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Merleau-Ponty : de l’œil à l’œuvre

Par 18 avril 2018 août 20th, 2019 Pas de commentaires

Eléments généraux

Dans L’œil et l’esprit, qui est son dernier écrit, Maurice Merleau-Ponty pense le problème du corps, et en particulier celui de la vision, dans la perspective d’une phénoménologie tournée vers l’esthétique. Rejetant l’intellectualisme cartésien et la pure matérialité de la perception, Merleau-Ponty pense une subjectivité de la chair de laquelle naît l’œuvre d’art.

De l’œil à l’œuvre

L’esprit, seul, ne pourrait peindre, il a besoin du corps opérant. Ce corps opérant connaît intuitivement le réel ; Michel Henry rappelle cette dimension originaire du corps : « Nous n’attendons pas d’avoir lu les derniers ouvrages de biologie pour courir, sauter, marcher ou lever le bras, et si nous nous adonnons à de telles lectures, rien ne sera pourtant changé à nos pouvoirs primitifs : car rien n’est plus inopérant que la science à l’égard de notre conduite comme à l’égard du savoir primordial que celle-ci présuppose toujours ». Le savoir primordial du corps et sa primauté sur la connaissance biologique impliquent qu’il est le lieu d’une expérience transcendantale de la subjectivité elle-même : « l’être phénoménologique, c’est-à-dire originaire, réel et absolu, du corps est ainsi un être subjectif ».

Merleau-Ponty soulève un paradoxe : l’œil suit l’objet et voit, mais le corps est lui-même mobile et visible ; en voyant, il se place lui-même dans l’ordre des choses. C’est l’expérience de la profondeur qui dévoile que la perception n’est pas pure matérialité mais dénote une appartenance au monde. Les systèmes d’échanges (voyant-vu) posent la difficulté de la peinture elle-même, « ils illustrent l’énigme du corps et elle les justifie. Puisque les choses et mon corps sont faits de la même étoffe, il faut que sa vision se fasse de quelque manière en elles, ou encore que leur visibilité manifeste se double en lui d’une visibilité secrète ». Merleau-Ponty rejette le cartésianisme qui place sous la réalité une idéalité intellectuelle : Descartes n’a pas vu que la vision est aussi permise par l’être-au-monde du sujet.

« Qualité, lumière, couleur, profondeur, qui sont là-bas devant nous, n’y sont que parce qu’elles éveillent un écho dans notre corps, parce qu’il leur fait accueil ». Puisqu’il est de l’ordre de ces choses, l’œil peut voir leur vérité et l’artiste peut la tracer. L’œuvre n’est, en ce sens, pas une reproduction ou un emprunt de la réalité qui fait signe vers l’idée. Bien plutôt, elle accompagne l’intériorité de la réalité que le regard accueille (« toute l’affaire est de comprendre que nos yeux de chair sont déjà beaucoup plus que des récepteurs pour les lumières, les couleurs et les lignes : des computeurs du monde, qui ont le don du visible »). La vision travaillée dans la peinture est l’expression du jeu entre le corps et la réalité de laquelle lui-même participe. Mais cette œuvre n’est pas une subjectivité absolue puisque précisément la vision suppose une réceptivité originaire à l’Être dévoilée.

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