilleurs de sa classe de première année ECS : ils étaient au mieux admissibles à… l’EM Lyon !

On peut dresser deux enseignements de cette longue histoire.

  • Premier enseignement : les parents ont souvent tort ! Ils ont cette tendance à transmettre leur stress à l’enfant et ne sont pas toujours lucides devant ce genre de situation complexe. Ils croient évidemment bien faire et ont des contraintes financières, ce que je comprends parfaitement. Mais dans ce monde très particulier de la prépa, il faut recueillir divers avis et faire confiance aux propos les plus convaincants, notamment ceux des professionnels indépendants. Par ailleurs, le dernier mot doit revenir à l’étudiant car c’est lui qui joue une grande partie de son avenir professionnel en quelques mois.
  • Deuxième enseignement : les directeurs de prépa publiques sont parfois à côté de la plaque ! Ils sont certes victimes de la rigidité de l’Education Nationale mais ils pourraient parfois faire preuve de courage quand un cas aussi évident se présente à eux, sans se cacher derrière des arguments aussi aberrants que « vous serez favorisée en maths donc c’est injuste »… Margaux aurait pu rester en voie ECS. Mais elle aurait fini dans une école moins prestigieuse que l’ESSEC. Les parents de Margaux ont fait un sacrifice financier important pour optimiser le potentiel de leur fille. Mais certains parents n’ont pas toujours le luxe de choisir et leur enfant talentueux se retrouve alors bloqué. Quelle injustice ! Dans un système aussi rigide, il ne faut pas s’étonner si l’ascenseur social tombe en panne ! Il serait à mon avis grand temps de mettre un peu plus de souplesse et de liberté dans le choix d’un changement d’orientation. Entre 15 et 20 ans, on ne peut pas être sûr à 100% d’un tel choix. L’affirmer est une hérésie honteuse. Des parcours professionnels sont en jeu. Ce n’est pas rien dans une vie.

A l’arrivée, tout se termine bien mais j’aurais préféré éviter un tel imbroglio ! Aujourd’hui, je suis tellement heureux pour Margaux. Je l’ai certes moins vue que si elle était restée en ECS mais elle est à sa place dans l’une des plus grandes écoles de France. La plus grande satisfaction pour un coach indépendant n’est-elle pas de donner le bon conseil, indépendamment de toute autre considération ?

PS : pour information, en réalité, l’étudiante ne s’appelle pas Margaux. J’ai choisi de changer le prénom et de ne pas donner le nom pour des raisons évidentes de confidentialité.

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