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La Chine : quel engagement dans la transition énergétique ?

Par 10 octobre 2019 octobre 22nd, 2019 Pas de commentaires

Le développement économique chinois entrepris depuis les années 1980 a fait du pays le principal consommateur d’énergie au monde. Face à des enjeux environnementaux de plus en plus préoccupants et son statut de grand pollueur, la Chine se voit obligée de revoir son modèle énergétique et de se tourner vers des sources d’énergie plus respectueuses de l’environnement.

La Chine, grand consommateur d’énergie et grand pollueur

Un grand consommateur d’énergie

La forte croissance économique de la Chine depuis environ trois décennies s’est accompagnée d’une augmentation sensible de la consommation d’énergie du pays. Au développement économique du pays sont associés industrialisation, urbanisation et motorisation, trois processus gourmands en énergie. A l’heure actuelle, 25% de l’énergie utilisée dans le monde l’est par la Chine.
L’Empire du Milieu nourrit ses besoins essentiellement par deux énergies polluantes et non renouvelables : le charbon et le pétrole. Le charbon est une ressource vitale de l’économie chinoise car elle soutient les industries lourde et manufacturière, la production d’électricité ainsi que le secteur du bâtiment. Si en 1990, le pays consommait 446 millions de tonnes de charbon, le chiffre s’éleve à 2,8 milliards de tonnes en 2017. Pour ce qui est du pétrole, il vient répondre à l’élargissement du parc automobile chinois. Sa consommation a elle aussi connu une explosion : la consommation de barils par jour a été multipliée par 6 entre 1980 et 2017 (de 2 à 12 barils par jour). Ceci explique le statut de 1er importateur mondial de pétrole de la Chine.

Des effets néfastes sur l’environnement et sur la santé

Cette consommation considérable d’énergie fait de la Chine un des principaux pollueurs mondiaux. 6 ans après être devenue le 1er émetteur de gaz à effet de serre (GES) de la planète devant les Etats-Unis, elle a émis en 2013 9,9 milliards de tonnes de GES. Ce dernier chiffre constituait près du double des émissions américaines et 27% des émissions globales.
Il va s’en dire qu’au-delà des chiffres démesurés, les conséquences environnementales et sanitaires sont graves. Du point de vue écologique, ces conséquences se traduisent sous la forme d’« airpocalypses », lorsqu’un épais nuage de fumée envahit l’atmosphère des métropoles. D’un point de vue sanitaire, le dioxyde de soufre et les particules fines contenues dans l’air affectent – entre autres – les appareils respiratoires et cardiovasculaires humains. Selon une étude menée par the Institute of Health Metrics & Evaluation, intitulée Global Burden of Air Pollution et publiée en 2016, la pollution de l’air aurait causé en 2013 la mort prématurée de 5,5 millions de personnes en Chine.

Cette consommation et cette pollution rendent la Chine vulnérable à deux titres. Premièrement, la dégradation de l’air dans le pays suscite le mécontentement croissant de la population chinoise. La pollution tend à devenir un enjeu politique que le Parti Communiste ne peut ignorer s’il veut se maintenir au pouvoir. Deuxièmement, la Chine désire historiquement être autosuffisante. Or, l’explosion de la consommation chinoise contribue à rendre le pays dépendant de ses importations. Outre les stratégies de sécurisation des approvisionnements en matières premières, la Chine cherche à produire sa propre énergie par le biais de centrales nucléaires mais également en s’engageant sur la voie des énergies renouvelables.

Un champion de la transition énergétique ?

Si l’image de plus grand pollueur de la planète colle à la Chine, le pays est aussi le 1er producteur mondial d’énergies éolienne et solaire. Deux entreprises sont emblématiques de cette position de force sur le marché des énergies renouvelables, les entrepreneurs de l’Empire du Milieu ont en effet bien compris que les opportunités ne manquaient pas dans ce secteur appelé à une profonde mutation.

C’est le cas de Wu Gang qui est à la tête de Goldwind. Goldwind incarne la réussite typique d’une firme chinoise. Née en 1998, l’histoire de l’entreprise s’accélère en 2008 avec le rachat d’une société allemande, Vensys. De cette acquisition, Goldwind récupère un transfert de technologie qui sera décisif dans son ascension sur le marché chinois puis mondial. En 2015, le groupe devient le 1er producteur mondial d’éoliennes.

La deuxième entreprise incarnant le décollage des énergies vertes en Chine est Yingli Solar. Yingli figure parmi les principaux producteurs de panneaux solaires de la planète. Ce qui est notable avec la société créée par Liansheng Miao en 1998, c’est sa façon de communiquer. L’entreprise soigne la présentation de sa responsabilité sociale et environnementale (RSE) en présentant ses actions qui vont dans le sens du développement durable. Puisque son rayonnement est international, on peut apprendre sur la version française de son site Internet qu’elle s’est engagée à réduire ses GES : Yingli participe au programme Climate Savers de l’Organisation Non-Gouvernementale WWF.

Ce mouvement vers des énergies plus propres est soutenu par le gouvernement. Conscient de l’enjeu, Pékin accorde de généreuses subventions à ces entreprises. La position de la Chine sur la scène internationale a également évolué. Inamovible lors du sommet de Copenhague en 2010, les diplomates chinois, à commencer par le Président chinois Xi Jinping, se montrent de plus en plus prompts à coopérer lorsqu’il s’agit des enjeux climatiques. En témoigne la ratification conjointe en septembre 2016 avec les Etats-Unis – alors dirigés par Barack Obama – de l’accord de Paris sur le climat ; les deux Etats invitaient avec ce geste les autres pays à leur emboîter le pas.

Le plus de l’article : le revers de la médaille

Malgré les progrès déjà accomplis, l’empreinte écologique du secteur des énergies renouvelables en Chine est encore à parfaire. Cette industrie qui utilise des produits chimiques n’est effectivement parfois pas sans effet environnemental nocif. Jinko Solar, l’un des acteurs majeurs du marché mondial des panneaux photovoltaïques, s’est par exemple retrouvé dans la tourmente en 2011. Dans la province du Zhejiang – située au Sud de la ville de Shanghai –, des centaines de manifestants s’en sont pris à l’entreprise. Pour cause, des tonnes de poissons sans vie ont été retrouvé dans la rivière Mujiaqiao, non loin d’une usine localisée à Haining. Ce centre de production de panneaux solaires se trouve sous l’autorité de Zhejiang Jinko, une filiale du groupe Jinko Solar qui a mauvaise presse dans la région : les autorités locales ont évalué à 10 fois supérieures aux quantités permises par la loi le niveau de fluorure contenue dans la rivière qui jouxte l’usine. Ce scandale est source d’importantes inquiétudes locales. Les habitants du village voisin de Hongxiao voient se décupler les cas avérés de cancer. On n’ose plus boire l’eau des puits ou manger le riz produit sur place. Des étudiants de l’école primaire avoisinante ont fait part de leur désir de changer d’établissement… Bien que l’entreprise ait rapidement présenté des excuses publiques, des sources proches du secteur des énergies renouvelables affirment que ce scandale écologique ne mettrait en lumière que la partie émergée de l’iceberg.

Sous le vernis reluisant des énergies renouvelables, se trouverait donc une réalité plus obscure.

A retenir

transition énergétique en Chine

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