Géopolitique

L’Arctique qui se réchauffe : escalade des tensions

          L’Arctique est à la fois un océan et un continent. L’espace que nous définissons comme Arctique aujourd’hui est à la fois un océan et un continent. Les enjeux que nous discuterons concernent les deux.

Recouvrant une superficie de plus de 14 millions de km2, l’Océan Arctique est le plus petit océan de la planète. Il ne représente qu’une partie infinitésimale du globe. En revanche, il regroupe à lui seul des enjeux géopolitiques de grande envergure. Tout d’abord, l’Arctique est dans le viseur en raison de la progression du réchauffement climatique ; la fonte de la banquise et la disparition de la faune et de la flore inquiètent la planète. D’un point de vue météorologique, l’Arctique est considéré comme un thermomètre de la planète. Il permet de mesurer les oscillations climatiques notamment en mesurant l’impact du réchauffement climatique sur la banquise. En analysant les variations météorologiques de l’Arctique, nous pouvons prévoir la montée des eaux, la disparition de territoires (tels que le Sud du Bangladesh, les Maldives…). D’un point de vue géopolitique, nous pouvons peut être émettre le même type d’appellation.  Les tensions autour de l’Arctique prennent de nouvelles couleurs avec la fonte de la banquise et de la découverte d’hydrocarbures dans le fond sous-marin. De ce point de vue là, nous pouvons parler d’un thermomètre géopolitique, c’est-à-dire, un instrument qui mesurerait les tensions entre les États quant à l’exploitation des ressources, et quant aux zones économiques exclusives.

Un environnement défavorable :

De manière générale, l’Arctique a souvent été délaissé et n’a jamais réellement été au centre des préoccupations géopolitiques (mis à part pendant la Guerre Froide : le Détroit de Béring constituait la plus petite distance entre l’URSS et les Etats Unis). Des contraintes météorologiques et environnementales pèsent sur cette partie du globe. Les icebergs, le gel du sol (permafrost) ne rendent pas l’environnement particulièrement attrayant. Le passage y est extrêmement difficile, d’où le développement de brise-glaces. Le premier brise-glaces fut construit en 1898 et portait le nom Ermak. Progressivement, la propulsion nucléaire a été ajoutée aux brise-glaces. Un exemple phare est celui appelé le Lénine qui a été construit en 1957. Il faut lier la construction des brise-glaces à une volonté non seulement d’exploration et de navigation mais aussi à une volonté de présence de poids sur la scène de l’Arctique. C’est ceci que nous pouvons avec la Chine qui est, à ce jour, le dernier pays à avoir mis au jour un brise-glaces.

Une zone convoitée :

1. Une zone riche en ressources

L’Arctique est une région géographique qui abrite de nombreuses tensions en raison des ressources qui s’y trouvent : pétrole, gaz et ressources halieutiques. En Arctique, on trouverait 25% des ressources potentielles en gaz et 13% des ressources en pétrole. En termes de pierres précieuses, l’Arctique recèle 9% des réserves mondiales. L’Arctique abrite également 9 types de terres rares, ou les ressources clés du XXIe siècle. En effet, il s’agit de métaux très recherchés pour la fabrication de produit high-tech dont la Chine a le monopole. Dans ce sens, l’Arctique représente à la fois une forme d’autonomisation énergétique (vis-à-vis des grands pays pétroliers) mais aussi une forme d’autonomisation technologique.

2. Les tensions entre riverains

La « Méditerranée boréale » a pour riverains les États Unis et plus précisément l’Alaska, le Canada, le Danemark (Groenland), la Norvège et la Russie. Aujourd’hui l’ensemble de ces États réclament des droits sur l’Océan Arctique. Certains États le voient comme une ouverture vers de nouvelles exploitation pétrolières, d’autres le considèrent comme une nouvelle zone de passage. Des tensions se sont donc exacerbées dans cette zone du globe.

Source : https://www.economist.com/the-world-this-week/2007/08/16/kals-cartoon

Kevin Kal Kallaugher The Economist

Comme souligné par la caricature, aucun peuple autochtone n’est représenté, ce sont uniquement les États qui se confrontent pour pouvoir bénéficier des ressources du sous-sol Arctique. Nous pouvons voir cette caricature comme une référence à la ruée vers l’or, mais dans ce cas là, il s‘agirait, d’hydrocarbures, le fameux or noir. Il est évident que la caricature condamne aussi la négligence des États face au réchauffement climatique. Finalement, dans ce contexte, la fonte des glaces et la montée des eaux ne seraient pas une si mauvaise chose.

L’ancienne course des Etoiles devient la course vers le fond de l’Arctique. Le premier État à avoir accompli cette mission est la Russie. En effet, en 2007, un sous-marin russe a planté un drapeau russe dans le fond de l’Arctique, c’est-à-dire à 4200m de  profondeur sous la banquise, démontrant sa revendication du territoire et surtout des ressources qui s’y trouvent. En 2015, le président Obama autorise les forages de Shell en Arctique, qui étaient très controversés.

Il faut avant tout remettre ces volontés dans leur contexte. En 2019, les États essayent de limiter leur dépendance en termes de pétrole vis à vis des grands États pétroliers, c’est-à-dire les états moyen-orientaux. Les États-Unis ont essayé de promouvoir le gaz de schiste. L’Arctique semble être une autre issue par laquelle les États-Unis peuvent gagner en autonomie énergétique.  L’accord de Quincy signé en 1945 entre les États Unis et l’Arabie Saoudite, est mine de rien, assez contraignant et assez pesant sur les États-Unis.

C’est pour cela que l’Arctique pourrait être vu et être considéré comme un eldorado. L’Arctique serait réellement un moyen pour les États riverains de gagner une indépendance stratégique dans un monde où les interdépendances deviennent de plus en plus poignantes.

La question du droit maritime :

En 1981, la première convention sur le droit maritime voit le jour, il s’agit de la Convention de Montego Bay. Elle utilise la continuité comme facteur de définition des mers. Cette convention instaure ce que l’on appelle aujourd’hui les ZEE ou les zones économiques exclusives. Celles-ci s’étendent jusqu’à 200 milles nautiques du rivage du pays en question. Au sein de cette zone, l’État a droit de puiser dans les ressources pétrolières et halieutiques du sous-sol. Cette convention reconnait donc la souveraineté des États sur un espace bien délimité. Auparavant, aucun texte ne légiférait sur les espaces maritimes, c’est-à-dire que 70% de la planète n’était régi par aucun traité.

En revanche, au delà des 200 miles, l’espace maritime est international. Le contrôle de l’État peut être prolongé s’il réussit à prouver que son plateau continental s’étend au-delà de cette limite. C’est donc à ce problème là qu’est confronté l’Océan Arctique. D’une part, les ZEE des différents États riverains entrent en friction. Le problème avec les ZEE est le fait que la distance qui est définie l’est de manière arbitraire et cela ne correspond en aucun cas à la continuation du plateau continental sous-marin. C’est à ce problème que la Russie a essayé de remédier.

En effet, le 4 août 2015, la Russie a déposé auprès de la commission de la convention de la mer une nouvelle revendication afin d’étendre son territoire maritime en Océan Arctique. Une première demande a été déjà formulée en 2002, mais celle-ci a été soldée par un refus. Entre temps, la Russie a eu le temps de développer une cartographie des fonds sous-marins afin de pouvoir défendre la continuité du plateau continental sibérien.

La Russie est donc l’État principal qui exhibe ses ambitions dans la zone de façon très claire. Ceci s’explique notamment par le fait que la Russie représente plus d’un tiers des frontières arctiques. Le Canada s’est aussi penché sur la question. En effet, au printemps 2009, les Canadiens ont publié le premier atlas géologique de l’Arctique répertoriant les emplacements stratégiques, c’est-à-dire l’emplacement des gisements d’hydrocarbures et des minerais précieux. Cet atlas géographique a pour objet aussi de prouver la souveraineté canadienne sur la dorsale de Lomonosov.

L’enjeu principal autour de l’Arctique est celui de la souveraineté, et plus précisément la souveraineté maritime.

Le changement climatique, de nouvelles perspectives ?

Source : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/typespace/frontier/FrontDoc5.htm      

Une nouvelle zone de passage

Dans le cadre du changement climatique et du réchauffement climatique, l’Arctique devient une zone de premier plan. La fonte des banquises fait penser qu’un jour les pays riverains n’auront plus besoin de brise-glaces pour passer de la Russie au Canada par exemple. Si un jour l’Arctique devient un océan exploitable comme les autres, les échanges maritimes, d’une part, s’intensifieront, et d’autre part seront beaucoup plus rapides. Avec la fonte des glaces, bien entamée, l’Océan Arctique pourrait être libre de glace l’été à compter de 2030.

La route Asie-Europe, en moyenne, constitue plus de 19 000 km en passant par le Canal de Suez. Avec la fonte de la banquise, cette distance pourrait être réduite de 30%. Le Canal de Suez ,qui était jadis une voie de passage incontournable pour les marchandises provenant d’Asie en direction vers l’Europe, pourrait un jour être une simple zone de passage régionale.

Au rythme actuel de fonte de la banquise, l’Arctique est en proie de devenir une route commerciale de premier plan si la fonte des glaces continue à ce rythme. Avec ce phénomène, l’Arctique cessera d’être déconnecté de la mondialisation ; il sera le théâtre du commerce mondial.

 

Source : https://www.franceinter.fr/economie/le-transport-maritime-passe-maintenant-par-l-arctique

         C’est pour cette raison que des États extérieurs au cercle Arctique commencent à s’intéresser de plus en plus à cette zone du globe. La Chine affirme son intérêt grandissant. En effet, elle a installé une base scientifique à Svalbard, archipel de la Norvège. En 2012, le président chinois a visité le Danemark et l’Islande en 2012. En 2014, Xi Jinping a annoncé le lancement d’une future route maritime nord chinoise. Tout pointe donc à des ambitions grandissantes chinoises dans l’Océan Arctique.

Aujourd’hui nous pouvons dire que l’Arctique est un réel théâtre de la géopolitique du XXIe siècle. L’Arctique est susceptible de devenir un réel carrefour stratégique de la mondialisation Tout y est pour susciter des tensions : ressources et commerce.

Sources :

https://www.la-croix.com/Actualite/Monde/L-Arctique-convoite-2015-08-18-1345567

https://www.franceinter.fr/economie/le-transport-maritime-passe-maintenant-par-l-arctique

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/planete-geo/planete-geo-l-arctique-en-pleine-mutation_3032931.html

https://padlet.com/thomas_maelle/aregajq8sp77

http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/typespace/frontier/FrontDoc5.htm

Articles à lire :

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/petrole-gaz-navigation-l-arctique-polarise-les-convoitises_1979749.html

http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/typespace/frontier/FrontDoc5.htm

 

 

 

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