Géopolitique

Les Etats-Unis à l’aube du XXe siècle : la montée d’une puissance

Par 4 janvier 2020 janvier 9th, 2020 Pas de commentaires

Pendant que l’Europe dominante s’apprête à entamer la Première Guerre mondiale et à se déchirer, forte de ses atouts, de son économie et de ses ambitions géopolitiques, une jeune puissance se construit outre-Atlantique : les Etats-Unis d’Amérique.

Des atouts prépondérants

Le territoire

Le territoire constitue le premier atout de la nation américaine. La conquête de l’Ouest, que les pionniers achèvent dans les années 1890, offre le contrôle d’un espace de 9 millions de kilomètres carrés, riche en ressources naturelles diverses. Charbon, pétrole (Edwin Drake réalise la 1ère extraction de pétrole en Pennsylvanie dès 1859), ressources minières (réserves en or dans l’Ouest)… l’espace américain se révèle être une corne d’abondance. La situation du territoire américain s’avère, de surcroît, particulièrement propice au commerce et à l’exercice de la puissance militaire – nous y reviendrons plus tard. Celui-ci dispose en effet de 3 façades maritimes (façades pacifique et atlantique, ainsi que la façade caribéenne).

Le dynamisme démographique

A l’immensité, à la richesse et à la disposition de l’espace américain s’ajoute un peuplement dynamique. Nombreux sont les émigrés d’Europe occidentale à la recherche d’une nouvelle vie ou fuyant la persécution politique ou religieuse. Ces émigrés, essentiellement d’origines italienne, irlandaise et de confession juive, forment une population multiculturelle, ce qui amène l’écrivain britannique, Israël Zangwill (lui-même immigré juif), à utiliser l’image du melting pot.

Une économie florissante

Alors que le foyer de la 1ère Révolution Industrielle se trouvait en Grande-Bretagne, celui de la 2e se situe en Allemagne (autour du bassin de la Ruhr) mais aussi aux Etats-Unis. C’est bien en Amérique qu’un capitalisme innovant se développe. Il est porté par des entrepreneurs emblématiques comme Henry Ford. Ce dernier fonde l’entreprise qui porte son nom dès 1903 ; c’est un pionnier de l’industrie automobile puisque c’est dans une usine Ford, à Detroit, qu’est assemblée la première automobile, la Ford T, en 1913. Se développe dans ces usines américaines de nouvelles méthodes de travail. Dans un ouvrage paru en 1911 et intitulé The Principles of Scientific Management, l’ingénieur Frederick Winslow Taylor théorise l’organisation scientifique du travail (OST). Ce qui s’appelle désormais le taylorisme consiste en un émiettement du travail de l’ouvrier et en sa spécialisation sur une tâche. Ces méthodes rationnelles du travail génèrent ainsi des gains de productivité considérables. Au taylorisme s’associe ensuite le fordisme (innovation d’Henry Ford), qui permet à l’ouvrier d’avoir les moyens financiers de consommer ce qu’il produit grâce à une augmentation des salaires (d’où le concept de tayloro-fordisme). Le début du XXe siècle est également l’époque des Carnegie, Morgan et Rockefeller, surnommés les self-made men car ils ont connu une ascension sociale et professionnelle fulgurante. Le mythe des self-made men nourrit dès lors l’idée du rêve américain. Dans l’imaginaire collectif, l’Amérique est un eldorado, une terre d’opportunités.

Les premières pulsions impérialistes

Motivés notamment par l’argument idéologique (la Destinée Manifeste) et par la volonté de trouver de nouveaux débouchés commerciaux, les Etats-Unis font montre au début du XXe siècle de leurs premières pulsions impérialistes. Celles-ci se concentrent autour du bassin caribéen et du Pacifique.

Le Président Theodore Roosevelt symbolise cette 1ère manifestation de la puissance américaine à l’extérieur de son territoire. Son corollaire (le corollaire Roosevelt) de 1903 signe une relecture de la Doctrine Monroe de 1823 (du nom du Président James Monroe). A l’indépendance des peuples américains vis-à-vis des colons européens clamé par Monroe (« L’Amérique aux Américains ») s’ajoute l’impérialisme. A présent, Washington s’octroie le droit d’intervenir dans les affaires des pays d’Amérique centrale et du Sud pour y rétablir l’ordre. Sous Theodore Roosevelt, on parle ainsi de Big Stick Policy (la politique du gros bâton) : on n’hésite plus à user de la force au-delà de ses frontières. L’un des exemples emblématiques de cette politique est l’Amendement Platt (la Enmienda Platt) de 1901. Ce texte stipule clairement que les Etats-Unis disposent du droit d’ingérence à Cuba.

C’est également à cette époque que les Etats-Unis décident de se rendre maîtres des océans et des mers. Ce désir de puissance trouve sa formulation dans l’ouvrage d’AT Mahan, The Influence of Sea Power Upon History. L’amiral Mahan y explique, en 1890, que la force navale constitue un prérequis à l’hégémonie militaire américaine. Un géant militaire est sur le point de naître.

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Du fait de sa jeunesse, le peuple américain est, au début du XXe siècle, à la recherche de forces qui l’entraînent vers la même direction, qui font de lui une nation.

La Destinée Manifeste est une de ces forces. Décrite au milieu du XIXe siècle par le journaliste et politicien John O’Sullivan, la Destinée manifeste confère aux Américains une mission divine, celle de civiliser l’Ouest du continent, d’y apporter la lumière et la démocratie. En cela, elle est l’héritière d’une idée développée dès le XVIIe siècle par John Winthrop qui reprenait une image biblique. Ceux qui ont quitté l’Europe ont un devoir d’exemplarité, ils doivent se tenir comme une cité au sommet d’une colline (A City Upon a Hill).

En plus de fédérer les Américains, ces forces fascinent les autres peuples. Dans Facundo. Civilización y barbarie, l’homme d’Etat argentin Domingo Faustino Sarmiento rapporte, après un voyage aux Etats-Unis, son admiration pour ce jeune pays mû par des principes démocratiques qui contredisent la barbarie et les dictatures que subit l’Amérique du Sud.

A retenir : les dates des premières pulsions impérialistes américaines

1895 Annexion de l’île de Hawaii et libération de Cuba suite à la révolte contre le colon espagnol.

1898 Les Etats-Unis chassent de nouveau les Espagnols cette fois-ci des Philippines, de Guam (qui abrite aujourd’hui une base militaire américaine stratégique dans l’Ouest du Pacifique) et de Porto Rico. Ces territoires passent alors sous le contrôle de l’« Oncle Sam ».

1901 L’Amendement Platt reconnait le droit d’ingérence des Etats-Unis à Cuba.

1903 Date du discours de Theodore Roosevelt annonçant le corollaire portant son nom.

1909 Le Président William Howard Taft amorce sa « diplomatie du dollar ». Washington utilise ses investissements en Amérique latine et en Asie de l’Est comme levier d’influence sur ces régions

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