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Moyen Orient: entre révolutions et réformes, contestations et attentes grandioses, un espace mouvant

Par 2 septembre 2019 septembre 4th, 2019 Pas de commentaires

Qu’est ce que le Moyen Orient? Le Middle-East tel défini par Alfred Mahan au début du XXème siècle (territoires situés entre la Méditerranée, les Indes Britanniques et l’Asie Orientale)?Le Machrek, le Levant? La Péninsule Arabique? Le Maghreb? Si l’on se tient au concept émergent de Greater Middle East datant des années 2000, Le Grand Moyen Orient ou le Moyen Orient tout simplement correspondrait au territoire s’étendant du Maroc jusqu’à l’Afghanistan.

Greater Middle East

Souvent broyé dans une histoire tumultueuse, le Moyen Orient semblerait être le lieu par excellence de la révolution. Celle-ci est aussi bien intellectuelle, économique, sociale que digitale. Mais quelle est cette révolution? Qu’est ce que la révolution? Une recherche d’un nouvel ordre?

En astronomie, la révolution signifie le mouvement d’un astre qui revient à son point de départ après avoir tourné autour d’un autre astre. Un retour vers le point d’origine? Ou serait-ce une forme d’évolution des opinions et des courants de pensée? Le Moyen Orient chercherait-il à revenir vers un point d’origine ou chercherait-il justement à s’en éloigner afin de transformer de manière profonde sa société?

ZOOM: Iran, pays dont les révolutions oscillent entre développement et modernisation, et retour en arrière

La volonté de faire son histoire et prendre son destin en main semblerait être inscrite dans l’histoire du Moyen Orient. En effet, maintes dirigeants viennent au pouvoir dans le but de mener une révolution, afin de changer de manière durable le système économico-politique régnant. Ceci se manifeste notamment avec la Révolution Iranienne de 1979. Dans le cas de cette dernière, nous pouvons comprendre en cette révolution une qui mène au point de départ : c’est-à-dire créer un islam politique. Sous couvert de lutter contre l’autoritarisme mis en place par le régime du Shah Reza Pahlavi (notamment avec la police politique Savak), Khomeini prononce qu’une nouvelle ère va commencer. Loin d’être nouvelle, celle-ci s’inscrit dans la négation des libertés individuelles telles promises. Bien que tout ne soit pas du même ordre, nous pouvons établir une forme d’analogie entre la révolution iranienne et la révolution française de 1789. De nombreuses crises ont en effet préparé la révolution française, provoquant un soulèvement incontestable. De manière parallèle, ceci se produisit en Iran dès 1953. En effet, le coup contre le premier ministre Moussadek (a mis fin à un monopole de 40 ans: Anglo-Iranian Oil Company) en 1953 donna libre cours aux contestations citoyennes à l’égard du shah. De nombreuses manifestations ravagèrent le pays en 1963 (contre la Révolution Blanche inaugurée par Pahlavi en 1960). Tout comme les suites de la révolution française (Napoléon Bonaparte sacré empereur en 1804), la révolution iranienne n’eût pas le succès escompté. Elle se solda par la mise en place d’une théocratie particulièrement répressive.

En revanche, nous pouvons opposer à cette dernière la révolution iranienne dite des oeufs de décembre 2017. La révolution des oeufs trouve son origine dans l’augmentation faramineuse du prix des oeufs et du pétrole. Un mouvement contestataire commence le 28 décembre 2017 en Iran. Les individus dénoncent le bras de fer avec lequel ils sont gouvernés, et bien évidemment ils demandent plus de libertés.

Cette révolution souligne le ras-le-bol généralisé dans un pays où l’inflation atteint 10% (décembre 2017), le chômage des jeunes de moins de 25 ans, 28%. Les contestations, en revanche, ne se limitent pas uniquement aux faits divers de l’économie iranienne, mais aussi des dépenses militaires jugées farfelues par les citoyens: financement du Hezbollah (des slogans brandissent “Mort au Hezbollah”), intervention au Yémen….

Tous ces points démontrent bien que le discret printemps de l’Iran est bel et bien une révolte du peuple. On peut parler de révolution car la révolution des oeufs n’est pas une simple opposition au régime, mais elle témoigne de la volonté de faire autrement (culte des libertés individuelles, des démocraties représentatives dans le monde…).

Les mouvements contestataires, volontés de changement=> caractéristique du Moyen-Orient: aperçu des Printemps Arabes (ZOOM)

Les origines et raisons du mouvement:

 

Cette idée se retrouve notamment dans les Printemps Arabes de 2011. Ce mouvement contestataire prend racine dans un contexte d’une mauvaise conjoncture économique. En effet, d’après la figure 2, 2011 correspond à l’année où il y a une flambée des prix alimentaires. Par exemple, l’indice du sucre passe de l’indice 225 en mi 2010 à 425 en début 2011. (Il est intéressant de voir que ce fut le même cas avant la Révolution Française, avec l’augmentation du  prix du pain).

De manière assez incontestée, nous pouvons dire que les Printemps Arabes ont pour origine une crise économique et sociale. Ceci est particulièrement souligné par l’histoire du jeune Tarek Bouazzi, vendeur de fruits des quatre saisons. Ayant aucune autorisation officielle pour mener son activité, il se retrouve contraint à verser des pots de vin. Le 17 décembre 2010, sa charrette et sa balance lui sont confisquées. Son immolation, le 17 décembre 2010, ouvre la voie à la grande révolution qui va bouleverser le Moyen Orient. Le pays fait face à une situation économique dramatique: le chômage des jeunes atteint 30%, les détenteurs de diplômes universitaires peinent à trouver un emploi… Ben Ali est au pouvoir depuis 1987. Au lieu de promouvoir la démocratie dans son pays (tel promis dans sa première campagne présidentielle), il a contribué à la concentration du pouvoir. En effet, en 1989, le seul nom valide sur le bulletin de vote est celui de Zine El Abidine Ben Ali.

L’étendue et la portée des Printemps Arabes:

Il s’agit ici d’une vague révolutionnaire d’une ampleur jusque-là inconnue par le Moyen Orient (6 pays sont touchés par la vague révolutionnaire: Tunisie, Libye, Egypte, Bahrein, Yémen, Syrie). C’est pour cette raison que nous pouvons établir un parallèle avec le Printemps des Peuples de 1848. Bien que les printemps arabes se déroulèrent dès décembre 2010, la dénomination est un clin d’oeil aux Printemps des Peuples Européens. Ce mouvement révolutionnaire est mené pour obtenir plus de libertés individuelles et politiques.  La révolution de 1848 s’inspire de la Révolution Française et des grands principes de 1789 et donc du libéralisme naissant qui s’exprime en Europe. En 2011, la révolution arabe loin d’être anachronique, s’inscrit dans une ère digitale, où les réseaux sociaux ne font que gagner en importance.

La révolution à l’heure du digital

Face à un régime qui a fait son temps (Hosni Moubarak fût à la tête de l’Egypte depuis 1981), le peuple égyptien s’est insurgé dans le but de favoriser la mise en place d’une démocratie.L’internet et les réseaux sociaux ont constitué un moyen efficace afin de donner un nouveau souffle à la démocratie. La révolution des Printemps Arabes, contrairement aux autres révolutions précédentes (Révolution de Couleurs en Europe Orientale) constitue un tournant dans l’organisation des manifestations. Le digital joue dorénavant un rôle inédit.

Hosni Moubarak coupe totalement l’accès au réseau pour les 9/10 des 23 millions d’internautes égyptiens. Cette coupure n’empêche pas sa chute. Au contraire, il semblerait que cette dernière l’accélère. Selon les dires de Divina Frau-Meigs, la révolution en Egypte témoigne de fait que  “@ a fait chuter pharaon”. Cette réflexion s’avère particulièrement intéressante car elle montre à quel point l’invention récente d’Internet (1989 au CERN (Genève, Suisse)) a pu révolutionner le monde et remettre en cause les fondements même de l’Egypte, d’où la notion même de pharaon.

Conclusion

En guise de conclusion, nous pouvons voir que la révolution semble être une caractéristique inhérente à la vie du Moyen Orient depuis au moins 30 années. Nous pouvons voir en la révolution un accélérateur de l’histoire. (Lénine “guerre accélérateur de l’histoire”). En effet, depuis la fin des Printemps Arabes en 2011, nous pouvons voir la Tunisie plonger dans une nouvelle ère, celle où la démocratie a un peu plus de sens, où le pluralisme politique a sa place. Bien que les manifestations de décembre 2017 démontrent un mécontentement lancinant, la Tunisie semble être le laboratoire où la démocratie a le plus fait ses preuves dans la région moyen-orientale. La révolution est loin de prendre fin dans cette région.Comme l’a démontrée l’histoire de France, la Révolution Française s’est de peu suivie des Printemps des Peuples en 1848,et maintes autres. La révolution peut donc d’emblée sembler essentielle pour un meilleur développement de cette zone et surtout une meilleure intégration de cette zone géographique dans le nouvel ordre mondial.

PS: Je me suis essentiellement concentrée sur la révolution d’ordre politique mais celle si est aussi:

  • civilisationnelle (invention de l’écriture -3500 ans en Mésopotamie (du côté de l’Irak actuel)
  • démographique: le Maghreb et le Moyen Orient représentent 7% de la population mondiale, d’ici 2050 les pronostics annoncent un bouleversement considérable

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