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Le Concours Corrigé : Analyse du sujet de Géopolitique GEM 2020

Par 6 juillet 2020 juillet 8th, 2020 Pas de commentaires

 

Le sujet pour l’épreuve de Géopolitique GEM du concours BCE 2020 est :

sujet Géopolitique GEM

Analyse du sujet

Les indications de ce corrigé sont bien évidemment des propositions, en aucun cas un corrigé type. Le sujet est suffisamment large pour donner lieu à un certain nombre de possibilités.

 

1/ Originalité du sujet

Un sujet peu surprenant sur la forme, et attendu sur le fond :

  • Le titre correspond au livre de Dominique Jolly (2014), professeur à Skema, dans La Chine, colosse aux pieds d’argile, sous-titré Quand la Chine vacillera, en référence à Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera, d’Alain Peyrefitte (1973), qui reprenait lui-même une phrase attribuée à Napoléon Bonaparte.

 

  • La Chine est plusieurs fois tombée, la dernière fois à l’ESSEC en 2019 (« La puissance chinoise en Asie orientale »). Territoire et puissance classiques dans le cursus.

 

  • Ce qui est plus original est ici de poser complètement la question des fragilités chinoises, alors que les sujets précédents insistaient surtout sur son ascension.

 

  • Le sujet aura déjà été partiellement abordé lors de l’épreuve ESCP sur les puissances dominantes (photo Macron/Xi Jinping), et aura été présent à propos des investissements chinois en Méditerranée (Le Pirée, Trieste, Naples).

 

2/ Identifier l’actualité du sujet

La puissance chinoise et sa réalité sont interrogées dans un contexte large :

  • Celui de la montée en puissance, aujourd’hui entre 1ère et 3e puissance économique selon les critères.
  • Celui de la montée de son influence en Amérique latine, en Afrique, en Europe et bien sûr en Asie, via notamment la Belt and Road Initiative (les Routes de la Soie)
  • Celui de sa montée en puissance dans les institutions de la gouvernance mondiale (OMS) ou par la création d’institutions nouvelles (BAII)
  • Celui de la montée des tensions avec les États-Unis (Graham Allison, Vers la guerre ? L’Amérique et la Chine dans le Piège de Thucydide, 2019)
  • Celui de la prise de conscience de la grande dépendance des pays des Nords mais aussi des Suds vis-à-vis de « l’atelier du monde » (années 1980) devenu « usine du monde » (années 2000) mais peut-être aujourd’hui « laboratoire du monde » ?

 

Pourtant un certain nombre de données remettent en cause le caractère inéluctable de ce contexte :

  • La transformation sous Xi Jinping depuis 2012 d’un régime communiste à Etat fort en régime nationaliste à vocabulaire communiste : la Chine est beaucoup plus agressive à ses frontières et vis-à-vis des autres puissances
  • L’essor des BATX ne concurrence pas les GAFA
  • La contestation intérieure ne cesse pas : pollutions et questions environnementales, mais aussi cas des Ouïgours du Xinjiang
  • A ses frontières, les attaques contre l’autonomie de Hong-Kong (1997) ou la fébrilité contre Taïwan (en Afrique, aide économique et IDE contre non-reconnaissance) ou par sa présence en Mer de Chine méridionale
  • La pandémie de Covid-19, née en Chine, a montré la difficulté du pays à communiquer loyalement, et a suscité partout dans le monde des inquiétudes face à la dépendance technique vis-à-vis des productions chinoises mais aussi vis-à-vis des pressions politiques du pays.

 

3/ Cadrer le sujet

Bornes géographiques :

  • le monde entier
  • est attendu un raisonnement par échelles, qui peut être utilisé dans une troisième partie qui réponde directement au sujet « colosse aux pieds d’argile ? » : ce n’est pas le cas partout (monde/Asie/frontières extérieures et intérieures.

Bornes chronologiques :

  • on pouvait attendre une allusion à la fermeture chinoise des années 1842/1978, en remettant en partie en cause l’expression « longue tradition de repli sur soi » dans le commentaire du sujet: si la Chine a renoncé à sa puissance maritime au XVe siècle, elle y revient, et la renonciation à sa puissance terrestre est imposée en 1842 par les traités inégaux.
  • L’époque contemporaine, depuis 1978 et la politique des Quatre Modernisations de Deng Xiaoping, ne doit pas être oubliée : tout ne remonte pas à l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012.

Concepts attendus :

  • Notion de puissance via l’imposition d’un modèle
  • Notion d’Empire du Milieu via une politique de coopérations et d’impositions
  • Notion de souveraineté via la remise en question de la dépendance vis-à-vis de la Chine

 

4/ Cadrer l’analyse du sujet en utilisant les documents d’accompagnement

Attention : les documents d’accompagnement ne sont pas une présentation exhaustive des grands thèmes liés au sujet. Ici par exemple, certains aspects du sujet sont absents. Mais ils permettent aux candidats de saisir la profondeur historique et une partie des thèmes attendus par le jury.

 

Sujet Sens pour le sujet
Doc1a Le PIB mondial depuis l’an Mil Idée de rattrapage d’une puissance affaiblie aux XIX et XXe s. Mais quid de la dépendance chinoise vis-à-vis des autres PI ?
Doc1b Le PIB par hab depuis 1700 Idée d’un lent rattrapage dans le niveau réel d’enrichissement des populations, ce qui interroge l’efficacité de la croissance chinoise.
Doc2 Exportations d’armes (2016) La Chine 1) produit des armes de qualité mondiale 2) Les vend à ses alliés en Asie mais aussi en Afrique et en Amérique latine. Cette carte interroge la qualité des alliances chinoises et celle de l’échelle de son influence mondiale réelle (faible dans les Nords).
Doc3 Carte des bases militaires (Chine Inde USA France) dans l’Océan Indien Interroge 1) la volonté chinoise d’assurer ses approvisionnements et capacités d’exportation 2) sa volonté d’assurer un leadership dans la zone indoafricaine et indopacifique 3) la capacité de limitation de cette influence par les grandes puissances (« collier de perles ») 4) la manière dont les grandes puissances aident à limiter cette puissance (liens avec l’Inde)
Doc4 Dépenses militaires chinoises 1988-2018 Montée en puissance constante des dépenses militaires chinoises, à opposer à la stagnation mondiale depuis 2008, à la limitation US depuis 2010. Question : pour quoi en faire, et à quelle échelle ?
Doc5 Texte de Pierre Grosser (2019 Modèle chinois d’influence : pax sinica contre hégémonie bienveillante US. Quelle efficacité en Asie ?
Doc6 Texte d’Antoine Bondaz (2019 Durcissement US contre l’influence économique et stratégique de la Chine. Cas des Instituts Confucius, outils d’influence économique, culturelle et géopolitique
Doc7a Photographie Armée de Mao en 1930 Faiblesse des armes, force du nombre. Maoïsme comme outil du discours de la renaissance chinoise. Mais réalité = renaissance par l’ouverture économique des années 1980.
Doc7b Photographie armée chinoise aujourd’hui Armée modernisée, armée par le nombre. Forte en quantité, mais essor technique trop récent par l’influence aéronautique, spatiale, polaire, pour évaluer sa force réelle.

 

Ces documents indiquent que le jury attend :

  • que l’on ne se cantonne pas aux questions économiques
  • que l’on mette de la longue durée dans l’analyse
  • que l’on raisonne sur les termes : « concurrent stratégique », « opérations d’influence »
  • que l’on soit capable de sortir de la lettre (positive) de la plupart des documents pour y comprendre ce qui est de l’ordre de la nuance dans la puissance ou même de la faiblesse chinoise qui se maintient malgré les chiffres ou les images.

 

Mais il vaut mieux lire ces documents en posant des questions :

  • Comment s’organise l’essor économique chinois ? La population en profite-t-elle vraiment ? Différences villes/campagnes, littoraux/intérieur, Est/Ouest.

 

  • D’où vient la puissance économique chinoise ? Des IDE ? De la capacité d’absorption des innovations ou d’innovations propres ? Maintien de l’attractivité mais forte concurrence du reste du continent (Vietnam, Philippines, Indonésie), ce qui est absent des documents d’accompagnement

 

  • Comment s’exprime la puissance géostratégique chinoise ? La question d’une armée numériquement nombreuse ni les plans massifs d’innovation (espace, polaire, intelligence artificielle) ne peut pas suffire à en expliquer aujourd’hui le maintien de la fragilité.

 

  • Une puissance repose sur une image : l’image de la Chine est ambiguë :
    • entre volonté de concurrence des Nords,
    • volonté de contrôle des routes d’approvisionnement,
    • réalité d’une grande puissance minérale et de production de masse,
    • réalité d’un syndrome obsidional à ses frontières,
    • dépendance vis-à-vis des IDE.

 

5/ Interroger et problématiser le sujet

Deux risques majeurs :

  • les documents ne sont qu’une illustration d’une partie des angles du sujet. Il faut s’en servir, sans s’en contenter (quid de l’innovation ? des IDE en Chine ou des IDE chinois hors de Chine ?)
  • il ne s’agit pas seulement d’un tableau de la puissance chinoise, mais d’une question posée à laquelle il faut répondre clairement.

Une possibilité :

  • il s’agit d’opposer les éléments d’expression et de réalité de la puissance avec toutes les limites, extérieures et intérieures, de cette puissance.

 

6/ Construire un plan

Le sujet propose deux pistes de réflexions sur lesquelles on peut s’appuyer. Il ne s’agit pas forcément de les reprendre sous forme d’un plan (ce qui n’est pas interdit), mais elles peuvent servir de point d’appui.

Il aurait été possible de mettre en évidence :

  • Le rôle régional et mondial de l’influence chinoise, inscrit dans le temps long, jusqu’à Xi Jinping et son nationalisme communiste : les transformations du modèle chinois, du territoire soumis à la création d’un modèle spécifique, et ses effets en Asie orientale et Asie de l’Est comme à ses frontières.
  • Le rapport des autorités chinoises à tout modèle extérieur, notamment occidental mais aussi japonais : imitation, modèle alternatif, influence continentale et mondiale du modèle depuis la rupture du pacte sino-soviétique et les transformations des années 1980-2000 (de l’atelier à l’usine du monde).

 

  • Une réponse claire et par échelles au sujet posé.A) A l’échelle mondiale, la Chine est un colosse fragile et concurrencé même si ses IDE sur tous les continents, par la BRI et la BAII, comme son influence dans les institutions internationales, lui donnent une stature difficile à combattre ;

    B) A l’échelle continentale, la Chine est imposante stratégiquement (Mer de Chine) et de plus en plus concurrencée économiquement (autres émergents, alliances Japon/Inde) donc joue avec son influence avec la Corée du Nord ou contre Taïwan pour être l’arbitre des tensions ;

    C) A l’échelle régionale, la Chine s’inquiète à ses frontières extérieures (Inde, Vietnam), intérieures (Xinjiang, Tibet), et impose brutalement ses lois dans les territoires qu’elle considère sous contrôle (Hong-Kong). Donc apparence colosse, réalité pieds d’argile.

 

Pour approfondir et aller plus loin

Supports de révision en Géopolitique :

ECS 1re année – Histoire Géographie Géopolitique – Comme au concours !
ECS 2e année – Histoire Géographie Géopolitique – Comme au concours !
Méthodologie de la cartographie : Le monde en cartes
Le meilleur de l’actualité 2019-2020 – Concours et examens 2020

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Vous pouvez également consulter les autres corrigés et analyses réalisées par l’équipe MyPrepa :

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