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Husserl : le corps organique et l’intersubjectivité transcendantale

Par 18 avril 2018 août 20th, 2019 Pas de commentaires

Eléments généraux

Dans les Méditations Cartésiennes – retranscription retravaillée par Husserl de quatre conférences professées à la Sorbonne en février 1929 – Husserl entend refonder la philosophie comme unité universelle des sciences, en reprenant le geste cartésien. Pour cette refondation, Husserl dégage l’évidence apodictique (comme inconcevabilité du non-être de la chose) comme exigence philosophique fondamentale et écarte ainsi l’existence du monde : l’évidence de l’existence du monde n’est pas apodictique. Lorsque la thèse de l’existence du monde est suspendue, je ne suis pas face à un pur néant, mais je peux dégager au contraire la vie de la conscience dans son originalité. L’épochè phénoménologique par laquelle le monde est suspendu dévoile la vie pure et les états vécus constituant l’ego cogito. Tout état de conscience (cogito) de l’ego, vise nécessairement un objet (cogitatum) ; c’est l’interprétation husserlienne de l’intentionnalité de Brentano. L’un des enjeux de la phénoménologie transcendantale est de reconstituer, dans l’immanence du flux de conscience subjectif, le monde objectif transcendant.

Le corps organique et l’intersubjectivité transcendantale

Husserl pense que l’objectivité ne peut se penser que comme intersubjectivité des egos. Mais comment la conscience peut-elle établir l’idée d’autre, « comment se fait-il que mon ego, à l’intérieur de son être propre, puisse, en quelque sorte, constituer ‘l’autre’ justement comme lui étant étranger » ? Lorsque je suspends tout ce qui n’est pas une propriété exclusive du moi, demeure mon propre corps organique (Leib), seul corps qui n’est pas que corps, mais qui est toujours corrélatif à un « je peux » : « c’est le seul corps dont je dispose d’une façon immédiate ainsi que de chacun de ses organes. Je perçois avec les mains (c’est par les mains que j’ai – et que je puis toujours avoir – des perceptions cinesthésique et tactiles), avec les yeux (c’est par les yeux que je vois), etc. ; et ces phénomènes cinesthésiques, heurter, pousser, etc., et ainsi agir par mon corps ». La réduction phénoménologique (qu’il faut entendre comme reconduction vers le phénomène-même) met en évidence cet organisme qui agit dans le monde et y séjourne.

Le corps d’autrui n’est pas un corps parmi d’autres. Autrui m’apparaît comme modification de mon moi : autrui est toujours alter ego (autre moi) qui est associé dans sa représentation avec moi-même ; dans ce schéma, le corps joue le rôle d’une condition de possibilité. Bien que je ne puisse jamais accéder à ses pensées, sa sphère psychique m’est toujours présente à l’état d’idée par le comportement de son organisme dans le monde extérieur. Cette structure est en outre bilatérale, puisque la compréhension d’autrui construit la compréhension de ma propre vie psychique. Husserl propose de reprendre le nom kantien d’esthétique transcendantale (qui est, chez Kant, la théorie de l’a priori de la sensibilité en tant que réceptivité) pour qualifier les recherches pensant le corps psycho-physique. Mais la partie supérieure de l’a priori constitutif (qui est chez Kant, l’analytique transcendantale, présentant les fondements a priori de l’entendement pur) est chez Husserl une théorie de l’empathie. Ainsi, il y a une intentionnalité en direction de la conscience d’autrui médiatisée par son corps, qui est analogue au mien.

La théorie de l’expérience de l’autre est une théorie de l’empathie dont l’assise est corporelle. Mais dans cette empathie, je prête à la vie de la conscience d’autrui la possibilité de constituer son monde. Ainsi, la tangibilité et la transcendance du monde extérieur se construit de façon immanente dans le flux de mes vécus, par la superposition de mon monde et du monde des alter ego. L’objectivité n’est rien d’autre qu’une intersubjectivité transcendantale médiatisée par le corps.

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