Géopolitique

Comment les villes répondent-elles aux défis d’aujourd’hui ?

Par 28 janvier 2020 janvier 29th, 2020 Pas de commentaires

Dans mon précédent article : « Quels défis pour les villes d’aujourd’hui ? », nous avons exploré les 3 principaux défis auxquels les villes font face : le phénomène de macrocéphalie, la question de pauvreté et les enjeux environnementaux. Face à ces défis, voyons comment les villes font preuve de toujours plus de créativité et apprennent à s’associer entre elles. De cela, il en découle un renforcement de leur pouvoir dans la mondialisation.

Les Smart Cities

De nouvelles villes voient le jour : les villes intelligentes – concept de « smart cities » en anglais. Derrière le discours très technophile qui les porte, pour Anthony Townsend, auteur de Smart Cities – Quest for a New Utopia (2014), les villes intelligentes visent à répondre aux défis sociétaux et environnementaux qui se posent désormais à tous les territoires.
Par exemple, alors qu’elle était une ville de taudis totalement dysfonctionnelle au début des années 1960, Singapour est devenue l’un des principaux modèles en matière de « smart city ». Son premier ministre de l’époque, Lee Kwan Yew, avait donc mis en œuvre une planification sur cinq ans, régulièrement actualisée. Plus récemment, en 2014, était lancé le programme « Smart Nation », initiant un recueil de données en vue d’améliorer encore la mobilité, la gestion de l’énergie et l’innovation verte. Ainsi, son quartier d’affaire a récemment vu émerger les fameux « superarbres ». Assurant à la fois collecte d’eau de pluie et d’énergie solaire, ils sont devenus les symboles de l’intelligence de la cité-État de cinq millions d’habitants.

D’autres projets d’aménagement urbains inédits apparaissent à l’instar de la ville d’Austin (Texas, Etats-Unis) qui s’est associée à l’ONG Environmental Defense Fund et aux firmes multinationales (FMN) Intel et LG Electronics pour créer le projet « Pecan Street », fondé sur des réseaux électriques intelligents et la plus forte concentration de maisons solaires au monde.

Les villes coopèrent

La tendance est en effet davantage à la coopération qu’à l’affrontement. La principale association réunissant de nombreuses grandes villes est le CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis), créé en 2004. Ses actions de lobbying couvrent de nombreux domaines mais visent essentiellement à faire intervenir des élus locaux lors de grandes conférences.
Par exemple, en 2015, l’UCGL a organisé à Paris la rencontre « Local Government Climate Change Leadership », afin d’échanger sur les moyens mis en œuvre dans et par les villes afin de lutter contre le changement climatique et, surtout, de définir une position commune en vue de la 21e Conférence des Nations Unies sur le changement climatique de décembre 2015. Les rencontres entre les maires des villes mondiales constituent donc une nouvelle diplomatie.
La neuvième édition du Forum Urbain Mondial, qui s’est déroulée à Kula Lumpur, en Malaisie, en février 2018, sous l’égide d’ONU-Habitat, a proposé un tour d’horizon des grands enjeux du développement urbain mondial pour le XXIème siècle. La « planification urbaine » doit désormais être le lieu de prises d’initiatives.

Les villes dirigent-elles le monde ?

Dès lors, pour l’économiste et urbaniste Jean Haentjens, auteur de Les villes au secours de l’État (2014), les pouvoirs urbains sont bel et bien en train de prendre le relais d’États défaillants. En effet, ces « PME politiques », pragmatiques et non partisanes, trouvent des solutions qui échappent aux pouvoirs nationaux. Par conséquent, les vrais leaders sont désormais les élites urbaines qui œuvrent pour développer leur cité tout en tissant de puissants réseaux transnationaux. Si la mondialisation déstabilise les États, qui sont privés de leurs moyens d’action par le poids de leur dette – 110% du PIB dans le monde développé – et qui sont concurrencés par de nouveaux acteurs économiques et sociaux.

À l’inverse, le phénomène de mondialisation promeut les métropoles. Car, pour fonctionner, les réseaux et flux mondiaux s’adossent à des points d’appui territoriaux. Par conséquent, la mondialisation se nourrit de l’urbanisation. Et inversement, puisque ces villes, déjà puissantes, se renforcent par le phénomène de métropolisation qui concentre les hommes et les fonctions stratégiques de commandement (pouvoirs politique, économique, financier et culturel), l’urbanisation se nourrit de la mondialisation. Dans son article Voici venu le temps des métropoles (décembre 2013) dans le magazine Le Point, l’essayiste français Nicolas Baverez résume la situation ainsi : « Les métropoles, de plus en plus émancipées des États, sont le nouveau vecteur de la mondialisation. »

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