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Les anthropométries de Klein

Par 23 février 2018 août 23rd, 2019 Pas de commentaires

 

Eléments généraux

Yves Klein est l’une des figures proéminentes des avant-gardes du XXème siècle. Son œuvre abondante ne fut réalisée qu’en huit années. Klein fut le penseur de la dynamicité interne dans un dispositif artiste-outil-œuvre. Sa série d’anthropométries (cf. vidéo) prolonge en la repensant l’entreprise des monochromes bleus (célèbre International Klein Blue – IKB).

http://artsplastiqueslcf.blogspot.fr/2014/01/histoire-des-arts-yves-klein.html

Les anthropométries ou le corps comme empreinte

Dans cette série d’œuvres, c’est tout d’abord une réflexion sur le geste qui est engagée. Le geste même, l’imposition du corps sur le toile constitue l’œuvre. Il ne s’agit plus de représenter le geste de l’artiste comme c’est le cas chez Pollock mais de faire de l’œuvre le geste lui-même.

En ce sens, la création de l’œuvre est elle-même déjà une œuvre d’art performative qui place ce geste en son cœur. Klein crée une chorégraphique complexe qui relève du ballet et qu’accompagne sa Symphonie Monotone-Silence. Dans cette œuvre qui crée l’œuvre, le dispositif pictural est réorganisé. L’artiste n’est plus un intermédiaire entre le modèle et l’œuvre ; plutôt, celui-ci supervise l’impression directe du modèle dans l’œuvre. L’artiste ne peut contrôler que de loin la création qui est elle-même le site d’une libération du corps et de ses gestes. L’œil, la subjectivité de l’artiste s’effacent devant la pure présence matérielle du corps lui-même. Ce projet n’est pas sans rappeler l’entreprise d’Antonin Artaud au théâtre, et son désir de tirer de l’événement matériel toutes ses conséquences affectives et artistiques.

Plus profondément, ces modèles – ce que Klein nommait ses « pinceaux humains » – fixent sur la toile des « états-moments de la chair ». A mesure que le corps roule sur la toile et y dépose son empreinte bleutée, l’œuvre devient le lieu d’une surimposition de différents moments du corps. Ces états-moments se superposent et font naître dans l’œuvre la temporalité propre au corps. A cette superposition picturale des instants du corps répond le dispositif performance-toile, duo mis en écho par la symphonie dans laquelle succède un long silence à une note monotone. La performance crée la toile tandis que la toile recrée la présence et la temporalité propres au corps et à la performance qui a été exécutée. Klein explore donc le dialogue entre l’événement et sa trace, entre la vie du corps et sa mémoire.

L’empreinte est le genre artistique le plus ancien que nous connaissons, et c’est bien sa matérialité archaïque, préhistorique, que Klein donne à voir. Ici, l’empreinte joue entre sa présence en ce que la toile est le modèle, et son absence, ou plutôt rappel dont elle est l’occasion en tant qu’elle représente et fait rejouer la performance. Dans les intervalles de ce mouvement entre acte créateur et œuvre, entre temporalité du geste et éternité de la création et entre musique et silence se déploie l’existence humaine elle-même en tant que liberté du corps.

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