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Le Concours Corrigé : Analyse du sujet de Culture Générale HEC/EML 2020

Par 1 juillet 2020 juillet 8th, 2020 Pas de commentaires

Le sujet pour l’épreuve de Culture Générale HEC/EML du concours BCE 2020 est :

Peut-il y avoir une civilisation du désir ?

 

Spécificités de l’épreuve HEC/EML en culture générale :

Un dissertation « scolaire » doit pouvoir atteindre 14 (critères de sélection de l’EML). Les notes à partir de 15 sont réservées aux dissertations faisant preuve d’une réflexion personnelle, abstraite et complexe (critères d’HEC).

Voir l’article sur la commission du jury HEC/EML : https://www.myprepa.fr/news/prepa-hec-commission-culture-generale/

 

Analyse du sujet

Vous êtes devant votre brouillon. Les surveillants de la salle d’examen de l’épreuve de culture générale HEC / EML 2020 vous donnent le feu vert pour découvrir votre sujet.

« Peut-il y avoir une civilisation du désir ? »

Voyons ensemble comment analyser étape par étape ce sujet perturbant ! 

Étape 1 : Explorer librement le champ lexical des principaux mots-clés du sujet

La première étape que je conseille aux étudiants du module de la Dissertation Parfaite chez Myprepa, c’est de prendre 5 minutes pour « brainstormer » sur le champ lexical du sujet et de poser sur leur brouillon tous les mots et expressions que leur évoque chaque mot clé du sujet.

« Peut-il » : potentiel, télos, déterminisme, en puissance/en acte, théorie/pratique, pouvoir, existence/essence, idée/réel…

Civilisation : civilité, raffinement, exhaussement, civiliser, civil, citoyen, culture/nature, société/individu, choc des civilisations, raffinement/brutalité, barbarie, morale, progrès, naissance, vie et mort d’une civilisation…

Étape 2 : Reconnaître le type de sujet, analyser sa construction et ses différents sens

Sujet de type « peut-il y avoir » ou « peut-on » : il ne s’agit pas de répondre à la question par oui ou par non, mais de montrer pourquoi la question se pose, en quoi elle est complexe et étonnante. Le « peut-il y avoir » pose la question des conditions d’existence de l’objet auquel on s’intéresse. Ici : une civilisation du désir.

  • 1er sens : est-il possible de civiliser le désir ? c’est-à-dire aligner les buts du désir sur des buts moraux, ou encore, déterminer les moyens et les formes d’expression du désir pour qu’il soit compatible avec les formes attendues par la société (question des désirs tabous, ou des désirs socialement valorisés et valorisants…).

 

  • 2ème sens : le désir peut-il être la finalité du processus civilisationnel ? Autrement dit : est-ce que le progrès de la civilisation vise l’accroissement, l’exhaussement ou la libération du désir ?

 

  • 3ème sens : le désir est-il le moteur qui fonde la société et la culture ? est-ce notre désir qui nous rend « civilisé » c’est-à-dire nous éloigne de la barbarie, de la brutalité ? on peut arguer le contraire…

 

  • 4ème sens : de quelle civilisation singulière le désir est-il la marque ? s’il peut y avoir une civilisation du désir, cela ne veut pas forcément dire que toute civilisation procède ni ne vise le désir… de même qu’il y a une société de consommation, toutes les sociétés n’ont pas fait de la consommation un principe de fonctionnement. Il est assez facile de démontrer que les sociétés de consommation sont des sociétés du désir, et font peut-être parti d’une civilisation du désir ? Mais de quel désir parle-t’on ?

 

Étape 3 : Proposer une définition évolutive en 3 parties du concept clé 

  •  Civilisation définition 1 : Large ensemble de sociétés qui partagent des caractères culturels communs. Exemple : civilisation judéo-chrétienne, civilisation islamique, civilisation Incas etc.  Par extension, on peut évoquer ce caractère commun pour singulariser telle ou telle société, par exemple, en parlant de civilisation de la roue, on veut distinguer les sociétés qui ont non pas seulement inventé la roue comme outil, mais qui ont été fortement transformées par son utilisation massive : la construction de routes, l’uniformisation territoriale et politique que cela suppose, mais aussi et surtout, au système d’idées, aux transformations de la vision du monde qui accompagne toute innovation majeure. Tout ceci par opposition aux civilisations qui n’utilisaient pas de roues, comme les civilisations précolombiennes notamment.
    Ainsi, dans Histoire politique de la roue, Raphaël Meltz nous indique que si les Aztèques n’utilisaient pas de roues, ce n’est pas qu’ils en ignoraient l’existence, mais que cela s’opposait à leur système de croyances : « domestiquer le mouvement rotatif revient à s’opposer au sens même de la création ». Ainsi, sous cette définition une civilisation du désir serait une civilisation marquée par un rapport singulier au désir, qui en serait le socle, le moteur ou la finalité.

 

  •  Civilisation définition 2 : aspect moral : synonyme de raffinement, de progrès, la civilisation est alors vu comme un idéal à atteindre, et suppose donc un jugement de valeur. Elle est ce qui s’oppose à la barbarie (ce qui, littéralement, ne fait pas partie de la civilisation). De plus, cette aspiration morale propre à la civilisation se double d’une visée universelle : on peut alors dire par exemple que le progrès des sciences, des techniques, des arts et des lettres marque l’avancée de la civilisation. Bien sûr, il s’agira dans votre copie de déconstruire ce jugement de valeur, de mettre en lumière les postulats sur lesquels il se fonde. « Tout progrès d’un certain point de vue est une régression depuis un autre point de vue » pour paraphraser Edgar Morin. Une civilisation du désir sera alors un état, une façon jugée supérieure de désirer. Mais supérieure selon quelle vision du monde ? Selon quels critères moraux ?
    Un désir civilisé, domestiqué, peut être vu comme un désir plus sage, plus noble, par opposition à un état naturel, voire animal du désir si (tant est que cela existe) … On voit donc ici par exemple que l’on analyse le désir au prisme d’une morale qui juge la culture supérieure à la nature, le polissé supérieur au brut, le raisonné supérieur au spontané etc. C’est tout à fait discutable et il faut en discuter. Cette prise de recul est un objectif majeur de la dissertation !
    Point sur un concept majeur : « L’énantiodromie » : vouloir civiliser le désir, c’est se placer comme on l’a vu dans la perspective d’une morale qui valorise le culturel face au naturel, qui prône le pouvoir qu’a l’Homme de dominer ses affects. Or, on constate dans de nombreuses œuvres littéraires, à commencer par les tragédies grecques, que chercher à s’extraire de la volonté des dieux et du destin qu’ils ont conçu pour nous, c’est prendre le risque de précipiter ce destin funeste. Changer, dénaturer le désir comporte alors un risque d’énantiodromie, terme que la psychologie emploie pour désigner « ce qui court en sens contraire » et particulièrement la position de celui qui, par ses efforts déployés afin d’éviter une situation, précipite cette situation. L’idée ici c’est que si l’on pense que le désir est par nature violent, ou amène l’Homme a toujours plus de souffrance, alors on va chercher à le dénaturer, ce qui conduit soit à la frustration, à l’aliénation de nos désirs propres, et ainsi, génère peut-être davantage de souffrances, de frustrations, et de violences…

 

  •  Civilisation définition 3 : Processus de transformation qui concerne simultanément les sociétés, les individus et les cultures qu’elle englobe. Cette troisième définition est une conséquence de la seconde car la notion de progrès suppose une évolution orientée vers un idéal. La définition de civilisation en tant que processus insiste donc sur les transformations, la naissance, la vie (et la mort ?) de la dynamique qui aggrège les sociétés civilisées. Or, le désir est lui-même un processus productif selon Deleuze dans l’Anti-Oeudipe : il est la convergence de forces de nature différentes sur un même plan, sans termes ni buts fixes : en un mot, il est toujours créateur de sa propre finalité et des moyens pour l’atteindre. Il y a là un parallèle fécond à faire en troisième partie. On posera alors l’hypothèse que le désir est un moteur fondamental de la civilisation en cela qu’il est une force créatrice, qui se réinvente, s’approfondit sans cesse. Dès lors, il ne s’agit plus de vouloir « civiliser le désir » mais au contraire de le libérer, d’en accompagner le cours pour faire vivre le potentiel de civilisation qui est la matière même du désir. (on reprend ici la distinction aristotélicienne entre matière et forme).

Nota bene important pour l’analyse du sujet : préciser les différences entre culture, société et civilisation.

La copie du candidat qui aura su faire apparaître les nuances entre ces termes voisins mais distincts se démarquera par sa précision et la profondeur de son analyse.

Avec le concept de culture, qui s’oppose classiquement à celui de nature, on comprend très largement tous les phénomènes sociaux (us et coutumes, langues, tabous, jugements de valeurs, habitudes d’une société, lois, système politique) et les produits (arts, religieux, moraux, esthétiques, scientifiques, techniques…) émergents d’une société donnée.
La civilisation transcende la culture, elle l’intègre, mais s’en distingue par sa visée universelle et le jugement de valeur (notion de progrès) qu’elle suggère en tant que processus déterminé.

Quant à la société, elle est un sous-groupe, qui peut être inclus ou non dans une civilisation, et se définit avant tout comme un ensemble d’individus liés par une organisation commune, politique, culturelle… Contrairement à la civilisation, il n’y a là aucun jugement de valeur et aucune référence à un sens du progrès. Ainsi, quand on parle de société de consommation, c’est simplement pour constater le fait que le fonctionnement de telle société est régi par les lois du marché. En revanche, quand Fernand Braudel parle de la « civilisation matérielle » il qualifie l’apogée de la philosophie matérialiste qui se traduit par l’expansion généralisé de l’organisation capitaliste des sociétés. La société de consommation serait donc un phénomène de la civilisation matérielle.

Étape 4 : la problématique

Il s’agit là de formuler, idéalement en une seule question une synthèse des tensions que l’on a identifié. Pour cela, il faut garder en tête la finalité de notre argumentation, et donc la thèse de notre partie 3. Elle doit reprendre les éléments clés des définitions explorées lors de notre analyse. Ainsi, poser la problématique est une invitation à suivre un chemin de pensée sensé et dirigé vers une finalité : ouvrir le sujet en reconstruisant une définition complexe de la civilisation du désir.

Écueils fréquents, à éviter à tout prix :

 

  •  Ne pas reprendre les mots clés du sujet dans la problématique – risque de hors-sujet

 

  •  Choisir une problématique trop restreinte, qui ne s’attache qu’à un seul aspect du sujet – risque de mutiler le sujet

 

  • Utiliser des concepts qui n’ont pas été définis en introduction – donne l’impression d’une réflexion déconnectée du sujet (ou que l’on tente de répliquer une problématique apprise à l’avance)

Nota sur la nécessité de synthétiser la problématique en une seule question : Il est possible de transiger à cette règle et j’ai parfois vu des copies notées 20/20 aux concours avec une problématique formulée en 2 questions, mais je pense qu’il vaut mieux éviter les questions en cascade au risque de ne pas donner un axe clair pour le développement de l’argumentation.

Proposition de problématique


Sous quelles conditions peut-on déterminer la puissance de notre désir à devenir, en acte, cette force universelle d’exhaussement collectif de notre humanité, inhérente au processus civilisationnel ?


– En posant la question des conditions, on prend d’emblée le parti que la réponse est oui. Ce genre de problématique suppose également une introduction qui a explicité les concepts de déterminisme, de puissance et d’acte, et qui a définit la civilisation comme processus, comme on l’a fait ici dans l’étape 3.

Votre capacité à articuler ces enjeux atour d’un fil rouge et de les illustrer par les bonnes références tient directement à votre préparation durant l’année. Sur ce point, les étudiants chez MyPrepa bénéficient d’une méthode de travail atypique que l’on nomme « la Dissertation Parfaite », que vous pouvez découvrir en cliquant ici : La méthode de la Dissertation Parfaite pour réussir l’épreuve de culture générale

Je vous souhaite un bon courage pour les épreuves de la BCE, dont vous retrouverez le corrigé sur Myprepa News !

 

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