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Auguste Comte : créateur du positivisme

Par 3 décembre 2018 août 20th, 2019 Pas de commentaires

Selon Raymond Aron, « Montesquieu part de la diversité et arrive, non sans peine, à l’unité humaine. Auguste Comte au contraire est d’abord et avant tout le sociologue de l’unité humaine et sociale, de l’unité de l’histoire humaine ».

On a coutume de réduire l’œuvre de Comte à la célèbre loi des trois états (théologique, métaphysique et positif). Mais sa pensée est extrêmement dense et ambitieuse. Observant dans un premier temps la mutation industrielle que vit la société française au début du XIXème siècle, le jeune Comte pense alors que cette transition marque la mort d’une société théologique et une réforme intellectuelle en faveur de la démarche scientifique, qu’il admire, en brillant et fidèle polytechnicien. C’est d’ailleurs à partir d’une classification des sciences et de la loi des trois états qu’il décrira les traits caractéristiques de ce qu’il pensera être la science positive de la société : la fameuse physique sociale, assimilable à la sociologie. Cette démarche a un objectif, englober l’histoire de l’espèce humaine et montrer son unité, laquelle peut, selon Aron, se présenter sous trois formes : l’exemplarité de l’évolution occidentale, le positivisme et l’épanouissement de la nature humaine. A la différence de Montesquieu et Tocqueville qui placent la chose politique au centre de leur analyse, ou de Marx qui voit dans les rapports économiques et sociaux la clé de la sociologie historique, Comte se démarque par son attachement à l’uniformité des croyances, des démarches intellectuelles et scientifiques.

I/ La société industrielle

Si l’opinion de Comte sur la transition industrielle est particulière, c’est qu’elle se démarque du libéralisme et du socialisme. Aux économistes libéraux que sont les successeurs de Ricardo, en faveur du libre jeu de la concurrence, il reproche le goût pour les concepts et la tendance à oublier que l’économie sans la sociologie ne vaut pas mieux que de la métaphysique. A l’opposé des socialistes, il voit dans la recrudescence des conflits liés aux rapports de production un phénomène transitoire et sans grande importance. De plus, il ne considère pas que la concentration des moyens de production résulte des vices de la propriété privée. En effet, elle subsisterait quand bien même la dictature du prolétariat y mettrait fin. Le commandement est toujours l’affaire de quelques hommes, et cette hiérarchie temporelle est d’ordre naturel. En revanche, l’originalité de Comte vient de la primauté qu’il accorde à la hiérarchie spirituelle, laquelle reflète l’ordre des mérites moraux. Pour Comte, non seulement l’organisation scientifique du travail et l’économie capitaliste peuvent favoriser la justice sociale par une forme de méritocratie, i.e. l’attribution à chacun de la place que ses compétences lui permettent d’avoir. Mais surtout, cet ordre temporel de la richesse et de la production n’est acceptable que parce qu’il est largement inférieur à l’ordre spirituelle « des mérites et du cœur » (Aron). ».

II/ Une science globale de l’histoire de l’humanité

Mais comment, d’une interprétation de l’industrialisation, a pu éclore l’ambition d’une science de l’humanité ? La réponse demande d’étudier la combinaison de ce que Comte pense être le symptôme d’un dépassement de l’âge théologique, de la loi des trois états et de la classification des sciences. Le devenir historique doit aboutir au positivisme, c’est-à-dire à une attitude consistant à renoncer à connaître les causes des faits pour se contenter d’en découvrir les lois. L’évolution effective de la société correspond à cette prédiction et l’entreprise intellectuelle de Comte vise à comprendre le devenir nécessaire pour en favoriser l‘accomplissement. La méthode qu’il veut utiliser dans sa démarche doit être conforme à sa classification scientifique, valorisant les sciences déjà positives comme les mathématiques, la physique, la chimie mais surtout la biologie. Dès lors, la tâche du sociologue s’apparente de plus en plus à l’étude synthétique, et non analytique, du devenir social en tant que tel. La priorité du tout sur ses composants appliquée à la société – conforme à la démarche du biologiste – doit favoriser alors l’avènement d’une science globale de l’humanité, puisque la compréhension du tout social implique en plus d’une analyse statique, une synthèse dynamique de l’histoire de l’humanité. Inspiré du progressisme de Condorcet et du providentialisme de Bossuet, Comte affirme en effet que sa tâche se résume à « la coordination rationnelle de la série fondamentale des divers évènements humains d’après un dessein unique », ce dessein unique correspondant à l’épanouissement final d’un système politique positiviste.

III/ De la nécessité d’un ordre spirituel

Pour autant, bien que l’histoire de l’humanité soit selon Comte l’histoire du progrès de l’esprit humain, il est loin de tendre vers une conception rationaliste, sinon optimiste de l’évolution. En effet, les hommes n’agissent jamais que par leurs sentiments. Dès lors, le progrès de l’esprit nécessite la création d’une croyance commune favorisant l’avènement du positivisme. C’est pour cette raison que son œuvre philosophique aboutit à la création d’une religion de l’humanité (qu’il proclame en 1847) . La société industrielle deviendra positive lorsque l’ordre spirituel, par l’homogénéité des croyances, se distinguera de l’ordre temporel. Les hommes ont besoin, pour s’unir, d’aimer ce qui les dépasse. Et comme le dit Aron avec beaucoup de sagesse : « tant qu’à aimer quelque chose dans l’humanité, en dehors de personnes choisies, mieux vaut certainement aimer l’humanité essentielle dont les grands hommes sont l’expression et le symbole qu’aimer passionnément un ordre économique et social au point de vouloir la mort de tous ceux qui ne croient pas à cette doctrine du salut ». A ce titre, bien qu’on puisse légitimement concevoir que tirer une religion de la sociologie est une affaire farfelue, le fondateur du positivisme, voulant faire de ce qu’il y a – à ses yeux – de meilleurs en l’homme un motif unique d’amour et de paix, est un incontournable des sciences humaines.

IV/ À retenir

  • Comte est considéré comme le fondateur de la sociologie (« physique sociale »).
  • Comme Tocqueville et Marx, il observe et interprète la société telle qu’elle lui est donnée en son temps mais n’en tire pas les mêmes conclusions : elle marque la fin d’un âge théologique.
  • La sociologie est pour lui la science de l’humanité, de son histoire et de son devenir nécessaire.
  • Comte se démarque par son attachement à l’uniformité des croyances, des démarches intellectuelles et scientifiques.

Références

  • Comte, Opuscules de philosophie sociale (1819-1928)
  • Comte, Cours de philosophie positive (1830-1842)
  • Comte, Système de politique positive (1852-1854)
  • Aron, Les étapes de la pensée sociologique (1967)

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