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Mémoire et littérature, l’exemple de Farenheit 451

Par 16 juillet 2018 août 20th, 2019 Pas de commentaires

Le pouvoir de la mémoire

L’ouvrage Farenheit 451 peut faire office de référence pour aborder le sujet de la mémoire et la littérature. La dystopie (récit d’une contre-utopie) de Ray Bradbury publiée en 1953 et adaptée en film par François Truffaut aborde jusqu’où peut aller le pouvoir de la mémoire. Le titre fait référence à la température à laquelle un livre se consume, en référence au métier du héros, Guy Montag, chargé de brûler les livres qu’il trouve sur son passage.

Dans une société où détenir un livre est un délit, Montag fait connaissance avec un groupe de marginaux qui s’emploie à apprendre le contenu des livres avant de les brûler pour échapper aux arrestations. Granger, le chef du groupe détaille ainsi leur mode opératoire : « Nous lisons les livres et les brûlons, de peur qu’on les découvre ». Ce projet est vite considéré comme le plus simple et surtout le plus sûr, toujours selon Granger : « Les microfilms n’étaient pas rentables, nous n’arrêtions pas de nous déplacer, pas question d’enterrer les films pour revenir les chercher plus tard. Toujours le risque qu’on en tombe dessus. Le mieux est de tout garder dans nos petites têtes, où personne ne peut savoir ni soupçonner ce qui s’y trouve ».

Une minorité déterminée et puissante

Le procédé est pour ainsi dire à la fois simple à imaginer et complexe à mettre en œuvre. Granger et sa communauté, tout en restant lucides sur le devenir de leur entreprise : « Nous constituons la petite minorité qui crie dans le désert », espèrent être utiles tôt ou tard à l’humanité : « Nous transmettrons les livres à nos enfants, oralement, et les laisserons rendre à leur tour ce service aux autres ».

L’objectif final, une fois la guerre terminée, est de réécrire les livres en faisant réciter leur contenu par ceux qui les auront retenus. Granger a également conscience du caractère fragmentaire de la mémoire et parfois de son manque de fiabilité : « beaucoup de choses seront perdues, naturellement ». Les livres sont généralement retenus par bribes, chaque personne ayant à apprendre un chapitre ou une partie : « Prenez cette bourgade, à peu de chose près, et tournez les pages, tant de pages par habitant ». Face à une tâche aussi immense, Granger sait faire preuve d’une humilité sans pareille : « Nous ne sommes que des couvre-livres, rien d’autre ».

Mémoire, trace et combat

La mémoire pourrait ici être également associée à la terre. En effet, Granger associe les deux en évoquant un aïeul : « Mon grand-père est mort depuis bien longtemps, mais si vous souleviez ma calotte crânienne, dans les circonvolutions de mon cerveau, vous verriez l’empreinte profonde de ses pouces. Il m’a touché à jamais. Comme je vous l’ai dit il était sculpteur. » A l’image de l’empreinte du sculpteur dans la terre, la mémoire laisse sa trace sur l’homme.

L’ouvrage peut se lire également comme la dénonciation de la paresse intellectuelle. Mémoriser demande un effort, apparemment incompatible avec une société valorisant uniquement le loisir et le divertissement. Mais une société qui perd sa mémoire et sa réflexion est vouée à se perdre elle-même. Face à la crise culturelle, il appartient à chacun d’entrer en résistance en se cultivant, en se servant de son propre entendement et en transmettant ses savoirs.

En Résumé :

Farenheit 451, la dystopie de Ray Bradbury publiée en 1953, fait de la mémoire un moyen de lutte contre les dérives totalitaires de notre société contemporaine. Face à la destruction des livres, un groupe entreprend une résistance inédite en mémorisant les ouvrages avant de les brûler, afin de pouvoir les dicter en vue d’une réimpression future. Bien que parcellaire et probablement lacunaire, cette mémorisation se veut discrète et certainement plus efficace que n’importe quel archivage, toute preuve étant ici vouée à la destruction. Ce projet qui trouve une continuité via la transmission orale aux générations suivantes suscite un espoir immense, en même temps qu’il invite à combattre la paresse intellectuelle.

Pour aller plus loin :

La mémoire peut-elle sauver le monde ?

Sources :

Farenheit 451, Ray Bradbury, Folio SF, 2011. Citations p. 216 à 226 http://lirsa.cnam.fr/medias/fichier/bradburyfahrenheit451_1393858403737-pdf

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