Géopolitique

Cubas : embargos économiques permanents, un pays sous tension

Depuis la révolution cubaine qui eut lieu entre 1956 et 1959, Cuba a vécu sous de vifs embargos économiques. En effet, la fin du régime de Batista signe la fin de liens économiques forts et étroits entre les États Unis et Cuba et ouvre la voie aux sanctions économiques imposées sur ce dernier.

Les sanctions économiques et l’embargo économique dans le contexte de la Guerre Froide :

Entre 1940 et 1956, le régime de Batista reçut un soutien financier, logistique et militaire de la part des États Unis sous les gouvernements de Truman et Eisenhower. La posture de Cuba fut différente suite à la Révolution. Lorsque Fidel Castro vint au pouvoir en 1959, un processus de réorganisation a été mis en place au sein de l’île. En effet, toutes les industries ont été nationalisées au détriment donc des États Unis qui, en quelques sortes, détenaient un monopole sur l’industrie touristique et agroalimentaire au sein de Cuba. En 1960, Cuba commença par un évènement symbolique : la nationalisation des entreprises et des banques américaines. Ceci a notamment conduit à la rupture des relations diplomatiques en 1961. Le fameux évènement de la Baie des Cochons se produisit en avril 1961 avant de déboucher sur la mise en place d’un embargo économique des exportations cubaines, dont le marché principal était les États Unis. Il en résulte une asphyxie généralisée de l’économie cubaine. Cuba ne pouvait donc plus exporter son sucre brut et le tabac à rouler. C’est dans ce contexte précis que l’URSS fait sa grande apparition.

L’embargo économique n’est pas seulement le résultat de la nationalisation des industries centrales à l’économie cubaine. En effet, le contexte de la guerre froide est indispensable afin de comprendre les sanctions économiques. L’île de Cuba se trouve à 103 miles (soit 165km) au sud de la Floride. Les États Unis ont toujours vu l’Amérique du Sud comme sa cour arrière, sa zone d’influence par excellence. La mise en place d’un régime communiste met en péril cette zone d’influence, et le risque de contagion était le souci majeur des États Unis. La « peur rouge » a donc joué un rôle incommensurable dans la mise en place de l’embargo économique. Ce dernier peut être vu comme étant une conséquence d’une politique de « containment » ou d’endiguement dans la zone d’influence des États Unis. En revanche, dans la logique de la Guerre Froide, deux blocs se confrontent. Il était donc naturel qu’un bloc vienne en aide pour soutenir Cuba. C’est ce qui se produisit lorsque l’URSSS mit en place des contrats d’échange. Le principe était que l’URSS allait acheter des biens provenant de Cuba en échange que Cuba accueille des missiles soviétiques sur son territoire. De cette manière, nous pouvons voir que la volonté américaine d’asphyxier l’économie cubaine a en partie échoué. Cuba, pendant toute la durée de la Guerre Froide, a joué le rôle de satellite soviétique en Occident. Afin de soutenir l’économie cubaines lors de la Guerre Froide, l’URSS déployait des sommes astronomiques de l’ordre de $4 milliards par an. De plus, entre 1976 et 1980, les Soviétiques ont investi l’équivalent de $1.7 milliards de dollars pour la reconstruction et le réaménagement des usines cubaines. Cuba avait donc un allié de premier ordre outre Pacifique capable de le soutenir économiquement. En revanche, cette stratégie de soutien aux satellites soviétiques devint insoutenable lors des années 1970, argument principal du côté soviétique pour procéder à la détente avec le bloc américain.

Les sanctions économiques mises en place en 1961 prirent le nom de quarantaine, car à l’époque une telle action était considérée comme un acte de guerre. Le champ de guerre traditionnel connait un tournant majeur au début du XXe siècle. La guerre peut être militaire comme elle peut être économique tel démontré par la guerre des monnaies précédant la Grande Dépression de 1929.

L’embargo post Guerre Froide et le renouveau des sanctions :

La signature des accords Helms-Burton en 1996 n’a fait que renforcer l’embargo à l’encontre de Cuba. La législation passée ne concernait plus que les entreprises américaines voulant exercer des activités économiques à Cuba mais aussi toutes les entreprises étrangères. L’apothéose des conséquences de ces accords est atteinte lors de la sanction à l’encontre de BNP Paribas en 2014. L’extraterritorialité du droit américain a justifié la sanction de l’ordre de $8.9 milliards de dollars contre BNP Paribas, qui a fait abstraction des sanctions économiques imposées par les États Unis contre le Soudan, Cuba et l’Iran. Une sanction pouvait être mise en place à l’encontre d’une société étrangère car d’une part, les accords de Helms Burton vont dans ce sens, et l’usage du dollar implique en quelques sortes le respect des législations américaines dans le monde.

L’embargo économique a continué de sévir jusqu’en 2015. Sous l’ère d’Obama, de nouvelles négociations ont été mises en place afin de limiter l’asphyxie du pays et de permettre à Cuba d’avoir une meilleure ouverture économique. Lors de cette année, des représentants des deux gouvernements ont échangé des lettres des dirigeants des pays qui décident de rétablir les relations diplomatiques qui furent abolies en 1961. Sous l’égide de Barack Obama, tout a été fait afin de lever l’embargo économique, en revanche, le Congrès de majorité républicaine a bloqué son initiative.

En 2015, l’économie cubaine a connu un renouveau et dans une certaine mesure une expansion sans précédent. En effet, en 2015, l’économie cubaine a connu une croissance inégalée de 4.4%, résultat de la levée des sanctions américaines.  Les principales industries concernées ont été l’industrie touristique. Airbnb, la société américaine, s’est même vu s’implanter dans cette région, qui lui échappait pendant quelques années. Ceci eut lieu en 2015, année notable de l’ouverture du pays.

En revanche, avec la venue de Donald Trump au pouvoir, l’ouverture de Cuba s’est vu avoir une heure de gloire limitée. Les sanctions économiques se sont encore mises en place. En effet, dès novembre 2017, l’administration Trump a annoncé les restrictions de voyage et restrictions d’affaires, choses qui étaient assouplies sous l’administration Obama. En revanche, l’administration Trump ne s’est pas contentée de cela, en juillet 2019, Trump a interdit les voyages des croisières américaines vers Cuba. Ceci eut pour conséquence la privation de l’ile du dollar américain, ce qui a accentué la crise économique cubaine. Une telle action prive l’économie cubain non seulement du dollar américain mais aussi d’une manne touristique. En 2019, à cause des décisions prises, le tourisme cubain a baissé de 8.5%. Le ministre du tourisme Manuel Marrero a souligné que ces mesures ont participé à la réduction de près de 20.3% de l’activité touristique sur l’île.

Ainsi, nous pouvons conclure que depuis les années 60, la petite ile au sud des États Unis vit sous un embargo constant, qui prend des formes différentes. Dans un premier temps, les sanctions économiques ne concernaient que les entreprises américaines. Dans un deuxième temps, l’objectif a été de limiter toute sorte de revenu de l’ile cubaine quelles que soient les provenances. L’Assemblée Générale a adopté une résolution en septembre 2019 pour mettre fin à l’embargo économique, commercial et financier imposé à l’encontre de Cuba par les États Unis mais il semblerait que celui-ci continuera à sévir sur le long terme, ou au moins, tant que Donald Trump restera au pouvoir.

Sources :

https://www.lefigaro.fr/international/le-blues-de-la-havane-apres-le-depart-des-derniers-paquebots-americains-20190728

https://oec.world/fr/profile/country/cub/

https://www.la-croix.com/Economie/Monde/A-Cuba-economie-bout-souffle-2016-11-27-1200806134

https://en.wikipedia.org/wiki/Cuba%E2%80%93Soviet_Union_relations

https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/cu.html

https://en.wikipedia.org/wiki/United_States_embargo_against_Cuba

https://uk.reuters.com/article/us-cuba-tourism/cuba-sees-tourism-dropping-8-5-due-to-trump-travel-restrictions-idUKKCN1U62UR

https://news.un.org/en/story/2019/11/1050891

 

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