Géopolitique

Etats-Unis, Chine, Japon : coopérations et rivalités économiques et géopolitiques dans le monde

Par 7 janvier 2020 janvier 9th, 2020 Pas de commentaires

Cet article a pour vocation de donner un cadre méthodologique appliqué au traitement d’un sujet d’Histoire-géographie et géopolitique du monde contemporain (pour les ECS). Il est ponctué de Rappels  « Rapport de Jury » (afin de rappeler les enjeux de l’exercice), d’ « astuces » (pour les définition,la problématisation, le plan, l’organisation des brouillons et même la rédaction) et de « conseils de correcteurs ». Le document est divisé en 5 à 6 parties qui mettent en valeur les étapes de la réflexion, des rappels du stade de la réflexion sont signalés au fil du sujet.

Analyse des termes du sujet

Rapport de Jury (ESCP 2013)

Le sujet ne présentait pas plus de difficultés que les années précédentes. Il suffisait même de le suivre dans son libellé pour être guidé dans sa réflexion et avoir un plan logique. Mais désinvoltes à l’égard des termes, de nombreux candidats se sont précipités sur une description superficielle.

Conseil des correcteurs

On doit donc donner ici une définition stricte et précise des mots du sujet. Il convient ensuite de donner un sens aux termes dans un cadre historique et géographique, ainsi que de les définir les uns par rapport aux autres. Cette étape est capitale pour assurer une bonne compréhension du sujet, et de commencer à cadrer le chemin que va prendre notre réflexion.

  • Etats-Unis : Désigne l’ensemble des acteurs économiques et géopolitiques américains (États, État fédéral, entreprises, universités, armée…)(1)
    Première puissance économique et géopolitique mondiale, a construit un cadre de coopération (FMI,ONU,GATT..) autour des pays occidentaux et du Japon. A joué un rôle majeur dans les investissements économiques en Chine lors de son ouverture (fin des années 1970)(2)

Astuce : Après la définition stricte(1) de ce à quoi renvoie le terme « Etats-Unis », on peut déjà définir ce mot en fonction des autres termes du sujet(2)

Stade de la réflexion : On pense donc a priori à un apparent rapport de coopération entre ces trois puissances après avoir défini ce premier terme…

  • Japon : Désigne l’ensemble des acteurs économiques et géopolitiques japonais.
    Longtemps deuxième puissance économique mondiale (1960-2011) derrière les Etats-Unis, le Japon est également l’un de ses plus fidèles alliés. Puissance régionale de premier plan en Asie (avec l’Inde et la Chine).
  • Chine : Désigne l’ensemble des acteurs économiques et géopolitiques chinois.
    Catégorisée dans les pays émergents, la Chine est aujourd’hui un concurrent mondial des Etats-Unis, et un concurrent régional du Japon.

Stade de la réflexion : La précision du terme « Chine » donne donc toute sa crédibilité à un rapport de type « rivalité », au moins entre la Chine d’un côté, et les Etats-Unis et le Japon de l’autre.. on met cette idée dans un coin de notre tête pour éventuellement la réutiliser plus tard, car il nous faut maintenant préciser les termes de « coopération » et de « rivalité ».

  • Coopération : Volonté d’échanger, d’élaborer des politiques communes dans un cadre bilatéral comme multilatéral. Ces coopérations peuvent être économiques comme géopolitiques.
    On pense encore ici à la coopération entre le Japon et les Etats-Unis après la seconde guerre mondiale, la coopération entre les banques japonaises et les acteurs économiques chinois lors de l’ouverture de la Chine de Deng.
  • Rivalité : Opposition (économique ou géopolitique) entre deux puissances qui peuvent mener à des tensions à l’échelle locale ou mondiale.
    Le Japon était, d’une certaine manière, le rival économique des Etats-Unis au cours des années 1980 (rôle du Yen, exportation japonaises vers les E-U, notamment automobiles). La Chine semble avoir remplacé le Japon dans ce rôle aujourd’hui, mais avec de fortes ambitions géopolitiques, ce qui n’était pas le cas du Japon, souvent considéré comme « nain politique » jusqu’à aujourd’hui.
  • « Et » (Coopérations ET rivalités) : Mise en relation. Rapport entre deux termes. Quel rapport entre rivalités et coopération entre ces trois États ? Les rivalités l’emportent-elles sur les coopérations ? Est-ce le contraire ?

Stade de la réflexion : On remarque qu’en ayant donné une réalité aux termes les uns par rapports aux autres, une idée se fait jour : les rapports coopérations-rivalités sont différents entre les 3 acteurs considérés, et même suivant les périodes considérées.. on met cela dans un coin de notre tête afin d’éventuellement le réutiliser plus tard.

  • « Dans le Monde » : On étudie ces rapports à l’échelle mondiale.
  • Cadre Spatial : Échelle mondiale donc.
  • Cadre temporel : Ce « jeu » à trois semble se mettre en place lors de l’insertion de la Chine dans la logique coopération-rivalité à la fin des années 1970 (pendant la période « Deng »).

Problématique/Idées de conclusion/Plan

Problématique

Rapport de Jury (ESCP 2011)

Malgré la simplicité des termes retenus dans le libellé du sujet, trop de copies ont manqué d’une problématique claire et bien charpentée, condamnant l’analyse à un aimable bavardage autour de quelques généralités à la tonalité journalistique et sans nuances.

La Problématique se doit donc d’être claire, simplement exprimée (sans être simpliste), reprendre les mots du sujet sans ajout d’aucun autre terme ou notion. Elle exprime de manière concise la direction que notre réflexion va prendre. D’abord, quelques conseils « pratiques » :

Astuce préalable : On peut prendre une feuille de brouillon et la couper en 3 parties inégales. Une petite partie en haut pour y mettre la problématique, une grande partie au milieu pour y mettre les 3 grands axes du plan exposés très clairement et une partie en bas de page pour mettre les idées de conclusion.

Conseil des correcteurs

Après la définition des termes du sujet, il convient de bâtir un plan qui répond à une problématique. Cette réponse est rappelée dans la conclusion. Plusieurs possibilités s’offrent donc à nous ici :
a) Si la problématique est immédiatement « donnée » (majorité des sujets) on l’écrit et on essaye d’y répondre directement dans la partie conclusion pour trouver le plan.

Astuce : Dans ce cas là, formuler une problématique, trouver le « bon angle » est souvent facilité par l’analyse des petits mots (Et, face à, …). Ici on a mis en exergue le « rapport » rivalité-coopération, avec l’impression que les rivalités ont pris le dessus sur les coopérations (voire les différents « Stade de la réflexion » de l’analyse des termes)…

b) Si la problématique est difficile à formuler, on écrit les premières idées générales qui nous viennent à l’esprit après la définition des termes, à l’instar du point de départ que nous avons mis en évidence au début de l’analyse :  « Les coopérations semblent primer sur les rivalités entre ces trois États ». Ces idées pourront constituer une réponse possible ou une partie de réponse au sujet, c’est-à-dire une « grande partie ». Il sera dès lors plus facile de trouver une problématique par la suite, puisque le plan constitue en lui même une réponse à cette problématique.

Stade de la réflexion : Ici la problématique semble directement formulable après le gros travail de l’analyse des termes,(voire encore une fois les différents « stades de la réflexion » qui synthétisent notre travail)…nous pourrions donc choisir :
« Les rivalités économiques et géopolitiques ont-elles progressivement pris le pas sur les coopérations entre la Chine, le Japon et les Etats-Unis dans le Monde ? »

Idées de conclusion

Comme annoncé plus haut, on répond à cette problématique. Cette réponse va constituer nos éléments de conclusion, puisque celle-ci doit systématiquement comporter une réponse concise à la problématique :

« Si les rapports entre ces trois États semblent de prime abord marqués par la coopération économique et géopolitique dans un cadre mondialisé, la montée en puissance de la Chine et du Japon peuvent toutefois déboucher sur des rapports de rivalités entre les Etats-Unis et ces deux États asiatiques. Mais ces rapports de rivalités et de coopérations ne manquent pas d’être profondément différenciés suivant la période et les États considérés. »

On voit qu’avec un entraînement régulier, la conclusion est déjà pratiquement rédigée.

Plan

Rapport de Jury (ESCP 2011)

Chaque sujet se construit autour d’un plan qui lui est propre. Par paresse intellectuelle ou logique assurantielle, beaucoup de candidats plaquent sans discernement des morceaux de plans étudiés durant l’année ou appris par coeur lors de leur bachotage.

Conseil des correcteurs

À partir de cette réponse à la problématique, c’est-à-dire du « point d’arrivée » (« Les rapports rivalités-coopérations sont différenciés entre les trois États ») de notre réflexion, on construit un plan. On avait un « point de départ » (« Les coopérations semblent primer sur les rivalités entre ces trois États ».). Le plan constitue le cheminement du point de départ vers le point d’arrivée, tout en s’appuyant sur le cadre de la problématique et de l’analyse des termes.

Le plan pourrait donc être :

    1. (On va dans le sens du point de départ de la réflexion) Les coopérations économiques et géopolitiques semblent de prime abord l’emporter sur les rivalités entre la Chine, le Japon et les Etats-Unis..
    2. toutefois, la montée en puissance de la Chine et du Japon, ainsi que le maintien des Etats-Unis comme première puissance mondiale tendent à exacerber les rivalités entre ces trois États.. (aspect que nous avons mis en lumière dans les différents stades de la réflexion de l’analyse des termes)

Astuce : Le plan est, dans l’idéal, progressif et de plus en plus nuancé. Cela nous pousse donc à une certaine prudence lors de la formulation de nos (ou de la) première(s) grande(s) partie(s)qui sont sensées être plus « caricaturales » que les suivantes. On utilise certaines formulations telles que « semblent » ou « de prime abord », « tendent »…

  1. (On aboutit à notre « point d’arrivée ») ce qui impliquerait des rapports rivalités-coopérations différenciés entre les trois États, aspect notamment renforcé par les ambitions mondiales de la Chine aujourd’hui

Plan détaillé

Conseil des correcteurs

Chaque partie doit comporter deux à trois sous parties, dans l’idéal de longueurs égales. On peut par exemple faire A) économie/social B) Géopolitique (et éventuellement C) Aspects culturels). Il est aussi assez heureux de donner un cadre historique à la démonstration dans le I) A). Le but est ensuite de donner un exemple par sous partie (au plus deux, afin de ne pas « dissoudre » le propos lors de la rédaction).

  1. Si les coopérations économiques et géopolitiques semblent de prime abord l’emporter sur les rivalités entre la Chine, le Japon et les Etats-Unis…
    1. Des coopérations économiques entre les trois États qui s’inscrivent dans le temps long de l’histoire pour le développement et des réussites économiques mutuelles :
      Exemples : Le rôle des Etats-Unis dans la réorganisation du Japon après la 2ème GM (Constitution, Zaïbatsus..) ; Le rôle du Japon et des E-U lors de l’ouverture économique de la Chine (IDE, «Joint Ventures »)
    2. Des coopérations économiques renforcées entre les trois États par l’interdépendance que suppose le cadre de la mondialisation…
      Exemples : la chaîne de construction de l’iPhone (conçu aux US, certaines pièces produites au Japon, assemblage en Chine à Shenzhen par Foxconn)
    3. De ces coopérations économiques naissent quelques coopérations géopolitiques.
      Exemples : Le cadre des institutions internationales (encadrées par les É-U et le Japon) que la Chine intègre après son ouverture économique (ONU en 1972, OMC en 2001)
  2. Toutefois, la montée en puissance de la Chine et du Japon et le maintien des Etats-Unis comme première puissance mondiale tendent à exacerber les rivalités entre les trois États…
    1. Des interdépendances qui n’empêchent pas certaines rivalités économiques
      Exemples : Concurrence entre les Etats-Unis et le Japon sur le marché de l’autombile (années 80 par le biais du Toyotisme) ; La dette des Etats-Unis : la Chine est l’un de ses principaux créanciers.
    2. Des rivalités qui aboutissent à une remise en question du rang économique des Etats-Unis par la Chine et le Japon…
      Exemples : Japon deuxième puissance économique mondiale dès 1960 ; Chine deuxième puissance en 2011 ; Tentative de « contournement » des institutions mondiales par la création d’autres institutions par la Chine : le « Soft balancing » de Stephen Walt.
    3. À ces rivalités économiques s’ajoutent des rivalités géopolitiques croissantes
      Exemples : la concurrence entre Chine et États Unis en Amérique centrale : la construction du canal du Nicaragua par le consortium chinois HKDN depuis 2014 (face au canal de Panama) ; la rivalité historique Japon – Chine (poids historique) ;

    Transition : On peut faire remarquer dès maintenant que ces rivalités sont assez clairement différenciées, surtout d’un point de vue géopolitique..

  3. ce qui implique des rapports rivalités-coopérations différenciés entre ces trois États.
    1. Une proximité géopolitique et économique E-U/Japon croissante face à la Chine. Une proximité moins affirmée entre E-U et Chine.
      Exemples : Malgré son abrogation, le TPP constituait un témoignage assez flagrant de cette proximité.
    2. Une rivalité pour le leadership régional entre la Chine et le Japon..
      Exemples : ils sont légions. Les conflits insulaires, les rivalités dans l’ASEAN +3, la BAII chinoise. Tout cela est théorisé par Claude Meyer dans Chine ou Japon. Quel Leader pour l’Asie ?
    3. Une rivalité mondiale entre Chine et Etats-Unis ?
      Exemples : la stratégie du Pivot, les ambitions maritimes de la Chine (Liu Haqing). Les rivalités l’emporteraient de ce point de vue..

Introduction rédigée

Dans Chine ou Japon, Claude Meyer analyse les rapports de forces entre les deuxième et troisième puissances économiques mondiales, dans leur capacité à concurrencer économiquement et géopolitiquement les Etats-Unis : Coopérations et rivalités économiques et géopolitiques dans le monde.(1)

Le retour de la croissance économique au Japon (1955) et l’émergence économique de la Chine (amorcée à partir de la fin des années 1970) semblent avoir été caractérisées par une coopération financière et commerciale avancée entre les État-Unis et les deux puissances asiatiques comme l’attestent les investissements accrus des acteurs économiques japonais et américains dans la Chine de Deng Xiaoping. Cependant, la montée en puissance progressive des deux États asiatiques (le Japon devient la deuxième puissance économique mondiale en 1960, tout comme la Chine en 2011) tendent également à exacerber les rivalités économiques et géopolitiques, c’est-à-dire à intensifier les oppositions entre les trois pays.(2)

Dès lors, les rivalités économiques et géopolitiques ont-elles progressivement pris le pas sur les coopérations entre la Chine, le Japon et les Etats-Unis dans le monde ?(3)

Si les coopérations économiques et géopolitiques semblent de prime abord l’emporter sur les rivalités entre la Chine, le Japon et les Etats-Unis (I), la montée en puissance de la Chine et du Japon, ainsi que le maintien des Etats-Unis comme première puissance économique et géopolitique mondiale, tendent à exacerber les rivalités entre les trois États (II), ce qui implique des rapports rivalités-coopérations différenciés entre les trois États (III).(4)

Astuces pour réussir son introduction

(1) Il peut parfois s’avérer utile de « répéter » le sujet après l’accroche pour faire remarquer au correcteur qu’elle l’introduit parfaitement.
(2) Une définition des termes « problématisée » (il faut être assez entrainé, si vous ne vous en sentez pas capable pour le moment, privilégiez une définition stricte dans un premier temps. Puis un problématisation en deux paragraphes séparés) – remarquez l’utilisation de ‘Toutefois’ qui marque le contrepied à notre point de départ, ce qui marque bien l’aspect « problématique » du sujet.
(3) La problématique. Ou l’expression d’une manière claire, concise, voire percutante (elle devra l’être pour les plus ambitieux) du problème que vous venez d’exposer.
(4) L’annonce du plan sous forme de phrase. Manière idéale de « montrer le chemin » que vous avez décider d’emprunter.

A retenir : l’essentiel autour des recommandations du jury

Rapport de Jury sur l’introduction (ESCP 2011)

Rappelons quelques règles de base. Tout d’abord, l’introduction doit être vraiment soignée. La problématique choisie doit notamment y apparaître avec clarté. Celle-ci ne doit pas se ramener à la simple reprise du libellé (ce qui annonce d’emblée une copie sans relief).
Quelques questions judicieuses peuvent y figurer, à condition de ne pas y répondre dès l’introduction, afin de ne pas déflorer le sujet. Le plan doit être annoncé clairement. L’introduction enfin en doit pas être trop longue afin d’éviter les redites inutiles.

Rapport de Jury sur le plan (ESCP 2011)

Trois maîtres mots : Réflexion, clarté et simplicité …

Chaque sujet se construit autour d’un plan qui lui est propre. Par paresse intellectuelle ou logique assurantielle, beaucoup de candidats plaquent sans discernement des morceaux de plan étudiés durant l’année ou appris par coeur lors de leur bachotage.

… mais il faut aussi savoir prendre certains risques calculés pour se distinguer (troisième partie originale par exemple, qui prend le sujet par un point de vue encore inexploré, – voir le plan sur les migrations -)

Comme les années passées, le jury a observé que le bachotage a trop souvent remplacé la réflexion personnelle. Les plans sont généralement restés classiques et les candidats n’ont guère pris de risques.

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