Géopolitique

La Chine : un dragon régional et mondial

Par 19 décembre 2019 Pas de commentaires

Le siège accordé à la République de Chine au Conseil de Sécurité de l’ONU en 1945, puis à la République Populaire de Chine en 1971 ne marque en aucun cas l’avènement de la puissance chinoise sur la scène mondiale. Ce n’est qu’au tournant des années 2000 que la Chine commence à jouer un rôle prépondérant sur la scène internationale. Dès 2001, elle accède à l’OMC et en 2005, la Chine accède au rang de troisième économie mondiale. La Chine devient en quelque sorte incontournable : première population (1.393 milliards de personnes en 2018), deuxième PIB au monde (13.608 trillions en 2018), deuxième budget militaire au monde (255 milliards de dollars en 2018 soit 14% du budget militaire mondial)….

La Chine ne se contente pas de sa performance économique et du développement de son pays, elle cherche en effet à être présente sur tous les continents, à faire entendre sa voix. De cette façon, elle est devenue un acteur incontournable au sein de la géopolitique mondiale : que ce soit dans la médiation des conflits, dans les relations économiques et dans les alliances stratégiques (avec par exemple le RCEP, le Partenariat économique régional global, un projet d’accord de libre-échange entre 16 pays autour de l’océan Pacifique). La Chine est donc bien présente sur la scène internationale et compte le rester. Nous pouvons bien dire que la politique extérieure de la Chine a changé dès lors qu’elle a eu les moyens économiques pour la mener à bien (résultat de l’ouverture économique engagée par Deng Xiaoping en 1979 avec la création de ZES notamment).

 Un pays plus ou moins autarcique pendant une grande partie de sa vie

La particularité de la Chine réside dans le fait qu’elle s’est toujours centrée sur elle-même. La Chine, ou l’empire du milieu, a toujours regardé l’extérieur avec méfiance. La Chine a donc, d’une manière ou d’une autre, estimé être un monde en soi, qui n’a pas besoin du monde extérieur, qui serait symbolique de barbarie.

Son ouverture à l’extérieur a été très limitée pendant des siècles. La seule ouverture notable eut lieu entre 1405 et 1433 lors des multiples expéditions de l’Amiral Zheng He et ces dernières furent largement limitées.

Le regard vers l’Occident : zoom sur les Routes de la Soie

La Chine a compris que pour rayonner à l’échelle mondiale, il faut déjà être présent sur sa propre sphère. Les États-Unis sous Barack Obama ont déclaré un pivot vers l’Asie en 2011, maintenant, c’est le tour de la Chine pour faire son pivot vers l’Asie et vers le reste du monde. En revanche, le prix à payer est bien fort. L’initiative BRI (Belt Road Initiative), précédemment appelée OBOR (One Belt, One Road), a un coût estimé entre 4 et 8 trillions de dollars. Le projet sera accompli d’ici 2049 ou le 100e anniversaire de la République Populaire de Chine. Ceci correspond au projet d’infrastructure le plus conséquent au monde. Les Nouvelles Routes de la Soie mettront en contact 3 continents par voie maritime ainsi que par voie terrestre.

L’initiative des Nouvelles Routes de la Soie témoigne de la volonté de la Chine de ne plus se restreindre à son territoire. La Chine souhaite développer son réseau et étendre son influence. Cela se fait donc à travers le « commerce doux » que Montesquieu évoquait dans De L’Esprit des Lois. Par le biais du commerce, la Chine cherche à rayonner sur la scène mondiale. Ceci peut passer par l’intelligence artificielle qu’elle met au point, les microprocesseurs…

A l’image de l’ancienne Route de la Soie, l’objectif des Nouvelles Routes de la Soie est de faciliter les échanges et fortifier les relations entre les divers pays concernés. Cette fois-ci, en revanche, les routes sont à la fois terrestres et maritimes.

Le contrôle de la mer est indispensable pour une puissance de premier plan. Les Nouvelles Routes de la Soie semblent être l’un des piliers de cette puissance maritime. D’après l’un des premiers navigateurs anglais Walter Raleigh, « Qui tient la mer tient le commerce du monde, qui tient le commerce tient la richesse ; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même ». Une expression similaire peut être envisagée pour le contrôle de l’Asie de l’Ouest et l’Europe de l’Est. Selon Mackinder, « Qui contrôle l’Europe de l’Est, contrôle le Heartland, qui contrôle le Heartland contrôle le monde ». La Chine a donc fondé son statut de puissance à travers les Nouvelles Routes de la Soie sur des théories géopolitiques anciennes. Les Nouvelles Routes de la Soie ne constituent en aucun cas quelque chosed’anodin pour la Chine, on peut les voir comme l’avènement de la Chine sur la scène mondiale.

Il faut avant tout mettre cette initiative dans son contexte. Elle cherche à contraster ou du moins à opposer quelques accords qui étaient centrés autour des États-Unis et notamment le PTP (Partenariat Trans-Pacifique). Cet accord avait vu le jour sous l’administration de Barack Obama en Octobre 2015. L’accord regroupait les pays ayant une façade maritime sur le Pacifique : Australie, Brunei, Canada, Japon, Chili, Malaisie, Mexique, Pérou, Nouvelle Zélande, Singapour, Vietnam et États-Unis. Les pays concernés représentaient à l’époque 40% du commerce international. L’accord a été signé en février 2016. En revanche, le 23 février 2017, sous l’administration de Donald Trump, les États-Unis ont retiré leur signature de l’accord, rendant l’accord tel quel caduc.

Il est important de souligner que la Chine ne fait pas partie de cet accord. On aurait pu le voir comme un moyen de contenir la Chine. Si nous utilisons des termes utilisés pendant la guerre froide, les Nouvelles Routes de la Soie peuvent être considérées aujourd’hui comme un moyen d’endiguer l’influence étatsunienne sur le continent asiatique.

Les principaux canaux de la Route de la Soie passent par des bases militaires américaines. Aujourd’hui nous parlons de tensions sino-américaines, mais nous pouvons conjecturer que l’initiative lancée par Xi Jinping en 2013 a peut être sonné le glas d’une opposition de plus en plus féroce entre les deux puissances économiques mondiales. L’ouverture de la première base militaire chinoise en-dehors du sol chinois en 20017 à Djibouti témoigne de cette volonté. La Chine essaye de se faire le rival des États-Unis sur tous les plans. Le positionnement d’une base militaire dans la Corne d’Afrique est un atout très stratégique.  En effet, il ouvre sur le détroit de Bab El Mandeb, par où transite plus de 3,8 millions de barils de pétrole par jour.

Une volonté de présence sur tous les continents

Napoléon Bonaparte disait en son temps que « Lorsque la Chine se réveillera, le monde tremblera ». Depuis l’éveil de la Chine, nous pouvons parler d’un changement de paradigme assez complet et substantiel. En effet,

La Chine, depuis quelque temps, souhaite être un acteur incontournable en Mer de Chine méridionale ainsi que dans l’ensemble du Pacifique et dans l’Océan Indien. Sa volonté hégémonique dans cette zone a bien été remarquée. En revanche, depuis quelque temps, elle passe inaperçue. En effet, peu de bruit a suivi l’annonce que la Chine allait louer une île au Pacifique, plus précisément dans l’archipel des Salomon, afin d’en faire une ZES. La Chine ne se limite donc plus à son territoire afin de développer une activité économique prépondérante. Sous le regard inquiet des autres puissances, notamment les États Unis, la Chine est bien en train de sortir de son cercle géographique. Ceci s’appuie aussi sur le fait que la Chine cherche à développer un accord commercial très important au sein de la zone asiatique : RCEP/PERG(Partenariat économique régional global). Celui-ci sert notamment de levier contre l’accord PTP, développé par les États-Unis pour endiguer l’influence chinoise.

L’accord qui est en cours de négociation inclura une grande partie des pays asiatiques et l’Inde était susceptible de se joindre à ce groupe, jusqu’aux annonces de Novembre 2019. Les négociations ont commencé en 2012. L’objectif principal de cet accord est la réduction des droits de douane, et l’harmonisation des conventions sur le droit du travail. S’il vient au jour, l’accord regroupera 40% du PIB mondial et 29% du commerce mondial.

A travers cette initiative, la Chine cherche à devenir un allié fiable dans la région. L’accord est beaucoup moins ambitieux que le PTP mais il cherche toutefois à supplanter l’influence étatsunienne dans cette zone. Il est important d’analyser le nom de ce partenariat. Il se fixe pour objectif d’être à la fois régional et global, c’est donc ce à quoi la Chine aspire.

Sources :

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