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Michel Foucault – Les corps dociles

Par 21 mars 2018 août 20th, 2019 Pas de commentaires

Eléments généraux

Surveiller et Punir, s’ouvre avec la comparaison entre le supplice de Damiens (1757), dévoilant la puissance éclatante du souverain sur le corps du condamné dans une violence hyperbolique, et l’emploi du temps de la Maison des jeunes détenus à Paris (1838). Foucault décrit les évolutions du traitement des corps par le système pénal qui se constitue à partir du XVIIIème siècle. Là où le corps était objet du châtiment, il devient un intermédiaire (« utopie de la pudeur judiciaire : ôter l’existence en évitant de sentir le mal ») pour atteindre l’âme du criminel, qui devient du même coup un délinquant (caractérisé davantage par sa vie que par son acte). Au caractère spectaculaire du châtiment public dans lequel la souffrance physique participe du cérémonial judiciaire, se substitue un appareil complexe de redressement psychologique. Le passage d’un régime de vengeance, excessif mais lacunaire, à un système d’accompagnement et de surveillance du condamné, favorisant un quadrillage serré de la vie des corps, s’explique moins par une humanisation des peines que par l’objectif de sanctionner les délits de fraude – moins graves mais nuisibles au capitalisme florissant – et de rééduquer les sujets en vue d’une réinsertion dans le dispositif économique.

Foucault consacre la troisième partie de son ouvrage à la discipline ; son objectif est de créer des corps dociles.

Les corps dociles

La discipline en vue des corps dociles représente un modèle qui se déploie dans l’école, l’atelier, l’hôpital, la prison. Celle-ci répond à trois critères : le moindre coût (économique et politique en ce qu’il rend le pouvoir discret), extension à l’intégralité du corps social, utilité.

La discipline met en œuvre un quadrillage fonctionnel d’autant plus efficace qu’il est associé à un appareil de surveillance (progrès des élèves, qualité du travail des ouvriers, état des malades). Le panoptique1 benthamien en est la traduction architecturale : dans cet aménagement est « induit chez le détenu un état conscient et permanent de visibilité qui assure le fonctionnement automatique du pouvoir » ; l’exercice du pouvoir devient incorporel. La discipline hérite des ordres religieux le contrôle de l’activité consacré par la rédaction de programmes. Ce contrôle est essentiellement contrôle du corps dans le geste qui exploite exhaustivement le corps dans la tâche, notamment lorsqu’il est associé à l’objet : « la discipline définit chacun des rapports que le corps doit entretenir avec l’objet qu’il manipule » (Foucault utilise notamment l’exemple de la codification des gestes pour utiliser un fusil, créant un complexe corps-instrument).

L’aménagement spatial et la codification précise des gestes, répondant à une répétitivité des tâches, favorisent la surveillance et permettent au pouvoir d’intervenir en sanctionnant ou en félicitant dans un horizon de progrès. Dans cette création d’un système serré de surveillance des corps, pouvoir et savoir s’augmentent l’un l’autre. Ce traitement des corps permet une évolution du pouvoir qui ne s’applique plus de l’extérieur mais se trouve toujours déjà présent au sein de la fonction dont il promet de favoriser l’efficacité. La discipline devient technique du pouvoir sur les corps.

  1. « A la périphérie un bâtiment en anneau ; au centre, une tour ; celle-ci est percée de larges fenêtres qui ouvrent sur la face intérieure de l’anneau ; le bâtiment périphérique est divisé en cellules, dont chacune traverse toute l’épaisseur du bâtiment ; elles ont deux fenêtres, l’une vers l’intérieur, correspondant aux fenêtres de la tour ; l’autre donnant sur l’extérieur, permet à la lumière de traverser la cellule de part en part » ; les prisonniers ne peuvent voir ce qui se passe dans la tour, et ne savent pas si et quand ils sont surveillés, dans une dissymétrie absolue du regard. Nouvelle économie du pouvoir qui tend précisément à l’optimisation des moyens mis en œuvre et des coûts. Bentham imaginait déployer ce modèle pour l’école, l’usine, l’hôpital. »

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